Chapter V

Ouvertures et arcs

Metierium study guide with diagrams.

Chapitre 5 — Ouvertures et Arcs

Ouvertures et arcs — linteaux, types d'arcs, claveaux (animation) Ouvertures et arcs Linteau (lintel) charge reportée ouverture acier (angle) · béton · pierre Arc en plein cintre clé compression → vers les piédroits Types d'arcs Plein cintre (semi-circulaire) Surbaissé (segmental) Ogival (gothique, 2 centres) Plate-bande (joints inclinés) Piédroits et appuis Piédroit (jamb) — mur latéral de l'ouverture Appui (sill) — rejette l'eau vers l'extérieur Sommier (bearing) — portée min. 100 mm Harpage — liaison avec le mur adjacent L'arc travaille en compression pure · la clé verrouille l'ensemble · cintrage requis pendant la pose

5.1 Introduction

Coupe d'un arc en maçonnerie — terminologie et composants structuraux Clé de voûte Voussoirs Linteau (acier) Piédroit Piédroit Ligne de naissance Ouverture Arc en maçonnerie — composants structuraux 45° 45° Arc de décharge (effet de voûte)

Les ouvertures (fenêtres, portes, passages) et les arcs sont des éléments essentiels de la maçonnerie. Le briqueteur-maçon doit maîtriser la réalisation des linteaux, des arcs, des piédroits, des appuis de fenêtre et des seuils de porte, ainsi que les détails d'étanchéité, de drainage et de mouvement autour des ouvertures. Au Québec, les cycles de gel-dégel et les précipitations abondantes imposent des exigences sévères pour ces détails critiques qui concentrent les risques d'infiltration et de détérioration prématurée.

5.2 Linteaux

Les linteaux transfèrent les charges autour des portes, fenêtres et autres ouvertures sans fissurer la maçonnerie adjacente. Leur sélection et leur pose exigent de vérifier portée, appuis, protection contre la corrosion, dégagements, solins et compatibilité avec l’appareillage afin de respecter les plans structuraux et les exigences du CNB.

5.2.1 Définition et Fonction

Un linteau (lintel) est un élément structural horizontal placé au-dessus d'une ouverture pour supporter le poids de la maçonnerie située au-dessus et le reporter sur les piédroits (jambages) de chaque côté. Le linteau peut être en acier, en béton armé, en maçonnerie armée ou en pierre monolithique. Son dimensionnement est crucial car la rupture d'un linteau peut entraîner l'effondrement de la maçonnerie au-dessus de l'ouverture.

La hauteur de la maçonnerie que le linteau doit supporter n'est pas toujours toute la hauteur jusqu'au toit — un arc de décharge (arching effect) se forme naturellement dans la maçonnerie à 45° de part et d'autre de l'ouverture. Au-delà de cette hauteur, la charge est directement transmise aux piédroits sans passer par le linteau.

5.2.2 Types de Linteaux

Linteaux en acier :

Les plus courants dans la construction québécoise. Ils sont fabriqués à partir de profilés laminés à chaud (angles, HSS, poutrelles W-shape) en acier galvanisé à chaud ou inoxydable. Les cornières simples ou doubles (double angle) sont le type le plus utilisé pour les ouvertures standards.

Dimensions typiques : L102×102×9,5 mm pour les petites ouvertures (portée ≤ 1,5 m) jusqu'à L152×152×12,7 mm pour les grandes ouvertures (portée ≥ 3 m)
Protection contre la corrosion : galvanisation à chaud ≥ 460 g/m² (conforme ASTM A123) ou revêtement époxy pour les environnements très corrosifs (piscines, stationnements)
Isolation thermique : les linteaux en acier créent un pont thermique. Dans les murs à cavité, un isolant doit être placé entre la cornière et la structure intérieure
Dimensionnement : selon le CNB Division B, Partie 4 (calcul aux états limites). Les charges à considérer incluent la charge morte de la maçonnerie, la charge d'exploitation (neige, entretien) et la hauteur de décharge (voûte à 45°)

Linteaux en béton armé :

Coulés en place ou préfabriqués, ils offrent une grande adaptabilité de forme et de dimension.

Béton : résistance minimale 25 MPa à 28 jours, affaissement (slump) 75–100 mm
Armature : grade 400W (yield 400 MPa), dimensionnée en flexion et cisaillement
Couverture d'enrobage minimum : 25 mm (intérieur), 40 mm (extérieur), 50 mm (exposé aux sels de déglaçage)
Avantages : bonne résistance au feu (> 1 heure), adaptabilité architecturale, moins de pont thermique que l'acier
Inconvénients : temps de cure (7–14 jours avant mise en charge), poids élevé, besoin de coffrage

Linteaux en maçonnerie armée (bond beams) :

Blocs de maçonnerie spéciaux (bond beam blocks) en forme de U, remplis de béton et d'armature continue.

Le bloc sert de coffrage perdu
Armature horizontale continue (1–2 barres de 15M)
Béton de remplissage : coulis de maçonnerie (grout) avec affaissement 200–250 mm
Utilisé pour les bâtiments en maçonnerie armée (reinforced masonry) et les murs porteurs
Avantage : continuité de la maçonnerie, même matériau que le mur

Linteaux préfabriqués :

Éléments en béton précontraint ou armé, fabriqués en usine avec des tolérances serrées.

Avantages : rapidité de pose, qualité contrôlée (cure en usine), finition soignée
Disponibles en différentes sections (rectangulaire, en L, en T)
Délai de fabrication : 2 à 4 semaines selon la complexité
Manutention : points de levage intégrés ou élingues textiles

5.2.3 Pose des Linteaux

Étapes de mise en œuvre :

40.Vérification des dimensions de l'ouverture et du niveau des appuis
41.Pose d'un lit de mortier type S (17 MPa) sur chaque appui de piédroit
42.Mise en place du linteau à l'aide d'un appareil de levage adapté (sangles, ventouses)
43.Vérification du niveau (tolérance ± 3 mm sur toute la longueur)
44.Installation d'un solin avec larmier au-dessus du linteau
45.Pose des briques au-dessus du linteau — commencer par les extrémités vers le centre

Exigences :

Appui minimal : 150 mm sur chaque piédroit (200 mm pour les portées > 3 m)
Jeu de dilatation : 6 à 10 mm entre l'extrémité du linteau et la maçonnerie adjacente, rempli de mastic élastomérique
Dans les murs à cavité : le linteau doit traverser toute l'épaisseur du parement, avec un solin intégré qui dirige l'eau vers l'extérieur
Protection du linteau pendant le coulage : éviter les projections de mortier qui accélèrent la corrosion
Aucune soudure sur le chantier : les linteaux doivent arriver à la bonne dimension, coupés et galvanisés en usine (la coupe sur place brise la protection contre la corrosion)

5.2.4 Linteaux et Ponts Thermiques

Dans les murs isolés, les linteaux en acier créent des ponts thermiques significatifs. Solutions pour les atténuer :

Linteaux thermiquement rompus (thermal break lintels) : profilés avec une barrière isolante intégrée entre l'aile extérieure et l'aile intérieure
Isolation extérieure continue : un panneau d'isolant rigide (XPS, PIR) placé à l'extérieur du linteau et du mur
Linteaux en béton armé : meilleure performance thermique que l'acier (conductivité 1,5 W/mK vs 50 W/mK pour l'acier)
Encoffrement du linteau : un coffrage en bois ou métal rempli d'isolant autour du linteau

5.3 Piédroits (Jambes d'Ouverture)

Les piédroits sont les éléments verticaux de chaque côté d'une ouverture. Ils supportent le linteau et transmettent les charges à la fondation.

5.3.1 Dimensionnement et Renforcement

Largeur minimale : 200 mm pour les petites ouvertures (portée < 2 m), 400 mm pour les grandes ouvertures (portée > 3 m), 600 mm pour les ouvertures de garage ou grandes baies vitrées
Renforcement : armatures verticales continues (maçonnerie armée) pour les ouvertures larges ou en zones sismiques, ancrages mécaniques rapprochés (300 mm verticalement) dans la zone du piédroit, piliers intégrés en béton armé ou en maçonnerie à l'intérieur du mur

5.3.2 Tolérances (CSA A371)

Écart vertical admissible : ± 6 mm sur 3 mètres de hauteur
Écart horizontal entre les deux piédroits : ± 3 mm
Équerrage par rapport à la façade : ± 3 mm sur 1 mètre
Les piédroits doivent être montés en même temps que le mur pour assurer la liaison des assises

5.3.3 Détails de Construction

Les piédroits doivent être montés avec le même appareil que le mur adjacent (continuité des joints de lit et de montant)
Dans les murs à cavité, le piédroit doit comprendre un coupe-feu vertical dans la cavité
Un joint de glissement (slip joint) entre le piédroit et le cadre de fenêtre/porte permet les mouvements différentiels; ce joint est rempli de mastic ou d'un joint précomprimé
Les réservations (conduits électriques, plomberie) doivent être prévues avant la montée du piédroit, jamais percées après coup

5.3.4 Maçonnerie Armée dans les Piédroits

Pour les ouvertures larges ou les bâtiments de plus de 3 étages, les piédroits sont renforcés par armature verticale :

Barres verticales : 15M ou 20M dans les alvéoles des blocs
Espacement vertical maximum : 400 mm
Armature horizontale minimale : 10M à chaque assise ou tous les 400 mm
Coulis de remplissage : affaissement 200–250 mm, vibration légère
Recouvrement des barres : 40 diamètres (600 mm pour 15M) aux jonctions

5.4 Appuis de Fenêtre (Window Sills)

L'appui de fenêtre est un élément critique car il reçoit directement l'eau de pluie ruisselant sur la vitre. Il doit évacuer cette eau et protéger le mur sous la fenêtre des infiltrations.

5.4.1 Types d'Appuis

Briques d'appui préformées en béton : éléments préfabriqués avec larmier intégré et pente de 10° (1:6). Les plus courants.
Pierre naturelle (granit, calcaire, grès) : durables, esthétiques, coût élevé. Le granit est recommandé pour les zones très exposées.
Briques sur chant (rowlock sill) : une ou deux rangées de briques posées sur chant (rowlock) avec pente vers l'avant. Technique traditionnelle économique mais moins durable — l'eau peut traverser les joints de mortier.
Métal (aluminium extrudé, acier inoxydable) : souvent utilisé dans les constructions commerciales modernes. L'aluminium doit être traité contre la corrosion au contact du mortier.

5.4.2 Détails de Mise en Œuvre

Pente minimale de 10° (1:6) vers l'extérieur pour garantir l'écoulement de l'eau
Larmier (goutte d'eau) en sous-face, à 25 mm minimum du nu du mur, pour éviter que l'eau ne ruisselle sous l'appui sur la façade
Solin sous l'appui de fenêtre : remontant de 150 mm minimum sur la paroi intérieure, sortant de 10 mm au-delà du larmier
Projection latérale : 30–50 mm de chaque côté pour protéger la jonction mur/cadre
Joints entre sections d'appui : scellés au silicone (neutral cure) avec fond de joint
Espace de dilatation : 6 mm entre les sections d'appui (tous les 2–3 m sur les longues fenêtres)
Appui posé après le cadre de fenêtre ou intégré avant, selon le détail du fabricant

5.4.3 Problèmes Fréquents

Absence de larmier : l'eau ruisselle sous l'appui et pénètre par le joint — l'une des causes les plus fréquentes d'infiltration
Pente insuffisante : l'eau stagne sur l'appui, gèle et fissure la brique ou le béton
Solin manquant sous l'appui : l'eau contourne l'appui et entre dans le mur
Appui trop court latéralement : l'eau s'infiltre par la jonction appui/cadre

5.5 Arcs

Les arcs de maçonnerie redistribuent les charges par compression et demandent une géométrie beaucoup plus stricte qu’un simple linteau droit. Le briqueteur-maçon doit contrôler cintre, claveaux, joints rayonnants, culées, mortier et décoffrage pour obtenir un ouvrage stable, esthétique et compatible avec les plans de restauration ou de construction neuve.

5.5.1 Principe Structural

Un arc transfère les charges verticales en forces de compression le long de sa courbure vers les piédroits. La brique et la pierre, matériaux très résistants en compression (20–80 MPa) mais faibles en tension (0,5–2 MPa), trouvent dans l'arc leur forme structurale la plus naturelle et la plus efficace.

Les arcs sont apparus dès l'Antiquité (Mésopotamie, Égypte, Rome) et ont permis de franchir des portées considérables jusqu'à l'avènement de la construction métallique au XIXe siècle. Aujourd'hui, ils sont principalement utilisés en restauration patrimoniale, en architecture contemporaine de prestige, et dans certains petits ouvrages comme les foyers et les allées de jardin.

5.5.2 Terminologie

Voussoir : brique ou pierre taillée en coin (trapézoïdale) qui constitue un segment de l'arc. Chaque voussoir est comprimé entre ses voisins, ce qui verrouille l'ensemble.
Clé (keystone) : voussoir central au sommet de l'arc, généralement le dernier posé. Sa forme en coin (plus large en haut qu'en bas) verrouille l'arc en compression.
Contre-clé : voussoir adjacent de chaque côté de la clé.
Naissance (springing point) : point de départ de la courbure de l'arc, au niveau des piédroits.
Flèche (rise) : distance verticale entre la ligne de naissance (ligne horizontale reliant les naissances) et l'intrados à la clé.
Portée (span) : distance horizontale entre les deux naissances.
Intrados (soffit) : face inférieure (concave) de l'arc.
Extrados : face supérieure (convexe) de l'arc.
Ceintre (centering) : coffrage temporaire en bois qui soutient l'arc pendant sa construction et jusqu'à ce que le mortier ait pris.
Joint de voussoir : joint radial qui converge vers le centre de courbure de l'arc. Son épaisseur doit être constante (10 mm) sur toute la profondeur du voussoir.
Épaisseur de l'arc : profondeur radiale du voussoir — généralement égale à l'épaisseur du mur.

5.5.3 Types d'Arcs

Arc en plein cintre (semicircular arch) :

Demi-cercle parfait où la flèche est égale à la moitié de la portée (f = s/2). C'est la forme la plus stable et la plus résistante. Utilisé dans les bâtiments patrimoniaux — églises, cathédrales, ponts romains — mais aussi dans l'architecture contemporaine pour les grandes baies vitrées et les entrées monumentales.

Arc surbaissé (segmental arch) :

Arc dont la flèche est inférieure à la moitié de la portée (f < s/2). Le rapport flèche/portée typique est de 1/6 à 1/3. Utilisé quand la hauteur disponible entre la naissance et le plafond est limitée. L'arc surbaissé exerce une poussée horizontale plus importante sur les piédroits que l'arc en plein cintre.

Arc en anse de panier (basket-handle / three-centered arch) :

Trois arcs de cercle raccordés tangentiellement : deux petits arcs sur les côtés (aux naissances) et un grand arc au centre. Cette forme élégante permet de grandes portées avec une hauteur modérée. Souvent utilisé dans les ponts et les arcades.

Arc en ogive (pointed arch / Gothic arch) :

Deux arcs de cercle de rayons différents (ou identiques) se rencontrant en un point au sommet. Caractéristique de l'architecture gothique. La forme ogivale répartit les charges plus efficacement que le plein cintre, permettant des hauteurs vertigineuses et des portées importantes.

Arc plat (flat arch / jack arch) :

Arc dont l'intrados est horizontal mais les joints des voussoirs sont radiaux (les voussoirs sont taillés en coin). Donne l'illusion d'un linteau plat tout en conservant le principe de l'arc. Chaque voussoir doit être parfaitement taillé pour que l'arc fonctionne en compression pure.

Arc déprimé (elliptical arch) :

Arc de forme elliptique, combinant une grande portée et une faible flèche. Plus difficile à tracer et à construire que les autres types d'arcs.

5.5.4 Méthodes de Tracé

Tracé à la corde et au compas (arc en plein cintre) :

132.Tracer l'horizontale de naissance sur un panneau de contreplaqué ou de MDF
133.Marquer les naissances (points de départ) à chaque extrémité de la portée
134.Trouver le centre : point médian entre les deux naissances
135.Avec un compas ou une corde, tracer le demi-cercle de rayon = portée/2
136.Diviser le demi-cercle en nombre impair de voussoirs (5, 7, 9, 11, etc.)

Tracé d'un arc surbaissé :

138.Tracer l'horizontale de naissance et la flèche au centre
139.Tracer les segments de la naissance à la clé
140.Élever les médiatrices de ces segments
141.L'intersection des médiatrices donne le centre de l'arc de cercle
142.Tracer l'arc avec ce centre

5.5.5 Construction d'un Arc

Étape 1 — Fabrication du ceintre (centering) :

Le ceintre est un gabarit en bois (contreplaqué 19 mm ou planches) qui reproduit exactement l'intrados de l'arc. Il est supporté par des étais verticaux réglables (tubes télescopiques ou vérins à bois). La surface du ceintre est recouverte d'une feuille de polyéthylène ou de papier huilé pour éviter que le mortier n'adhère au bois lors du décintrement.

Étape 2 — Taille des voussoirs :

Chaque brique est taillée en coin (trapèze) à l'aide d'une meule sur table, d'une scie à maçonnerie ou d'un ciseau à pierre. L'angle de coupe est déterminé par le nombre de voussoirs et le rayon de l'arc. Tous les joints radiaux doivent converger vers le centre de courbure. Pour un arc en plein cintre de 7 voussoirs, chaque voussoir a un angle de 180°/(7+1) = 22,5°.

Étape 3 — Pose des voussoirs :

La pose commence simultanément par les deux voussoirs de naissance (un de chaque côté) et progresse symétriquement vers le sommet. Chaque voussoir est posé sur un joint de mortier complet sur les faces radiales. La vérification à l'équerre et au niveau est faite pour chaque voussoir. Les joints radiaux doivent avoir une épaisseur uniforme de 10 mm sur toute la profondeur.

Étape 4 — Mise en place de la clé (keystone) :

La clé est le dernier voussoir posé. Elle est légèrement plus large (2–5 mm) que l'espace restant pour créer un effet de coin qui verrouille l'arc en compression. La clé est posée avec un mortier un peu plus fluide (type S ou M) pour remplir complètement le joint. On l'enfonce par martelage léger avec un maillet en caoutchouc.

Étape 5 — Décintrement (centering removal) :

Le ceintre ne doit pas être retiré avant que le mortier ait atteint une résistance suffisante — généralement 7 jours de cure (14 jours par temps froid, < 10 °C). Le décintrement se fait par abaissement progressif des étais (2–3 mm par jour) pour que l'arc prenne sa flèche de déformation (settlement) de 5–10 mm à la clé. Un décintrement brutal peut faire flamber (s'effondrer) l'arc.

5.5.6 Considérations Sismiques

Le CNB 2020 exige pour les arcs situés dans les zones sismiques (Montréal, Québec, Gatineau, Trois-Rivières, la quasi-totalité du Québec habité) :

Armature horizontale continue (bond beam) au-dessus de l'extrados de l'arc, ancrée dans les piédroits de chaque côté
Ancrages métalliques sous les voussoirs de naissance, scellés chimiquement dans les piédroits
Rapport flèche/portée minimal de 1/6 — les arcs trop surbaissés sont interdits en zone sismique
Épaisseur minimale de l'arc : 190 mm (brique + épaisseur du mur)
Les arcs en zone sismique doivent être vérifiés par un ingénieur en maçonnerie

5.6 Joints de Mouvement Autour des Ouvertures

Les ouvertures sont des points de concentration de contraintes thermiques et structurales. Des joints de mouvement bien conçus sont essentiels.

Joint de glissement vertical (slip joint) : entre le piédroit et le cadre de fenêtre/porte pour permettre le mouvement vertical indépendant du mur et de l'ouverture. Réalisé avec un feutre bitumé, un joint précomprimé ou du silicone.
Joint de dilatation horizontal : entre le linteau et la maçonnerie adjacente, largeur 10–15 mm, rempli de mastic élastomérique
Joint de mouvement vertical : aux angles des ouvertures larges (> 3 m), un joint de mouvement traverse toute la hauteur du piédroit
Joint entre appui de fenêtre et maçonnerie : un joint souple (silicone) de 6–10 mm

5.7 Étanchéité et Détails d'Eau

Les ouvertures sont les points les plus vulnérables aux infiltrations. Les détails suivants sont obligatoires :

Solin sous l'appui de fenêtre :

Membrane imperméable remontant de 150 mm sur la paroi intérieure
Relevé latéral (retour d'équerre) de 100 mm minimum de chaque côté
Larmier dépassant de 10 mm au-delà du nu du mur

Solin au-dessus du linteau :

Membrane continue sur toute la longueur du linteau
Larmier en acier inoxydable ou cuivre
Recouvrement latéral de 150 mm minimum aux extrémités

Coupe-feu dans la cavité :

Obligatoire autour de chaque ouverture dans les murs creux
Laine minérale ou mousse intumescente
Empêche la propagation du feu ET bloque les courants d'air dans la cavité

Barrière coupe-vapeur :

Continue et étanche autour des ouvertures
Raccord aux membranes des fenêtres avec ruban d'étanchéité
Test d'infiltrométrie (blower door) recommandé pour vérifier l'étanchéité à l'air

Ruban d'étanchéité :

Aux joints entre le cadre de la fenêtre/porte et la maçonnerie
Ruban butyle, acrylique ou membrane liquide
Appliqué avant la pose du cadre et après, pour une double barrière

5.8 Sécurité des Travaux

Décintrement : ne jamais se tenir sous un arc pendant le décintrement. Un arc instable peut s'effondrer instantanément
Voussoirs taillés : les bords des briques coupées sont tranchants — port de gants résistants aux coupures
Meule sur table : lunettes de sécurité + protection auditive + aspiration des poussières de silice
Linteaux lourds : utilisation d'un appareil de levage adapté — une cornière en acier de 3 mètres pèse 50–100 kg
Échafaudage : stable et bien ancré pour les arcs de grande portée nécessitant plusieurs jours de travail en hauteur

5.9 Références Normatives

CSA A371 : Section 6 — Openings and Lintels, Section 8 — Arches
CNB 2020 : Division B, Partie 4 (Structural Design) pour le dimensionnement des linteaux
ASTM C216 : Standard Specification for Facing Brick
ASTM E514 : Water Penetration Test for Masonry
CSA A23.3 : Design of Concrete Structures (pour linteaux en béton armé)
CSA S16 : Design of Steel Structures (pour linteaux en acier)

5.10 Résumé

Les ouvertures et les arcs sont des points névralgiques de la maçonnerie qui concentrent les charges structurales, les contraintes thermiques et les risques d'infiltration d'eau. Le briqueteur-maçon doit maîtriser les différents types de linteaux (acier, béton, maçonnerie armée, préfabriqué), les piédroits correctement dimensionnés et renforcés, les appuis de fenêtre drainés avec solin et larmier, et la construction des arcs (plein cintre, surbaissé, anse de panier, ogive, plat) incluant le tracé, la taille des voussoirs, la pose symétrique et le décintrement progressif. L'étanchéité (solin, larmier, chasse-goutte), les joints de mouvement et la conformité aux normes CNB 2020 et CSA A371 sont essentiels pour la durabilité des ouvrages en climat québécois. Le chapitre suivant traite de la maçonnerie de pierre.

5.3 Conception et installation des linteaux

Les linteaux supportent les charges au-dessus des ouvertures (portes, fenêtres, portes de garage). Selon la norme CSA A371, un linteau en maçonnerie armée ou en béton préfabriqué doit avoir une portée d'appui d'au moins 200 mm de chaque côté de l'ouverture. La hauteur du linteau doit être calculée en fonction de la charge à supporter et de la portée libre.

Les linteaux préfabriqués en béton précontraint sont les plus courants dans la construction québécoise. Ils sont disponibles en différentes sections (largeur de 100 à 300 mm, hauteur de 100 à 400 mm) et peuvent supporter des charges uniformément réparties allant jusqu'à 30 kN/m linéaire. Leur fabrication en usine assure un contrôle qualité rigoureux.

Les linteaux en acier (poutrelles d'acier de section H ou W) sont utilisés pour les grandes portées (plus de 3 mètres). Ils sont enveloppés de maçonnerie pour la protection incendie. Un espace de 10 mm est prévu entre l'acier et la maçonnerie pour la dilatation thermique.

5.4 Arcs en maçonnerie — types et méthodes de construction

L'arc en maçonnerie est une technique ancestrale qui permet de franchir des ouvertures sans linteau. Les arcs sont classés selon leur géométrie : arc en plein cintre (demi-cercle), arc surbaissé (segment de cercle), arc en anse de panier (trois centres), arc en ogive (deux arcs de cercle se rejoignant au sommet). Au Québec, les arcs en plein cintre et surbaissés sont les plus fréquents.

La construction d'un arc nécessite un cintre de support temporaire en bois. Les claveaux (voussoirs) sont posés symétriquement de chaque côté de l'arc, en commençant par la naissance. La dernière pierre posée au sommet est la clé de voûte. Les joints entre claveaux sont radiaux (pointent vers le centre de l'arc) et leur épaisseur ne doit pas varier de plus de 2 mm.

Le calcul de la flèche (hauteur de l'arc) se fait selon la relation f = R × (1 - cos(θ/2)) pour un arc en plein cintre, où R est le rayon et θ l'angle d'ouverture. Pour un arc surbaissé, la flèche est généralement comprise entre 1/6 et 1/10 de la portée.

5.5 Arcs de décharge et arcs de soulagement

Les arcs de décharge sont construits au-dessus des linteaux pour redistribuer les charges vers les zones pleines du mur. Ils sont particulièrement importants dans les murs porteurs où l'ouverture est large. L'arc de décharge peut être apparent ou noyé dans la maçonnerie.

Les arcs de soulagement (segmental relieving arches) sont intégrés dans l'épaisseur du mur derrière le parement. Ils sont dimensionnés pour supporter la charge complète de la maçonnerie sus-jacente sur une hauteur égale à la portée de l'ouverture. La flèche minimale est de 100 mm pour les portées inférieures à 2 mètres.

5.6 Appuis de fenêtre et seuils de porte

Les appuis de fenêtre (tablettes) en pierre naturelle ou en béton préfabriqué doivent dépasser de 30 à 50 mm de chaque côté de la fenêtre. Une goutte d'eau (larmier) est taillée sous l'appui pour empêcher l'eau de ruisseler sur le mur. La pente de l'appui vers l'extérieur est de 5 à 10 degrés.

Les seuils de porte en maçonnerie sont exposés à des charges piétonnières et mécaniques. Ils sont renforcés par des barres d'armature de 10 mm de diamètre espacées de 200 mm. Le mortier utilisé pour les seuils est de type S à haute résistance.

5.7 Techniques d'étanchéité autour des ouvertures

L'étanchéité à l'air et à l'eau autour des ouvertures est critique. Un ruban d'étanchéité auto-expansif est installé entre le cadre de fenêtre et la maçonnerie. Le mastic de jointoiement (silicone neutre ou polyuréthane) doit avoir une capacité de mouvement de ± 25 % pour absorber les dilatations différentielles.

Les coupe-froid et les solins intégrés assurent la continuité du plan d'étanchéité. Le recouvrement du solin avec le pare-air du mur est d'au moins 100 mm. Les joints de dilatation doivent être prévus autour des grandes ouvertures vitrées.

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