Chapter VI

Maçonnerie de pierre

Metierium study guide with diagrams.

Chapitre 6 — Maçonnerie de Pierre

Maçonnerie de pierre — types, finitions, techniques de pose (animation) Maçonnerie de pierre Types de pierre (Québec) Granit — très dur, résistant au gel Calcaire — tendre, facile à tailler Grès — grain fin, bonne adhérence Ardoise — feuilletée, toitures Finitions de surface Éclatée (rock-faced) aspect brut, naturel Bouchardée points réguliers, antidérapant Polie lisse, brillante, intérieur Ciselée bords taillés, centre brut Techniques de pose Pierre sèche (sans mortier) Pierre maçonnée (mortier) Opus incertum (irrégulier) Opus quadratum (assises) Outils du tailleur Massette + ciseau — dégrossissage Boucharde — texture pointillée Chemin de fer — aplanir Scie diamantée — découpe précise La pierre naturelle exige un lit de pose correct · joints minces · drainage arrière obligatoire

6.1 Introduction

Coupe d'un mur en maçonnerie de pierre de taille — assemblage et composants Stone de taille Joint de mortier Mur de blocs Attaches métalliques Barbacanes Mur en pierre de taille — coupe transversale (ancrages)

La maçonnerie de pierre est l'une des formes de construction les plus durables et les plus nobles. Au Québec, elle est omniprésente dans le patrimoine bâti — fortifications de Québec (XVIIe siècle), églises, bâtiments institutionnels, maisons ancestrales des Cantons-de-l'Est et de l'île de Montréal, et ouvrages contemporains de prestige. La pierre naturelle offre une résistance, une longévité et une esthétique inégalées. Ce chapitre couvre les types de pierres utilisés au Québec, les techniques d'extraction et de transformation, les méthodes de pose traditionnelles et contemporaines, les principes de restauration, et les normes applicables.

6.2 Types de Pierre Utilisés au Québec

Le choix de la pierre au Québec dépend de la résistance au gel-dégel, de l’absorption, du lit naturel, de la disponibilité locale et de l’apparence recherchée. Granit, calcaire, grès et pierre des champs n’ont pas les mêmes exigences de coupe, de mortier, d’ancrage et de protection, ce qui influence directement la méthode de pose et la durabilité du mur.

6.2.1 Classification Géologique

La pierre naturelle se classe en trois grandes familles selon son origine géologique : roches sédimentaires, roches métamorphiques et roches ignées. Chaque type possède des propriétés distinctes qui déterminent ses applications en maçonnerie.

6.2.2 Roches Sédimentaires

Calcaire (limestone) :

Composé principalement de calcite (CaCO₃). Le calcaire est la pierre la plus utilisée dans la construction au Québec. Il se forme par accumulation de coquilles, coraux et sédiments marins au fond des mers anciennes. Les principaux gisements québécois sont le calcaire de Montréal (groupe de Trenton) et le calcaire de l'île d'Orléans.

Propriétés : facile à tailler lorsqu'il est extrait (vert), durcit à l'air par carbonatation
Résistance à la compression : 30 à 80 MPa selon la densité et la provenance
Absorption d'eau : 2 à 8 % selon la porosité
Variétés québécoises : calcaire de Saint-Marc-des-Carrières, calcaire de Joliette, calcaire de Chambord
Utilisations : fondations de bâtiments, façades, parements, murs de soutènement, dallages
Résistance au gel : bonne pour les calcaires denses (absorption < 5 %), médiocre pour les calcaires tendres

Grès (sandstone) :

Roche composée de grains de quartz cimentés par un liant naturel (silice, oxyde de fer, calcite ou argile). La couleur dépend du ciment : rouge (oxyde de fer), gris (silice), beige (calcite).

Grès de Sillery : grès rouge-brun caractéristique de la région de Québec, utilisé dans les fortifications et les bâtiments anciens
Grès de Potsdam : quartzite blanc-gris très résistant
Résistance à la compression : 40 à 120 MPa
Utilisation : façades, murs porteurs, pavages

Dolomie (dolostone) :

Similaire au calcaire, mais le carbonate de calcium est partiellement remplacé par du magnésium (dolomite). Plus dure et moins soluble que le calcaire.

6.2.3 Roches Métamorphiques

Granit (granite) :

Roche ignée intrusive à grain grossier, composée de quartz (20–40 %), feldspath (40–60 %) et mica (5–15 %). Le granit est la pierre la plus dure et la plus résistante utilisée en construction.

Propriétés : très résistant (150–300 MPa en compression), excellente résistance au gel, faible absorption d'eau (< 0,5 %), résistant aux acides et aux sels de déglaçage
Productions québécoises : granit rose de Stanstead (Estrie), granit noir de Rivière-à-Pierre (Mauricie), granit gris de Lac-Bromont (Estrie), granit gris-bleu de Saint-Nazaire (Saguenay–Lac-Saint-Jean)
Utilisations : marches d'escalier, seuils, dallages extérieurs, monuments funéraires, parements haut de gamme, comptoirs

Marbre (marble) :

Calcaire métamorphisé par la chaleur et la pression, recristallisé en une roche dense à grain fin. La recristallisation donne au marbre son aspect brillant et sa translucidité.

Résistance à la compression : 70 à 140 MPa
Sensibilité : sensible aux acides (pluie acide, produits ménagers) et à l'abrasion (ne convient pas aux zones de fort trafic)
Utilisations au Québec : finitions intérieures (comptoirs, revêtements muraux, escaliers), certains parements extérieurs protégés des intempéries

Ardoise (slate) :

Roche métamorphique à grain très fin issue de l'argile ou du schiste. Elle se débite en feuilles minces et régulières grâce à son clivage naturel.

Excellente résistance au gel et imperméabilité
Résistance à la compression : 100 à 200 MPa perpendiculairement au clivage
Utilisations : toitures (bardeaux d'ardoise), dallages extérieurs, tableaux et frises décoratives
Carrières québécoises : ardoise de Kingsey Falls et Melbourne (Estrie)

6.2.4 Roches Volcaniques

Basalte (basalt) : roche volcanique dense (2 800–3 000 kg/m³), très résistante mais difficile à tailler. Utilisé principalement pour les enrochements et la construction lourde (digues, brise-lames). Gisements en Abitibi et sur la Côte-Nord.

Syénite (syenite) : similaire au granit mais sans quartz ou avec très peu de quartz. Roche intrusive du Mont-Royal à Montréal. Utilisée au XIXe siècle pour les pavages et les fondations.

6.3 Extraction, Transformation et Finitions

De la carrière au chantier, l’extraction, la coupe et la finition modifient la dimension, la texture, le lit de pose et la capacité d’adhérence de la pierre. Comprendre ces étapes aide à interpréter les plans, à anticiper les tolérances, à choisir les joints et à manipuler les pièces lourdes sans créer d’éclats, de fissures ou de risques de sécurité.

6.3.1 Extraction en Carrière

Le choix de la méthode d'extraction dépend de la nature de la roche et de la taille des blocs souhaités :

Sciage au câble diamanté : méthode moderne la plus courante pour le granit et les roches dures. Un câble à billes diamantées sectionne la roche par frottement. Précision millimétrique, peu de pertes.
Forage et éclatement (plug and feather) : méthode traditionnelle pour le calcaire et le grès. Des trous sont forés en ligne, des coins métalliques (feathers) et des cales (plugs) sont insérés et frappés pour fendre la roche.
Sciage à la haveuse : machine équipée d'un bras articulé avec chaîne diamantée, permettant des coupes verticales et horizontales en carrière.

Les blocs bruts extraits pèsent généralement de 5 à 30 tonnes et sont transportés à l'usine de transformation.

6.3.2 Transformation en Usine

Les blocs bruts subissent plusieurs opérations de transformation :

Découpe primaire : scies à fil diamanté ou scies circulaires diamantées
Découpe secondaire : tranches (slabs) de 10 à 200 mm d'épaisseur
Calibrage : dimensions finales aux tolérances spécifiées
Surfacage : meulage pour obtenir la planéité requise
Finition : polissage, bouchardage, flammage, etc.

6.3.3 Finitions de Surface

La finition de surface influence l'esthétique, la résistance au glissement et la durabilité de la pierre :

Scié brut (sawn finish) : surface rugueuse obtenue directement après sciage. Utilisé pour les dallages industriels et les assises de pierre qui seront recouvertes.
Adouci (honed finish) : surface lisse et mate obtenue par meulage progressif (gros grains → fins). Aspect satiné. Utilisé pour les comptoirs intérieurs et les revêtements muraux.
Poli (polished finish) : surface miroir obtenue par polissage à l'aide de disques de plus en plus fins. Réfléchit la lumière. Nécessite un entretien régulier (cire). Comptoirs et finitions de prestige.
Bouchardé (bush-hammered finish) : texture martelée obtenue par un outil pneumatique (boucharde) qui frappe la surface. Antidérapant, idéal pour les trottoirs et les abords de piscines.
Flamé (flamed finish) : surface chauffée au chalumeau puis refroidie brutalement, créant un écaillage superficiel. Texture rugueuse et antidérapante. Pour les marches extérieures et les dallages piétons.
Vieilli (antiqued finish) : surface patinée artificiellement par brossage, acide ou projection de sable. Aspect ancien pour les bâtiments à caractère patrimonial.
Éclaté (split-face finish) : surface irrégulière obtenue par fendage mécanique. Aspect rustique pour les parements extérieurs. Très utilisé en architecture contemporaine pour les murs de pierre sèche apparente.

6.4 Techniques de Pose

La pose de pierre exige d’adapter les gestes de maçonnerie à des unités plus variables que la brique ou le bloc: lit naturel, calage, épaisseur des joints, ancrages, drainage et choix du mortier deviennent critiques. Une méthode rigoureuse assure la stabilité, l’alignement, l’évacuation de l’eau et l’intégration esthétique des pierres taillées ou irrégulières.

6.4.1 Maçonnerie de Pierre de Taille (Ashlar Masonry)

La pierre de taille est la technique la plus soignée. Les blocs sont taillés avec précision (faces parallèles, angles droits) et posés en assises régulières avec des joints minces (3 à 6 mm).

Appareils de pierre de taille :

Assises régulières (coursed ashlar) : tous les blocs de la même hauteur d'assise, les assises sont continues sur toute la façade
Assises alternées (alternating courses) : assises de deux hauteurs différentes alternant régulièrement
Assises irrégulières (random ashlar) : blocs de différentes hauteurs disposés sans alignement continu des joints horizontaux. Aspect plus libre
Opus romain : grands blocs alternant avec deux rangs de petits blocs
Opus isodome : toutes les assises de même hauteur, très régulier
Opus cyclopéen : très grands blocs irréguliers, joints épais. Architecture rustique

6.4.2 Maçonnerie de Moellons (Rubble Masonry)

Les moellons sont des pierres brutes ou grossièrement équarries. Les joints sont plus épais (10 à 25 mm) pour compenser les irrégularités.

Moellons piqués (coursed rubble) : pierres équarries, assises horizontales, hauteurs variables
Moellons bruts (random rubble) : pierres non équarries, pas d'assise régulière. Aspect rustique
Opus incertum : petites pierres noyées dans un mortier abondant. Technique romaine antique

6.4.3 Préparation et Pose des Pierres

Préparation des pierres :

La pierre doit être propre, sèche ou légèrement humidifiée selon le type (le calcaire poreux peut être humidifié pour éviter qu'il n'aspire trop d'eau du mortier)
Exempte de fissures, éclats, veines argileuses ou autres défauts
Les faces de joint doivent être brossées pour assurer l'adhérence
Pour les pierres très denses (granit), un barbotin (lait de ciment) est appliqué sur la face à coller pour améliorer l'adhérence du mortier

Mortier pour la pierre :

Le mortier doit être moins résistant que la pierre pour permettre les mouvements naturels sans endommager la pierre
Mortier de chaux (type O ou K) pour la restauration et la pierre tendre
Mortier ciment type N (5,2 MPa) pour la pierre dure et les constructions neuves
Le sable doit être compatible avec la couleur de la pierre (sable siliceux pour pierre claire, sable plus foncé pour pierre sombre)

Pose des assises :

99.La première assise repose sur une fondation en béton nivelée avec précision (tolérance ± 3 mm sur 3 m)
100.Un solin d'étanchéité (membrane bitumineuse ou EPDM) sépare la fondation de la pierre
101.Chaque pierre est posée sur un lit de mortier complet (100 % de couverture)
102.Vérification systématique au niveau à bulle et à l'équerre
103.Les pierres sont alignées à l'aide d'un cordeau tendu
104.Le jointoiement (joint finishing) est fait au fur et à mesure ou en différé selon la technique

Ancrages mécaniques :

Les pierres de plus de 30 kg ou de dimensions supérieures à 600 mm dans leur plus grande dimension doivent être ancrées mécaniquement à la structure porteuse :

Tiges filetées en acier inoxydable 316, scellées chimiquement (résine époxy) dans le béton ou la maçonnerie porteuse
Densité : un ancrage par 0,5 m² de parement
Les pierres de plus de 100 kg nécessitent 2 ancrages minimum
Un système de fixation invisible (goujons, agrafes inox) est utilisé pour les parements de prestige

Épaisseur minimale :

Murs de pierre massive autoporteurs : 300 mm minimum
Parement en pierre (sur structure porteuse) : 75 mm minimum pour la pierre naturelle, 100 mm recommandé
Pierres de placage (thin stone veneer) : 20–40 mm sur substrat en béton ou sur ossature

6.4.4 Joints et Finition

Types de joints :

Joint creux (recessed joint) : le plus étanche car l'eau ruisselle sur la pierre sans pénétrer dans le joint. Aspect net.
Joint au ras (flush joint) : joint affleurant la surface de la pierre. Pour les murs destinés à être enduits ou recouverts.
Joint en retrait (raked joint) : le joint est en retrait de 3–5 mm, créant une ombre qui souligne chaque assise.
Joint en V (V-joint) : profil en V, généralement pour la pierre de taille haut de gamme ou les intérieurs.
Joint bâti (struck joint) : joint incliné vers le bas et l'intérieur, traditionnel pour les murs de pierre exposés à la pluie.

Rejointoiement (tuckpointing) :

Le vieux mortier dégradé est enlevé sur 15–25 mm de profondeur à l'aide d'outils manuels (ciseau, grattoir) — jamais à la meule abrasive qui endommagerait la pierre
Le nouveau mortier (type N ou O, max 5,2 MPa) est appliqué par couches successives et compacté
La finition est faite au fer à joints

6.5 Restauration de la Maçonnerie de Pierre

La restauration de la pierre vise à conserver l’ouvrage existant avant de remplacer des matériaux, en respectant la compatibilité du mortier, la nature de la pierre et les méthodes patrimoniales. Le diagnostic des fissures, joints pulvérulents, déplacements et infiltrations guide des interventions limitées, sécuritaires et durables plutôt qu’un rejointoiement ou un nettoyage trop agressif.

6.5.1 Diagnostic

Avant toute restauration, un diagnostic complet est nécessaire :

Inspection visuelle : fissures, efflorescences, écaillage, desquamation, alvéolisation
Sondage au marteau : les pierres qui sonnent creux sont désolidarisées de leur support
Test d'absorption d'eau (tube de Karsten) : mesure du taux d'absorption en surface
Analyse pétrographique : identification du type de pierre, de son état de dégradation et des sels solubles présents
Relevé photographique et cartographie des dégradations (stone condition survey)

6.5.2 Techniques de Nettoyage

Le nettoyage doit être adapté au type de pierre et au type de salissure :

Eau basse pression (500 psi max) : la méthode la plus douce, adaptée à la plupart des pierres. Ne pas utiliser d'eau chaude sur la pierre calcaire (dissolution).
Nettoyage chimique : détergents à pH neutre, appliqués par pulvérisation puis rincés à l'eau. Uniquement pour salissures tenaces sur pierres denses.
Micro-abrasion (gommage) : projection de poudre de dolomie (carbonate de calcium) à basse pression (20–40 psi). Nettoyage en douceur des pierres calcaires.
Nettoyage laser : pour les pierres très fragiles ou les sculptures détaillées. Le laser vaporise sélectivement la saleté sans toucher la pierre.

IMPORTANT : le sablage haute pression est interdit au Québec pour les pierres historiques car il érode la surface protectrice (peau de carbonate) et accélère la dégradation future.

6.5.3 Réparation des Pierres Dégradées

Remplacement des pierres :

Les pierres trop dégradées (perte de matière > 30 %, fissures traversantes, alvéolisation profonde) doivent être remplacées à l'identique :

Pierre de même nature (même carrière ou formation géologique équivalente)
Propriétés similaires (porosité, résistance, coefficient de dilatation thermique)
Dimensions conformes à l'existant (relevé sur place)
Pose dans le même appareil que l'original

Réparation in situ :

Pour les pierres partiellement dégradées (éclats, petites fissures, alvéoles) :

Mortier de réparation composé de chaux + poudre de la même pierre (pour la couleur et la texture)
Application en couches minces successives (2–5 mm par couche)
Temps de séchage entre chaque couche : 24 heures minimum
Finition brossée ou sculptée pour imiter la surface originale

6.5.4 Consolider les Pierres Très Dégradées

Pour les pierres gélives, desquamées ou désagrégées :

Silicate d'éthyle (ester silicique) : appliqué par imprégnation, il polymérise in situ en formant un gel de silice qui consolide la pierre. Traitement réversible.
Résine acrylique : imprégnation pour pierres très fragiles. Moins réversible.
Hydroxyde de baryum : pour les calcaires — réagit avec les sulfates et forme de la barite insoluble.
Consolidation électrochimique : pour les pierres contenant des sels solubles (nitrates, chlorures, sulfates). Technique spécialisée.

Ces techniques sont réservées aux restaurateurs professionnels qualifiés et ne doivent pas être appliquées sans diagnostic préalable.

6.5.5 Maçonnerie de Pierre à Sec (Dry Stone Masonry)

Les murs de pierre sèche (sans mortier) sont construits uniquement par emboîtement des pierres. Leur stabilité repose sur le poids, le frottement et l'imbrication des pierres.

Techniques : pierres de parement inclinées vers l'intérieur (batterie), remplissage intérieur (pierraille), pierres de bout (through stones) pour relier les deux parements
Utilisations : murs de soutènement de jardins, murs de clôture, aménagements paysagers
Avantages : drainant naturellement, écologique, adaptable aux mouvements du sol
Norme : CSA A371 Section 7.6 — Dry Stone Masonry

6.6 Normes et Références

CSA A371 : Section 7 — Stone Masonry (pose, ancrages, mortier)
ASTM C119 : Standard Terminology Relating to Dimension Stone
ASTM C615 : Granit dimensionnel
ASTM C568 : Calcaire dimensionnel
ASTM C616 : Grès dimensionnel
ASTM C503 : Marbre dimensionnel
ASTM C629 : Ardoise dimensionnelle
ASTM C1353 : Résistance à l'abrasion par la méthode du disque
ASTM C170 : Résistance à la compression de la pierre dimensionnelle
ASTM C99 : Résistance à la flexion de la pierre dimensionnelle
ASTM C120 : Résistance à la flexion de l'ardoise
CNB 2020 : Division B, Partie 4 (4.2 — Actions structurales, 4.5 — Maçonnerie)

6.7 Sécurité et Manutention

Risques spécifiques à la maçonnerie de pierre :

Charges lourdes : un mètre cube de granit pèse 2 700 kg. Utiliser systématiquement des équipements de levage mécaniques (grue, chariot élévateur, ventouses à vide)
Pinces à pierre : vérifier l'état des mâchoires (pas d'usure excessive) et la capacité de charge (marquée sur l'outil)
Ventouses : adaptées aux pierres polies, surface propre et sans défaut. Limite d'utilisation : pierres de moins de 200 kg par ventouse
Élingues textiles : pour pierres brutes. Vérifier l'usure, ne pas faire de nœuds

Équipements de protection individuelle (EPI) :

Casque de sécurité (protection contre chutes de pierres)
Gants anti-coupures (bords de pierre tranchants)
Chaussures de sécurité à embout d'acier
Protection oculaire (lunettes de sécurité ou écran facial)
Protection respiratoire : masque P100 pour la silice cristalline (pierre contenant du quartz)

Silice cristalline :

La poussière de pierre contenant de la silice cristalline (quartz) est reconnue comme cancérogène. Les opérations de sciage, meulage et taillage de la pierre doivent être faites avec aspiration d'eau à la source ou avec un extracteur de poussière classe H (HEPA). Le port du masque N95 minimum est obligatoire.

6.8 Résumé

La maçonnerie de pierre est un art qui allie connaissances géologiques, techniques de taille et de pose, et compétences en restauration patrimoniale. Le briqueteur-maçon québécois doit connaître les pierres locales (calcaire, granit, grès, ardoise), les finitions de surface adaptées à chaque application, les techniques de pose (pierre de taille, moellons, pierre sèche), les ancrages mécaniques pour les grandes pierres, et les méthodes de restauration compatibles avec la conservation du patrimoine. La durabilité exceptionnelle de la pierre (plus de 100 ans pour un ouvrage bien conçu) en fait un matériau de choix pour les constructions durables et de prestige. Le chapitre suivant aborde les plans, devis et spécifications techniques.

6.3 Types de pierre naturelle utilisés au Québec

Le Québec possède des ressources géologiques abondantes en pierre de taille. Le granit du Bouclier canadien, extrait dans les régions de Stanstead, Lac-Saint-Jean et Côte-Nord, est reconnu pour sa dureté, sa résistance au gel et sa variété de couleurs (gris, rose, noir). Sa résistance à la compression dépasse 150 MPa, ce qui en fait le matériau le plus durable pour la maçonnerie extérieure.

Le calcaire de la région de Montréal et de l'Outaouais (calcaire de Saint-Marc, de Verchères) est utilisé depuis les débuts de la colonie. Sa résistance à la compression varie de 30 à 80 MPa selon le gisement. Il se taille facilement mais est plus sensible au gel que le granit. Le grès de la vallée du Saint-Laurent offre une résistance intermédiaire et une texture attrayante.

L'ardoise de la région de Richmond est utilisée pour les dallages, les toitures et les parements. Elle se débite en feuilles minces (3 à 12 mm) et présente une excellente résistance au gel grâce à sa faible porosité (moins de 0,5 %).

6.4 Techniques de taille et de façonnage

La taille de la pierre naturelle se fait par des techniques traditionnelles (taille au ciseau, au marteau, à la boucharde) ou modernes (scies circulaires à diamant, jets d'eau abrasifs). Le façonnage des pierres de taille pour la maçonnerie suit des plans précis : chaque pierre est tracée, débitée puis taillée aux dimensions requises avec une tolérance de ± 1 mm.

Les finitions de surface comprennent le bossage (surface brute), la taille smillée (petits points réguliers), la gradine (stries parallèles), la boucharde (petits points en relief), le scié brut (surface de scie, non polie) et le poli miroir (réserve aux pierres dures comme le granit). La finition choisie influence l'apparence, l'entretien et la résistance au glissement.

6.5 Mortiers spéciaux pour pierre naturelle

La maçonnerie de pierre naturelle exige des mortiers spéciaux à base de chaux hydraulique naturelle (NHL) pour préserver la compatibilité mécanique et chimique avec la pierre. Le mortier à la chaux NHL 3,5 est recommandé pour les pierres tendres (calcaire, grès) car il est plus perméable à la vapeur d'eau et moins résistant que les mortiers de ciment.

Pour les pierres dures (granit), un mortier bâtard ciment-chaux (type N) enrichi en chaux est utilisé. La proportion recommandée est de 1 part de ciment blanc (pour éviter la décoloration) pour 2 parts de chaux hydratée et 6 parts de sable calibré.

6.6 Ancrages et attaches pour pierre de taille

Les attaches métalliques pour pierre naturelle sont en acier inoxydable de grade 316. Les types d'attaches incluent les agrafes en dovetail (queue d'aronde), les pattes de fixation, les chevilles expansives et les ancrages chimiques. L'espacement des attaches dépend de l'épaisseur de la pierre : pour une pierre de 100 mm d'épaisseur, les attaches sont espacées de 600 mm horizontalement et 400 mm verticalement.

Les systèmes de fixation moderne (ossature secondaire en aluminium) permettent la pose de plaques de pierre de 40 à 60 mm d'épaisseur sur des bâtiments de grande hauteur. Ces systèmes incluent des réglages tridimensionnels pour l'alignement.

6.7 Conservation et restauration des maçonneries anciennes en pierre

Au Québec, de nombreux bâtiments patrimoniaux en pierre (XVIIIe et XIXe siècles) nécessitent une restauration spécialisée. Les techniques de conservation incluent le rejointoiement (remplacement des joints de mortier dégradés) avec un mortier à la chaux compatible, le nettoyage doux (nébulisation d'eau, micro-sablage à basse pression) et le remplacement des pierres trop dégradées (pierres de remplacement issues des mêmes carrières).

Le rejointoiement respecte une profondeur minimale de 2 fois la largeur du joint pour assurer l'adhérence. Les joints sont refouillés sur 20 à 30 mm de profondeur avant le rejointoiement. Le mortier de restauration est dosé pour être plus perméable que la pierre environnante, assurant un séchage préférentiel des joints.

Ready to test this chapter?

Practice with exam-aligned questions and timed simulations.

Commencer gratuitement