Chapter III

Appareillage et pose

Metierium study guide with diagrams.

Chapitre 3 — Appareils et Techniques de Pose

Appareils et techniques de pose — appareils, joints, techniques (animation) Appareils et techniques de pose Appareil courant (pose en panneresse) décalage ½ brique joints verticaux jamais alignés Appareil flamand alternance boutisse (tête) / panneresse (stretcher) à chaque rang Techniques de pose 1. Étaler le mortier (truelle) lit de 10 mm · sillon central 2. Poser la brique (beurrer) mortier sur le bout · appuyer 3. Aligner (niveau + cordeau) vérifier aplomb et niveau 4. Finir les joints (jointoyer) concave, en V, ou rentrant Types de joints concave (recommandé) en V rentrant (non exposé) Joints verticaux épaisseur : 10 mm tolérance : ± 2 mm JAMAIS alignés sur rangs adjacents Décalage min. : ¼ de la longueur L'appareil détermine la résistance et l'esthétique · le joint assure l'étanchéité



L'appareil (bond pattern) désigne la disposition systématique des briques ou blocs dans un mur. Il influence la résistance structurale, l'étanchéité, l'isolation thermique et l'esthétique de l'ouvrage. Les techniques de pose, quant à elles, déterminent la qualité de l'exécution et la durabilité de la maçonnerie. Ce chapitre couvre les principaux appareils utilisés au Québec, les règles de pose, les techniques avancées et les exigences normatives de la CSA A371.

3.2 Principes Fondamentaux de l'Appareil

Appareils de maçonnerie : appareil à demi-brique (running bond) et appareil empilé (stack bond) Appareils de pose courants Appareil à demi-brique (Appareil en panneresse) Décalage = ½ brique Structural + esthétique Appareil empilé (Appareil en pile) Joints verticaux alignés Décoratif seulement Règle de pose Le chevauchement minimal entre rangs = ¼ de la longueur de l'unité. L'appareil à demi-brique est le plus utilisé au Québec pour les murs structuraux.

3.2.1 Définition et Rôle

L'appareil est l'art de disposer les unités de maçonnerie de manière à créer un ensemble cohérent, stable et esthétique. Les principes fondamentaux sont :

L'alternance des joints : les joints verticaux (joints montants) ne doivent pas être alignés verticalement sur plus d'une assise. Ils doivent être décalés d'au moins 25 % de la longueur de l'unité pour assurer le monolithisme du mur.
L'optimisation de la résistance : la disposition des unités doit répartir les charges verticales de manière uniforme sur toute la surface du mur.
L'étanchéité : un bon appareil minimise les chemins directs pour l'infiltration de l'eau.
L'esthétique : l'appareil contribue à l'expression architecturale du bâtiment.

3.2.2 Terminologie

Assise (course) : rangée horizontale d'unités de maçonnerie.
Joint montant (head joint) : joint vertical entre deux unités adjacentes d'une même assise.
Joint de lit (bed joint) : joint horizontal entre deux assises successives.
Boutisse (header) : unité posée perpendiculairement à la face du mur, servant à lier deux parements.
Panneresse (stretcher) : unité posée parallèlement à la face du mur.
Écoinçon (quoin) : angle ou coin d'un mur en maçonnerie, souvent traité avec un appareil décoratif.
Appareil en coupe (closer) : brique coupée pour ajuster les dimensions d'un appareil.

3.3 Principaux Appareils

L’appareillage organise les unités pour répartir les charges, contrôler les joints verticaux et obtenir l’apparence demandée aux plans. Pour le briqueteur-maçon, choisir et maintenir un appareil signifie respecter le module des briques ou blocs, les retours d’angle, les ouvertures, les ancrages et les coupes sans affaiblir la liaison du mur.

3.3.1 Appareil Courant ou Panneresses (Running Bond)

C'est l'appareil le plus simple et le plus utilisé. Toutes les unités sont posées en panneresses, chaque joint montant étant décalé de la moitié de la longueur de l'unité par rapport à l'assise inférieure. Le décalage doit être d'au moins 50 mm pour les briques standards. Utilisation : murs de façade, murs intérieurs, cloisons. Avantages : simplicité de mise en œuvre, bonne résistance, utilisation économique des unités.

3.3.2 Appareil Anglais (English Bond)

Alternance d'une assise de boutisses et d'une assise de panneresses. Les joints montants sont alignés verticalement dans les assises de boutisses. C'est l'appareil le plus résistant et le plus étanche : les boutisses lient les deux parements du mur. Utilisation : murs porteurs épais, murs de soutènement, maçonnerie industrielle. Avantages : excellente résistance structurale, bonne étanchéité. Inconvénients : nécessite deux fois plus de boutisses, mise en œuvre plus complexe.

3.3.3 Appareil Flamand (Flemish Bond)

Chaque assise alterne boutisses et panneresses. Les boutisses sont placées au centre des panneresses de l'assise supérieure et inférieure. Plus décoratif que l'anglais, il est moins résistant car les abouts de boutisses réduisent la section continue de mortier. Utilisation : façades décoratives, bâtiments patrimoniaux, murs de moins de 300 mm d'épaisseur.

3.3.4 Appareil en Blocs (Stack Bond)

Tous les joints montants sont alignés verticalement, créant une grille régulière. Cet appareil n'offre pas de liaison mécanique entre les assises et nécessite des renforts supplémentaires : armatures horizontales dans les joints de lit tous les 400 mm (16") et armatures verticales dans les cavités. Utilisation : maçonnerie architecturale moderne, murs non porteurs avec ossature séparée. Avantages : esthétique contemporaine, facilité de pose des conduits et fenêtres.

3.3.5 Appareil en Briques Posées sur Chant (Rowlock, Soldier, Sailor)

Rowlock (brique sur chant en boutisse) : brique posée sur sa face étroite, visible par sa face la plus large. Utilisé pour les seuils de fenêtres, les couronnements.
Soldier (brique debout) : brique posée verticalement sur son extrémité, visible par sa face la plus longue. Utilisé pour les linteaux décoratifs, les bandeaux horizontaux.
Sailor (brique debout en panneresse) : brique posée verticalement comme un soldier mais visible par sa face large. Utilisé pour les détails architecturaux.

3.3.6 Autres Appareils

Appareil en Patte d'Oie (Herringbone Bond) : disposition en chevrons, utilisée pour les pavages et les panneaux décoratifs.
Appareil en Arêtes de Poisson (Diagonal Bond) : briques disposées à 45°, utilisée historiquement dans les voûtes.
Appareil Américain (Common Bond) : cinq assises de panneresses suivies d'une assise de boutisses. Bon compromis entre résistance et économie.

3.4 Techniques de Pose

Les techniques de pose traduisent le plan et le devis en gestes mesurables: alignement, niveau, plomb, épaisseur des joints, remplissage, coupes, ancrages et nettoyage. Elles doivent tenir compte du mortier, des unités de maçonnerie, de la météo et des contraintes de sécurité afin de produire un mur stable, durable et conforme aux tolérances de chantier.

3.4.1 Préparation des Unités

Les unités de maçonnerie doivent être propres, exemptes de poussière, d'huile et de glace. Les briques très poreuses ou par temps chaud doivent être humidifiées avant la pose pour éviter l'absorption excessive de l'eau du mortier. Les blocs de béton doivent être posés secs (non humidifiés). Les surfaces de contact (faces à mortier) doivent être exemptes de laitance.

3.4.2 Application du Mortier

Méthode du lit complet (full bed) : le mortier est appliqué sur toute la largeur du joint de lit, avec une épaisseur uniforme de 10 mm (3/8") ± 3 mm. Le mortier est étalé à la truelle en une couche d'environ 8–12 mm.
Méthode du lit avec évidement (face-shell bedding) : le mortier n'est appliqué que sur les parois extérieures (shells) des blocs creux, laissant la cavité centrale vide pour le coulis ou l'isolation. Utilisée pour les blocs de béton de grande dimension.
Application du joint montant : le mortier est appliqué sur l'extrémité de l'unité précédente (buttering) ou déposé sur le lit et poussé contre l'unité adjacente. Le joint doit être complètement rempli.

3.4.3 Pose des Unités

Les unités sont posées en les pressant fermement dans le mortier frais pour assurer un contact intime. L'excès de mortier est enlevé à la truelle au fur et à mesure. Chaque unité est vérifiée au niveau et à l'équerre. Un fil à plomb doit être utilisé régulièrement pour vérifier la verticalité. Les tolérances selon la CSA A371 sont :

Écart vertical (aplomb) : ±10 mm sur 3 mètres
Écart horizontal (niveau) : ±6 mm sur 3 mètres
Épaisseur des joints : ±3 mm par rapport à l'épaisseur spécifiée

3.4.4 Alignement et Aplomb

Le maçon utilise un cordeau (line) tendu entre deux coins pour guider l'alignement des assises. L'équerre et le niveau sont utilisés pour vérifier chaque assise. Un fil à plomb est utilisé pour la verticalité des murs et des angles. Les piquets de référence (story poles) sont utilisés pour maintenir l'espacement vertical des assises.

3.4.5 Finition des Joints (Tooling)

Le jointoiement (joint finishing) est l'opération qui consiste à compacter et lisser le mortier des joints pour améliorer l'étanchéité et l'esthétique. Les principaux types de finition :

Joint creux (concave joint) : le plus étanche. Réalisé avec un jointoyeur rond (tuck pointer). Recommandé pour les murs extérieurs.
Joint en V (V-joint) : donne un aspect ombragé. Moins étanche que le joint creux.
Joint au ras (flush joint) : le mortier affleure la surface de l'unité. Utilisé pour les murs qui seront enduits.
Joint biseauté (struck joint) : biseauté vers le bas ou le haut. Le biseau vers le bas (weathered joint) est plus étanche.
Joint en retrait (ragged joint) : le mortier est en retrait de 5–10 mm. Utilisé pour un aspect rustique.

Le jointoiement doit être effectué lorsque le mortier a suffisamment durci pour être travaillé sans couler (généralement 30–60 minutes après la pose).

3.5 Appareils pour Blocs de Béton

Les blocs de béton sont généralement posés en appareil courant (running bond) avec un décalage d'au moins 50 mm. Les joints de lit sont de 10 mm (3/8") pour les blocs standards. Les blocs creux doivent être posés avec les alvéoles verticales pour permettre l'insertion d'armatures et de coulis. Les blocs d'angle (corner blocks) et les blocs de renforcement (bond beam blocks) sont utilisés pour les angles et les chaînages horizontaux.

3.6 Maçonnerie Armée

La maçonnerie armée (reinforced masonry) combine les unités de maçonnerie, les armatures d'acier et le coulis pour créer une structure résistante aux charges latérales (vent, séisme). Les armatures verticales sont placées dans les alvéoles des blocs à espacement régulier (généralement 800, 1 200 ou 1 600 mm). Les armatures horizontales sont placées dans les joints de lit (Armature tréfilée en treillis soudé, ladder-type ou truss-type) ou dans les bond beams. Le coulis doit remplir complètement les cavités contenant les armatures. La CSA A371 spécifie les exigences pour la maçonnerie armée.

3.7 Tolérances et Contrôle

Les tolérances de pose selon la CSA A371 incluent :

Alignement des joints horizontaux : ±3 mm
Alignement des joints verticaux : ±6 mm
Épaisseur des joints : 10 mm ± 3 mm
Planéité du mur : ±6 mm sous une règle de 3 m
Verticalité : ±10 mm sur 3 m
Niveau des assises : ±6 mm sur 10 m

Le contrôle qualité comprend des inspections visuelles continues, des vérifications dimensionnelles, des essais de prisme (prism testing — ASTM C1314) pour vérifier la résistance de l'assemblage, et des tests d'adhérence (ASTM C1072).

3.8 Résumé

Le choix de l'appareil et la qualité de la pose sont déterminants pour la performance structurale, l'étanchéité et l'esthétique de la maçonnerie. Le briqueteur-maçon doit maîtriser les différents types d'appareils (courant, anglais, flamand, bloc sur bloc, etc.), les techniques de pose (préparation, application du mortier, alignement, finition) et les exigences de la CSA A371. La maçonnerie armée ajoute une dimension structurale supplémentaire qui nécessite une coordination précise entre les armatures, les unités et le coulis. Le chapitre suivant couvre les murs creux et les murs de parement.

3.3 Techniques avancées d'appareillage

L'appareillage est la disposition méthodique des unités de maçonnerie dans un mur. Les principaux types d'appareillage utilisés au Québec sont l'appareillage en panneresse (pose de briques posées sur leur face la plus longue, décalées d'une demi-longueur), l'appareillage en boutisse (briques posées perpendiculairement au mur), et l'appareillage en liaison anglaise (alternance régulière de panneresses et de boutisses).

L'appareillage en bloc de béton suit des règles spécifiques. Les blocs sont posés en joints décalés d'un demi-bloc, avec un chevauchement minimum de 100 mm au niveau des angles et des jonctions de murs. La norme CSA A371 exige un recouvrement d'au moins 25 % de la longueur de l'unité ou 50 mm, selon la valeur la plus grande.

La technique de pose par couche mince (thin-bed) utilise un mortier-colle appliqué en couche de 2 à 3 mm seulement. Cette méthode, courante en Europe, gagne en popularité au Québec pour les blocs de béton cellulaire autoclavé (AAC). Elle permet une productivité accrue mais exige une précision dimensionnelle des blocs et une planéité parfaite de l'assise.

3.4 Pose des différents types d'unités

La pose des briques de parement exige une attention particulière à l'alignement, au niveau et à l'aplomb. Le jointoiement se fait en deux passes : le mortier est d'abord appliqué sur les extrémités de la brique (joint montant) puis sur la semelle de la brique précédente (joint horizontal). L'épaisseur des joints doit être uniforme : 10 mm ± 2 mm pour les joints horizontaux et 10 mm pour les joints montants.

La pose des blocs de béton creux diffère de celle des briques pleines. Le mortier est appliqué sur les deux rebords longitudinaux du bloc et sur les alvéoles d'extrémité, mais pas sur les alvéoles centrales. Cette technique réduit la consommation de mortier de 30 à 40 % tout en assurant une résistance structurale adéquate.

Pour les pierres naturelles, la pose est plus complexe. Chaque pierre est unique et doit être positionnée en tenant compte de sa forme, de son lit de carrière (orientation naturelle du grain), et de son poids. Les pierres de grande dimension nécessitent des attaches métalliques en acier inoxydable noyées dans le mortier et fixées au mur porteur.

3.5 Contrôle des tolérances et de l'alignement

La norme CSA A371 fixe des tolérances strictes. La déviation verticale maximale est de 10 mm sur 3 mètres de hauteur. La déviation horizontale ne doit pas excéder 10 mm sur 6 mètres de longueur. L'alignement des joints horizontaux est vérifié tous les deux rangs à l'aide d'un niveau à bulle ou d'un fil à plomb.

Le contrôle de l'équerrage aux angles se fait par la méthode 3-4-5 (triangle rectangle). Les murs doivent présenter une planéité de surface avec un écart maximal de 3 mm sous une règle de 2 mètres.

3.6 Gestion des ouvertures et des intersections

Les ouvertures (portes et fenêtres) nécessitent un appareillage spécial autour de la baie. Des blocs d'angle ou des briques coupées sont utilisés pour maintenir le décalage des joints. Les linteaux préfabriqués en béton armé ou en acier supportent la charge au-dessus des ouvertures. La portée du linteau doit dépasser de 200 mm de chaque côté de l'ouverture libre.

Les intersections de murs (murs en T ou en L) sont réalisées par l'imbrication des unités d'un mur dans l'autre. Dans un mur en T, chaque second rang doit comporter un bloc pénétrant dans le mur adjacent.

3.7 Joints de dilatation et de contrôle

Les joints de dilatation permettent les mouvements thermiques et de retrait des murs de maçonnerie. Leur espacement maximal est de 12 mètres pour les murs exposés et de 18 mètres pour les murs intérieurs. Les joints de contrôle (amincis à 40 % de l'épaisseur par entaille) sont utilisés pour contrôler la fissuration dans les grands panneaux de maçonnerie non armée.

Les joints doivent être garnis d'un matériau compressible (mousse de polyéthylène, liège, caoutchouc) et scellés avec un mastic de jointoiement adapté aux mouvements attendus (capacité de mouvement de ± 25 %).

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