Les murs creux (cavity walls) et les murs de parement (veneer walls) sont deux systèmes de construction largement utilisés au Québec pour gérer les contraintes climatiques sévères : pluie battante, cycles de gel-dégel, variations thermiques importantes. Ces systèmes séparent fonctionnellement la couche de protection extérieure (parement en brique ou pierre) de la structure porteuse intérieure (bloc de béton, ossature bois ou acier). Une cavité d'air continue, munie de drains et de chasse-goutte (weeps), permet l'évacuation de l'eau de pluie infiltrée. Ce principe de mur drainé et ventilé est la clé de la durabilité des façades en maçonnerie sous le climat québécois.
4.2 Principes Fondamentaux
4.2.1 Définition et Concept de Base
Un mur creux est composé de deux parois séparées par une cavité d'air continue de 50 à 150 mm de largeur. La paroi intérieure (wythe intérieur), en blocs de béton ou ossature bois/acier, assure la fonction porteuse et supporte les charges verticales et latérales du bâtiment. La paroi extérieure (wythe extérieur), en brique d'argile ou pierre, constitue l'écran de protection contre les intempéries. La cavité interrompt la capillarité : l'eau traversant le parement s'écoule verticalement dans la cavité et est évacuée par les chasse-goutte.
Contrairement à un mur massif où l'eau traverse toute l'épaisseur par capillarité, le mur creux rompt ce chemin continu. L'eau qui pénètre le parement extérieur (par les joints de mortier, les microfissures des briques ou la porosité naturelle) rencontre la cavité d'air et ruisselle vers le bas sous l'effet de la gravité. Les chasse-goutte placés à la base évacuent cette eau vers l'extérieur.
4.2.2 Avantages et Inconvénients
Avantages :
Gestion optimale de l'eau par interruption capillaire — l'eau n'atteint jamais la paroi intérieure si la cavité est correctement conçue et exécutée
Isolation thermique par remplissage partiel de la cavité avec des panneaux rigides (XPS, EPS, laine minérale) ou par insufflation
Ventilation de la cavité réduisant la condensation interstitielle et permettant le séchage des matériaux
Flexibilité architecturale — liberté dans le choix des matériaux de parement (brique, pierre, terre cuite, panneaux composites)
Réduction des ponts thermiques par rapport aux murs massifs
Inconvénients :
Coût plus élevé que les murs massifs (nécessité de deux parois distinctes)
Complexité des détails de construction : ancrages, coupe-feu, solins, chasse-goutte, joints de dilatation
Encombrement accru (300 à 450 mm d'épaisseur totale selon le type d'isolant et la largeur de cavité)
Risque élevé de ponts de mortier si l'exécution n'est pas rigoureuse
Maintenance : les ancrages et solins ont une durée de vie limitée et doivent être inspectés périodiquement
4.3 Composants d'un Mur Creux
Un mur creux fonctionne comme un assemblage complet plutôt qu’une simple paroi de briques: parement, cavité drainée, attaches, isolant, membrane, solins et structure arrière doivent travailler ensemble. La compréhension de chaque composant permet de respecter le CNB, de limiter les ponts thermiques et d’évacuer l’eau avant qu’elle n’atteigne l’intérieur du bâtiment.
4.3.1 Parement Extérieur (Wythe Extérieur)
Le parement extérieur est constitué de briques d'argile cuite grade SW (Severe Weathering) conformes à la norme ASTM C216 ou de pierre naturelle ou reconstituée. L'épaisseur minimale du parement est de 90 mm pour la brique et de 75 mm pour la pierre.
Le parement extérieur n'est pas structural : il ne supporte que son propre poids. Sur chaque étage, le poids du parement est repris par des cornières d'appui (shelf angles) fixées à la structure porteuse. Le parement peut également être supporté par la fondation au rez-de-chaussée et par des cornières aux niveaux supérieurs.
Critères de sélection des briques de parement :
Résistance à la compression ≥ 20 MPa (conforme à la classe SW)
Résistance au gel-dégel : 50 cycles minimum (ASTM C67)
Tolérances dimensionnelles : ±2 mm sur la hauteur, ±3 mm sur la largeur et la longueur
Uniformité de couleur et de texture : vérification d'un échantillon approuvé avant livraison
4.3.2 Cavité d'Air
La cavité d'air est l'élément central du système. Ses caractéristiques sont régies par la CSA A371.
Largeur minimale :
Sans isolant dans la cavité : 50 mm minimum
Avec isolant rigide : 25 mm d'espace résiduel minimum entre l'isolant et le parement (pour le drainage)
Cavité totale avec isolant : 75 à 150 mm selon les performances thermiques recherchées
Exigences de mise en œuvre :
La cavité doit être exempte d'excès de mortier (ponts de mortier). Ces ponts créent un chemin continu pour l'eau de la paroi extérieure vers la paroi intérieure, annulant l'avantage du mur creux
Un panneau de drainage en fond de cavité (drainage board) ou un matelas drainant empêche les débris de mortier d'obstruer les chasse-goutte
La cavité doit être inspectée visuellement avant la fermeture — un miroir ou une caméra d'inspection est recommandé pour vérifier l'absence de ponts de mortier
4.3.3 Ancrages (Wall Ties)
Les ancrages relient mécaniquement le parement extérieur à la paroi intérieure. Ils transmettent les charges latérales (vent, poussée sismique) du parement à la structure porteuse tout en permettant les mouvements différentiels verticaux.
Ancrages en Z (corrugated ties) : tôle ondulée en acier galvanisé. Utilisés pour les faibles hauteurs et les murs résidentiels. Résistance limitée.
Ancrages droits à filière (wire ties) : fil d'acier de 4 mm de diamètre minimum. Les plus courants pour les murs creux standards. Forme en trident (tricipital) ou en double boucle.
Ancrages ajustables (adjustable ties) : deux parties coulissant l'une sur l'autre pour compenser les tolérances de construction. Indispensables sur les grands bâtiments où l'alignement parfait des deux parois est difficile.
Ancrages à plaque (plate anchors): pour ossature bois ou acier — vis ou clous traversant un platine métallique fixé au montant.
Espacement (selon CSA A371) :
Horizontal : 400 mm (600 mm max en zone non sismique)
Vertical : 400 mm (600 mm max)
Près des ouvertures (périmètre ≤ 300 mm) : 300 mm horizontalement
Densité minimale : 1 ancrage par 0,33 m² de mur
Aux angles et bords libres : espacement réduit à 300 mm dans les 1,2 mètres de chaque côté
Installation :
L'ancrage doit être noyé dans le mortier sur une profondeur minimale de 40 mm (côté parement) et 40 mm (côté paroi intérieure)
La pente de l'ancrage doit être de 5° vers l'extérieur pour éviter que l'eau ne ruisselle vers la paroi intérieure
L'ancrage ne doit pas être plié ou déformé (perte de résistance mécanique)
Dans les murs avec isolant : utiliser des ancrages allongés (extended ties) pour traverser l'isolant
4.3.4 Chasse-Goutte (Weep Holes)
Les chasse-goutte sont des ouvertures pratiquées dans le joint de lit horizontal du parement extérieur. Ils permettent l'évacuation de l'eau accumulée au fond de la cavité.
Exigences selon CSA A371 :
Espacement maximal : 600 mm entre les chasse-goutte
Diamètre ou largeur minimale : 8 mm
Placement : à la base du mur (première assise au-dessus du solin de base), au-dessus de chaque cornière d'appui, au-dessus des linteaux et des seuils, au sommet des parapets
Types de chasse-goutte :
Tubes en polypropylène : tubes ronds ou rectangulaires insérés dans le joint de lit. Les plus courants. Couleur assortie au mortier.
Mèche de coton (rope wick) : corde de coton noyée dans le joint — l'eau s'écoule par capillarité le long de la mèche. Efficace mais peut se boucher.
Joints ouverts (open head joints) : joints verticaux laissés sans mortier à intervalle régulier. Simples mais l'ouverture peut être obstruée par des insectes.
Dispositifs préformés : grilles ou labyrinthes en plastique ou métal déployé, intégrés au joint. Permettent drainage + ventilation + barrière à insectes.
Bonnes pratiques :
Un matériau drainant (gravier, panneau drainant, matelas en polypropylène) doit être placé au fond de la cavité sur 75–100 mm de hauteur
Les tubes/mèches doivent être inclinés à 5° vers l'extérieur
Nettoyage des chasse-goutte avant le nettoyage final de la maçonnerie (brossage doux)
Vérification du bon fonctionnement après une pluie (écoulement visible)
4.3.5 Coupe-Feu (Fire Stops)
Les coupe-feu sont obligatoires dans la cavité selon le Code National du Bâtiment (CNB, Partie 3 pour les bâtiments de grande hauteur, Partie 9 pour les bâtiments résidentiels). Ils empêchent la propagation du feu et des fumées par la cavité entre les étages.
Emplacements :
Niveau de chaque plancher
Au droit des soffites et corniches
Autour des ouvertures (fenêtres, portes)
Au sommet du mur (jonction mur-toiture)
Matériaux :
Laine minérale incombustible : densité 60–80 kg/m³, épaisseur minimale 100 mm, comprimée dans la cavité
Panneaux de gypse résistant au feu (Fire-rated gypsum board) : découpés sur mesure
Mousse intumescente : se dilate sous l'effet de la chaleur pour obturer la cavité
Installation :
Le coupe-feu doit obturer complètement la cavité sur toute sa largeur
Il doit être mécaniquement retenu (pas de simple calage)
Étanchéité à l'air autour du coupe-feu : calfeutrage coupe-feu (fire caulking) aux jonctions
Les coupe-feu en laine minérale doivent être comprimés à 25 % pour assurer un bon contact avec les parois
4.3.6 Joints de Dilatation (Control Joints)
Les joints de dilatation accommodent les mouvements différentiels entre le parement et la structure, causés par les variations de température, le retrait du béton, le fluage, et les tassements.
Espacement recommandé (CSA A371) :
Parement de brique : 6 à 9 mètres (maximum 12 mètres)
Parement de blocs de béton : 4 à 6 mètres
À chaque changement de direction du mur (angle, décrochage)
Aux jonctions entre matériaux différents (brique/bloc, brique/béton)
Caractéristiques du joint :
Largeur : 10 à 20 mm
Le joint traverse toute l'épaisseur du parement
Fond de joint (backer rod) en mousse de polyéthylène
Mastic élastomérique : silicone (neutral cure) ou polyuréthane, avec une capacité de mouvement ≥ 50 %
Ne pas obstruer la cavité (coupe-feu indépendant du joint)
4.4 Murs de Parement (Veneer Walls)
Les murs de parement (veneer walls) sont une variante des murs creux où le parement en brique ou pierre est attaché mécaniquement à une ossature porteuse légère (bois ou acier). Ce système est très courant dans les maisons unifamiliales et les bâtiments résidentiels de faible hauteur au Québec.
Composition typique d'un mur de parement (de l'extérieur vers l'intérieur) :
114.Parement de brique d'argile (90–100 mm)
115.Cavité d'air de 25–50 mm
116.Isolant rigide (optionnel, généralement XPS ou laine minérale)
117.Membrane pare-air/pare-vapeur (selon le code)
118.Revêtement structural en OSB ou contreplaqué (12–18 mm)
119.Ossature bois (2×6 ou 2×8) avec isolant en cavité
120.Pare-vapeur en polyéthylène (6 mil)
121.Panneaux de gypse intérieur (12,7 mm)
Différence clé avec le mur creux : dans le mur de parement, la paroi intérieure est légère (ossature bois/acier) et non maçonnée. Le parement extérieur est donc le seul composant en maçonnerie. Le transfert des charges latérales se fait uniquement par les ancrages.
Ancrages spécifiques pour ossature :
Ancrages à vis (screw-in ties) : se vissent directement dans les montants d'ossature en acier
Ancrages à clou (nail-on ties) : se clouent sur les montants en bois ou les panneaux OSB
Ancrages ajustables pour ossature (adjustable veneer anchors) : platine fixée à l'ossature + une tige coulissante noyée dans le joint de mortier
Exigences de mise en œuvre supplémentaires :
Jeu de 25 mm minimum entre le parement et le support pour le drainage
Membrane pare-air/pare-vapeur obligatoire du côté chaud de l'isolant
Les chasse-goutte sont placés au-dessus des solins de base, et non au ras du sol
L'ossature doit être calculée pour reprendre les charges latérales transmises par les ancrages
Dans les zones sismiques (Montréal, vallée du Saint-Laurent), des ancrages parasismiques spéciaux sont requis
4.5 Gestion de l'Eau et Détails d'Étanchéité
La gestion de l’eau est au cœur de la durabilité des murs de parement, car la maçonnerie absorbe une partie des pluies battantes tout en devant drainer et sécher rapidement. Les solins, chantepleures, membranes, joints et dégagements prescrits au devis doivent être posés avec précision pour éviter corrosion des attaches, efflorescence, gel-dégel et infiltrations.
4.5.1 Principe du Mur Drainé
Le parement extérieur n'est pas étanche — il retient l'essentiel de la pluie (90–95 %), mais une petite quantité traverse par capillarité à travers les joints de mortier et les microfissures des briques. Cette eau est interceptée par la cavité et dirigée par gravité vers la base où les chasse-goutte l'évacuent.
Il est essentiel de comprendre que le mortier est plus perméable que la brique. La qualité des joints de mortier (pleins, bien compactés, sans fissures) est donc aussi importante que la qualité des briques elles-mêmes. Un joint mal exécuté laisse passer jusqu'à 10 fois plus d'eau qu'un joint bien fait.
4.5.2 Ponts de Mortier
Les ponts de mortier (mortar bridges) sont le risque le plus fréquent et le plus grave dans les murs creux. Des excès de mortier tombent de la truelle lors de la pose des briques du parement et s'accumulent au fond de la cavité. Si ces débris forment un pont continu entre le parement et la paroi intérieure, l'eau les traverse par capillarité et atteint la paroi intérieure.
Prévention :
Utiliser des panneaux de drainage (drainage board) ou un matelas drainant au fond de la cavité (première assise)
Poser des bandes de mortier limitées au centre des briques (truelle technique en buttering) — éviter le mortier qui déborde sur les côtés
Installer les ancrages juste après la pose de l'assise pour que les gouttes de mortier ne tombent pas sur les ancrages
Placer des coupe-feu en laine minérale qui agissent aussi comme barrière aux débris de mortier
Inspection visuelle systématique de la cavité avant fermeture
Conséquences d'un pont de mortier :
Infiltrations d'eau dans la paroi intérieure → moisissures, dégradation des matériaux, corrosion des ancrages
Réduction ou annulation de l'efficacité thermique de l'isolant (l'eau mouille l'isolant)
Dégradation esthétique (efflorescences, taches sur les murs intérieurs)
Coûts de réparation considérables : il faut déposer une partie du parement pour nettoyer la cavité
4.5.3 Mur à Pression Égalisée (Rainscreen Principle)
Pour les bâtiments de moyenne et grande hauteur, le principe du mur à pression égalisée (pressure-equalized rainscreen) est recommandé. La cavité est compartimentée par des coupe-feu et des joints d'étanchéité verticaux pour créer des compartiments étanches où la pression d'air est égalisée avec la pression extérieure.
Avantage : la différence de pression entre l'extérieur et la cavité étant nulle, la force motrice de l'infiltration d'eau (pression du vent) est supprimée. Seule la pluie battante directe doit être gérée.
Conception :
Compartiments de 3 à 6 m² maximum
Chaque compartiment ventilé vers l'extérieur par des ouvertures dédiées
Barrières à l'air entre les compartiments
Solins et chasse-goutte propres à chaque compartiment
4.6 Cornières d'Appui (Shelf Angles)
Les cornières d'appui sont des profilés métalliques fixés à la structure porteuse à chaque niveau (tous les 3 à 4 mètres de hauteur). Elles supportent le poids du parement de l'étage.
Profils typiques :
L152 × 102 × 12,7 mm (pour portée de parement standard)
L127 × 89 × 9,5 mm (parements légers, bâtiments résidentiels)
Acier galvanisé à chaud (≥ 460 g/m²) ou acier inoxydable
Fixation :
Ancrages chimiques (résine époxy + tige filetée) dans le béton
Boulons expansifs mécaniques
Espacement des fixations : 400 à 600 mm selon les charges
Détails de mise en œuvre :
Un jeu vertical de 6 à 10 mm entre le parement et la cornière pour permettre le tassement de la maçonnerie et la dilatation thermique
Un joint de mouvement vertical (slip joint) entre le parement et la cornière
Un solin au-dessus de la cornière avec larmier
L'isolant doit être continu derrière la cornière pour éviter les ponts thermiques
La cornière doit être inclinée ou perforée pour permettre le drainage de l'eau
4.7 Isolation de la Cavité
L'isolant est placé contre la paroi intérieure (pas contre le parement) pour éviter que l'eau de la cavité ne mouille l'isolant.
Matériaux isolants courants :
XPS (polystyrène extrudé) : R = 1,0 par pouce (25 mm). Résistant à l'humidité. Idéal pour les sous-sols et les murs enterrés. Sensible aux solvants organiques.
EPS (polystyrène expansé) : R = 0,7 par pouce. Plus économique que le XPS. Doit être protégé des UV et des rongeurs.
Laine minérale (laine de roche) : R = 0,8 par pouce. Incombustible, perméable à la vapeur d'eau. Excellente pour les coupe-feu. Insonorisante.
Mousse de polyuréthane projetée (spray foam) : R = 1,2 par pouce. Haute performance thermique. Étanchéité à l'air intégrée. Application par professionnel certifié.
Panneaux de polyisocyanurate (PIR) : R = 1,2 par pouce. Haute performance, faibles émissions de fumée en cas d'incendie.
Isolant en vrac (cellulose ou laine minérale insufflée) : R = 0,7–0,8 par pouce. Pour rénovation de cavités existantes.
Espace de drainage : un espace résiduel de 25 mm minimum doit être maintenu entre l'isolant et le parement. Cet espace permet à l'eau de ruisseler librement vers les chasse-goutte.
4.8 Solins et Couronnements (Flashing and Copings)
Les solins et couronnements protègent les zones où l’eau s’accumule ou change de direction: base de mur, ouvertures, parapets, appuis et têtes de murs. Leur pose exige des pentes, recouvrements, relevés, gouttes d’eau et joints compatibles avec le CNB et les détails du fabricant afin de préserver le parement et la structure arrière.
4.8.1 Solins
Les solins sont des membranes imperméables placées aux points critiques du mur pour intercepter l'eau et la diriger vers l'extérieur.
Emplacements obligatoires :
Base du mur (solin de base) : sur la fondation, sous la première assise
Au-dessus des cornières d'appui : avec larmier
Au-dessus des linteaux : avec larmier
Sous les appuis de fenêtre : relevé de 150 mm
Aux seuils de porte
Au sommet des parapets et couronnements
Aux jonctions mur-toiture (toit plat ou en pente)
Matériaux de solin :
Cuivre : durée de vie > 100 ans, aspect esthétique, coût élevé, se patine avec le temps
Aluminium : économique, correct pour usage courant, peut se corroder au contact du mortier frais (enduit de protection)
EPDM : membrane synthétique, flexible, bonne résistance aux UV, durée de vie 25–30 ans
PVC/PVB : économique, soudable à chaud, durée de vie 20–25 ans
Membrane bitumineuse autocollante : pour solins sous les appuis de fenêtre
Règles de pose :
Le solin doit avoir une pente minimale de 5° (1:12) vers l'extérieur
Il doit dépasser du mur (larmier) de 10 mm minimum
Les recouvrements entre lés doivent être ≥ 150 mm
Aucune perforation dans la zone de larmier
Relevé vertical de 150 mm minimum aux jonctions
Renfort d'angle préformé dans les coins (évite les pliures qui fissurent)
4.8.2 Couronnements (Copings)
Les couronnements protègent le sommet des murs et des parapets. Ils doivent inclure :
Un solin traversant (through-wall flashing) qui intercepte l'eau avant qu'elle n'entre dans la cavité
Un chaperon (pierre ou béton préfabriqué) avec pente minimale de 1:10 (10°) vers l'intérieur ou l'extérieur selon la configuration
Un larmier (goutte d'eau) à la sous-face pour éviter le ruissellement sur le parement
Des joints de dilatation tous les 3 mètres maximum
Une fixation mécanique des éléments du couronnement (pas de simple collage)
Un nez (projection) de 25 mm minimum au-delà du nu du mur
4.9 Qualité d'Exécution et Contrôle
Le contrôle de la qualité en murs creux vérifie autant ce qui sera visible que ce qui sera caché après la pose: attaches, cavité, solins, joints, tolérances, nettoyage et protection temporaire. Des inspections régulières évitent les défauts coûteux, documentent la conformité au devis et sécurisent la performance à long terme du parement.
4.9.1 Points de Vérification sur le Terrain
222.Vérifier la largeur de la cavité (minimum 50 mm, avec espace résiduel de 25 mm si isolant)
223.S'assurer de l'absence de ponts de mortier (inspection visuelle)
224.Vérifier que les chasse-goutte sont en place et non obstrués
225.Confirmer que les ancrages sont correctement espacés (400×400 mm) et inclinés (5° vers l'extérieur)
226.Vérifier la continuité des coupe-feu à chaque niveau
227.Inspecter les solins : pente, larmier, recouvrement, relevé
228.Confirmer que les joints de dilatation sont libres de mortier
229.Vérifier la verticalité du parement (tolérance ±6 mm sur 3 m)
230.S'assurer que les cornières ont le jeu vertical requis (6–10 mm)
4.9.2 Défauts Fréquents et Solutions
Infiltration au-dessus des fenêtres : solin de linteau manquant ou mal posé → reprise locale
Moisissures intérieures au plancher : cavité bouchée par des ponts de mortier → déposer le parement pour nettoyage
Fissures verticales aux angles : joint de dilatation manquant → joint scié et mastic
Efflorescence blanche : eau stagnante dans la cavité → drainage insuffisant, revoir les chasse-goutte
Corrosion des ancrages : ancrages non protégés ou acier inadapté → remplacer par inox
4.10 Sécurité et Prévention
Les travaux de maçonnerie sur murs creux présentent des risques spécifiques :
Échafaudages : montage/démontage par personnel qualifié, ancrage au bâtiment (1 ancrage par 6 m² minimum), inspection quotidienne
Levage des matériaux : palettes de briques (1 000–1 500 kg) levées par grue ou monte-charge. Ne jamais se tenir sous une charge suspendue
Chutes de hauteur : garde-corps obligatoires sur les échafaudages à plus de 2 mètres du sol
Poussières de silice : utiliser des outils avec aspiration d'eau à la source (scies à briques, meules). Port du masque respiratoire N95 minimum
Manutention : levage de charges répétitif (briques, blocs) → utiliser des pinces à briques, limiter les rotations
4.11 Références Normatives
CSA A371 (Masonry Construction for Buildings) : Sections 4 (Cavity Walls) et 5 (Veneer Walls)
CNB 2020 (Code National du Bâtiment du Canada) : Division B, Partie 5 (Séparation des milieux) — exigences pour les murs extérieurs et Partie 9 (Bâtiments résidentiels)
ASTM E514 : Standard Test Method for Water Penetration and Leakage Through Masonry
ASTM C216 : Standard Specification for Facing Brick (Grade SW)
CSA A165.1 : Concrete Block Masonry Units
RSST : Règlement sur la Santé et la Sécurité du Travail — chapitre sur les échafaudages
4.12 Résumé
Les murs creux et les murs de parement sont des systèmes éprouvés et largement utilisés pour la construction au Québec. Leur efficacité repose sur la séparation des fonctions porteuse et de protection, avec une cavité drainée qui interrompt la progression de l'eau. Le succès d'un mur creux dépend de la qualité de ses détails — cavité suffisante et propre, ancrages résistants à la corrosion et correctement inclinés, chasse-goutte fonctionnels, coupe-feu continus, solins avec larmier, joints de dilatation bien positionnés — et d'une exécution rigoureuse. La prévention des ponts de mortier est le point critique qui distingue un mur creux bien exécuté d'un mur qui fuira systématiquement. Le chapitre suivant aborde les ouvertures et les arcs dans la maçonnerie.
4.3 Conception des murs creux selon le CNB et le CCQ
Au Québec, la conception des murs creux (cavity walls) est régie par le Code national du bâtiment (CNB) et le Code de construction du Québec (CCQ). Un mur creux typique se compose d'un parement extérieur en brique ou en pierre (90 à 100 mm), d'une cavité ventilée de 50 à 100 mm, d'un isolant thermique (rigide ou semi-rigide), d'un pare-vapeur, et d'un mur intérieur porteur en blocs de béton ou en ossature bois.
La cavité doit être d'au moins 50 mm de largeur nette pour permettre l'inspection et l'entretien. Des attaches métalliques en acier galvanisé (crampons) relient le parement extérieur au mur porteur à raison d'au moins une attache par 0,5 m² de mur. Les attaches doivent être inclinées vers le mur porteur pour drainer l'eau.
4.4 Parement de brique — techniques de pose et finition
Le parement de brique sert de barrière esthétique et climatique. Les briques de parement sont posées sur une assise métallique (pattes d'assise) fixée à la fondation ou aux solives de rive. Un solin de métal déployé (15 cm minimum) est installé sous la première rangée pour diriger l'eau vers l'extérieur.
À chaque niveau de plancher, un solin inter-étage en tôle galvanisée ou en membrane autocollante est requis. Il dirige l'eau de la cavité vers l'extérieur par des barbacanes (trous de drainage) installées tous les 600 mm. Les barbacanes sont des tubes de plastique ou des mèches en nylon de 8 mm de diamètre insérées dans le joint de mortier horizontal.
4.5 Isolation thermique des murs creux
L'isolant dans la cavité peut être en panneaux rigides de polyisocyanurate (PIR) ou de polystyrène extrudé (XPS), en laine minérale semi-rigide, ou en mousse polyuréthane projetée. La valeur R minimale requise pour les murs extérieurs au Québec est de R-24 selon le CCQ 2020.
L'isolant doit être installé sans ponts thermiques. Les attaches métalliques traversant l'isolant doivent être en acier inoxydable ou en plastique renforcé de fibres (basalt) pour minimiser les pertes thermiques. Des cales isolantes peuvent être utilisées sous les attaches.
4.6 Gestion de l'humidité dans les murs creux
La gestion de l'humidité est essentielle. Le pare-vapeur (membrane de polyéthylène 6 mil ou feuille de frein-vapeur) est installé côté chaud de l'isolant pour empêcher la diffusion de vapeur d'eau dans la cavité. La perméance du pare-vapeur doit être inférieure à 6 ng/Pa·s·m².
Le drainage de la cavité est assuré par une pente du solin vers l'extérieur (minimum 15°). Des drains de cavité (draincore ou panneaux drainants) peuvent être installés au fond de la cavité pour faciliter l'écoulement de l'eau vers les barbacanes.
4.7 Murs de parement en pierre
Les murs de parement en pierre naturelle suivent les mêmes principes que les parements de brique, mais avec des attaches renforcées adaptées au poids de la pierre. Des attaches ponctuelles en acier inoxydable (crampons à queue d'aronde, attaches à vis expansives) supportent les dalles de pierre. L'espacement des attaches dépend de l'épaisseur de la pierre (minimum 25 mm) et des charges de vent locales.
La technique de la pierre vénitienne (pierre de 40 à 60 mm d'épaisseur) est employée dans les projets architecturaux haut de gamme. Les dalles sont fixées à une ossature secondaire en aluminium ou en acier inoxydable avec des attaches réglables en trois dimensions pour permettre l'alignement précis.