Licence RBQ et réglementation
Metierium study guide with diagrams.
Chapitre 1 : Licence RBQ et réglementation
1.1 La Régie du bâtiment du Québec (RBQ)
La RBQ est l'organisme gouvernemental québécois qui délivre les licences d'entrepreneur en construction et de constructeur-propriétaire. Elle est constituée en vertu de la Loi sur le bâtiment (RLRQ, chapitre B-1.1) et exerce ses pouvoirs sur l'ensemble du territoire québécois.
Un entrepreneur général qui exécute des travaux sans licence, ou dans une catégorie non couverte par sa licence, commet une infraction pénale en vertu de l'article 46 de la Loi sur le bâtiment.
1.2 Catégories de licence d'entrepreneur général
L'entrepreneur général détient la catégorie 1.1 de l'annexe I du Règlement sur la qualification professionnelle. Il organise et coordonne les travaux, engage les sous-traitants et assume la responsabilité globale du chantier. Les sous-catégories sont :
-
1.2 — Travaux d'ingénierie, voirie et assainissement : routes, ponts, aqueducs, égouts (souvent combinée à une licence d'entrepreneur spécialisé).
Chaque sous-catégorie exige une expérience pratique minimale (généralement 24 à 48 mois selon la catégorie, soit environ 4 000 à 8 000 heures) et la réussite des examens correspondants. Un entrepreneur titulaire seulement de la 1.1.1 ne peut pas soumissionner sur un immeuble commercial de 4 étages : il doit d'abord obtenir la 1.1.3.
1.3 Conditions d'obtention et de maintien de la licence
Pour obtenir et conserver une licence RBQ, l'entrepreneur général doit satisfaire simultanément aux conditions suivantes :
1.4 Suspension, révocation et amendes
La RBQ peut suspendre ou révoquer une licence dans les cas suivants :
Amendes pour exercice illégal : une personne physique qui exécute des travaux sans licence s'expose à une amende de 5 000 $ à 50 000 $ ; pour une personne morale, l'amende atteint 10 000 $ à 100 000 $ (art. 197 de la Loi sur le bâtiment). En cas de récidive, les montants sont doublés.
L'entrepreneur visé par une suspension a le droit de demander une audience devant le Bureau des régisseurs de la RBQ dans les 30 jours suivant l'avis. La décision peut ensuite être portée en appel devant la Cour du Québec.
1.5 Registre des entreprises et Loi sur le bâtiment
L'entrepreneur général doit être immatriculé au Registre des entreprises du Québec (REQ) et détenir un numéro d'entreprise du Québec (NEQ) avant de déposer sa demande de licence. Le NEQ figure sur la licence RBQ et sur tous les contrats.
Références légales principales :
Le registre public de la RBQ (accessible en ligne) permet à tout client de vérifier la validité d'une licence, les catégories détenues, les antécédents disciplinaires et les jugements rendus. Un entrepreneur dont la licence est suspendue apparaît avec la mention « suspendue » au registre.
1.6 Examen de qualification RBQ
L'examen de qualification pour la licence d'entrepreneur général comporte quatre volets :
Le candidat doit obtenir une note de passage de 60 % dans chaque volet. Un échec à un seul volet oblige à reprendre uniquement ce volet, dans un délai maximal de 12 mois. Les frais d'inscription à l'examen sont d'environ 100 $ à 150 $ par volet.
1.7 Obligations envers la CCQ
La Commission de la construction du Québec (CCQ) administre la main-d'œuvre de l'industrie. L'entrepreneur général qui embauche des salariés de la construction doit :
Les codes CNP pertinents sont 72014 (entrepreneurs/contremaîtres en construction) et 70011 (gestionnaires de la construction). Un entrepreneur général qui exécute lui-même des travaux manuels sur le chantier doit également détenir un certificat de compétence CCQ dans le métier concerné, sauf exception prévue pour le propriétaire unique.
1.9 Processus de demande de licence RBQ
La demande de licence suit un parcours en plusieurs étapes que tout entrepreneur général doit connaître précisément.
Exigences de la demande
Capacité financière : la RBQ exige une preuve de capacité financière incluant l'actif, le crédit disponible et la capacité de cautionnement. Le montant du cautionnement de licence varie selon le volume d'affaires annuel déclaré :
Compétence : le répondant en exécution de travaux doit démontrer son expérience (relevés d'heures, lettres d'employeurs) et réussir les examens. Le répondant en administration (souvent le même individu dans une petite entreprise) doit réussir l'examen d'administration.
Assurances : police responsabilité civile de 2 000 000 $ minimum par sinistre, inscription à la CNESST, et cautionnement de bonne exécution pour certains contrats publics (souvent 10 % du montant du contrat pour la soumission et 50 % pour l'exécution).
Renouvellement et formation continue
La licence RBQ est valide 2 ans. Le renouvellement exige :
Un retard de renouvellement de plus de 90 jours entraîne la radiation automatique de la licence ; l'entrepreneur doit alors recommencer le processus complet, examens inclus.
Suspension et révocation
La RBQ peut suspendre ou révoquer une licence pour :
L'entrepreneur visé peut demander une audience devant le Bureau des régisseurs dans les 30 jours. Pendant la suspension, il est interdit de soumissionner ou d'exécuter des travaux de construction.
1.10 Fonds d'assurance et réclamations
Le plan de garantie des bâtiments résidentiels neufs est obligatoire pour tout entrepreneur général qui construit des bâtiments résidentiels de moins de 5 étages (catégorie 1.1.1). Il est administré par des organismes autorisés par la RBQ (Garantie de construction résidentielle — GCR, Garantie Abritat).
Couvertures du plan :
Cotisation : l'entrepreneur verse une prime d'environ 0,5 % à 1 % du prix de vente de chaque unité à l'administrateur du plan.
Processus de réclamation
Lorsqu'un propriétaire découvre un défaut couvert :
Le délai pour déposer une réclamation est de 6 mois après la découverte du défaut pour les malfaçons, et jusqu'à 5 ans pour les vices majeurs de structure.
1.11 Inspections et application de la loi
La RBQ effectue des inspections à différentes étapes de la construction pour vérifier la conformité aux règlements.
Types d'inspections
Inspections obligatoires (plan de garantie GCR) :
Inspections aléatoires : la RBQ peut se présenter sans préavis sur tout chantier pour vérifier :
Procédures d'inspection
L'inspecteur de la RBQ peut :
En cas d'infraction, l'inspecteur émet un avis de non-conformité précisant les corrections requises et le délai (souvent 15 à 30 jours). Le défaut de se conformer entraîne des amendes (5 000 $ à 100 000 $ selon le type d'infraction), un ordre d'arrêt des travaux ou la suspension de la licence.
1.12 Mises à jour réglementaires
Le cadre réglementaire de la construction évolue en continu. L'entrepreneur général doit surveiller :
Rester conforme
Pour maintenir sa conformité, l'entrepreneur général doit :
1.8 Structure de la licence et répondants
Une licence RBQ d'entrepreneur général n'est pas attachée à une personne seule : elle est émise à une entreprise (personne physique ou morale) qui désigne des répondants qualifiés. Deux fonctions de répondant existent :
Dans une petite entreprise, un seul individu peut cumuler les deux fonctions. Dans une société plus importante, les rôles sont séparés. Si un répondant quitte l'entreprise, la licence devient incomplète et l'entreprise dispose de 90 jours pour désigner un remplaçant qualifié ; à défaut, la licence est suspendue automatiquement.
Formes juridiques admises : entreprise individuelle, société en nom collectif (s.e.n.c.), société par actions (inc.), société en commandite. Chaque forme a des implications sur la responsabilité personnelle des dirigeants et sur la vérification d'intégrité menée par la RBQ.
Vérification d'intégrité : la RBQ consulte le plumitif judiciaire, le registre des faillites et les antécédents de la CCQ et de Revenu Québec. Une entreprise ayant des dettes fiscales impayées envers Revenu Québec peut se voir refuser ou suspendre sa licence jusqu'au règlement.
1.13 Distinction entrepreneur général / entrepreneur spécialisé
La distinction entre les catégories 1.x (général) et 2.x (spécialisé) est une source fréquente d'erreurs sur les chantiers :
Un entrepreneur général ne peut pas exécuter des travaux d'électricité (catégorie 16, réservée aux électriciens licenciés et aux membres de la Corporation des maîtres électriciens du Québec) ni de plomberie (catégorie 15.1, Corporation des maîtres mécaniciens en tuyauterie du Québec) sans détenir les licences spécialisées requises. Ces métiers sont à exercice exclusif.
Règle pratique : le général coordonne, le spécialisé exécute. Un contrat qui confie au général l'exécution directe de travaux réservés à une spécialité est nul pour la partie illégale et expose l'entreprise à des amendes.
1.14 Contrats et obligations documentaires
L'entrepreneur général titulaire de la sous-catégorie 1.1.1 (résidentiel neuf) doit respecter des obligations contractuelles strictes :
Pour les contrats publics (ministères, municipalités, organismes publics), l'entrepreneur doit être inscrit au Registre des entreprises autorisées à contracter (REA) de l'Autorité des marchés publics (AMP) pour tout contrat de 5 M$ et plus. Le REA vérifie l'intégrité fiscale et contractuelle. Un entrepreneur exclu du REA ne peut soumissionner sur les contrats publics au-delà du seuil.
Conservation des documents : contrats, plans, permis, rapports d'inspection, factures et preuves de paiement doivent être conservés 5 ans (délai de prescription de droit commun pour les vices apparents) et jusqu'à 5 ans après la réception pour les vices de structure couverts par le plan de garantie.
1.15 Exemples pratiques chiffrés
Exemple 1 — Démarrage d'une entreprise résidentielle. Un contremaître avec 6 ans d'expérience (environ 10 000 heures) veut lancer son entreprise de maisons unifamiliales. Il doit : s'immatriculer au REQ (NEQ, environ 38 $ de frais), réussir les examens 1.1.1 (administration + exécution), fournir un cautionnement de 20 000 $, souscrire une assurance responsabilité de 2 000 000 $, adhérer au plan de garantie GCR et s'inscrire à la CCQ et à la CNESST. Coût de démarrage réglementaire typique : 3 000 $ à 6 000 $ (examens, cautionnement, assurances, adhésions).
Exemple 2 — Hausse du volume d'affaires. Une entreprise passe d'un volume de 400 000 $ à 1,2 M$ par an. Son cautionnement doit passer de 25 000 $ à 40 000 $. Elle doit aviser la RBQ et sa compagnie de cautionnement ; le défaut d'ajuster le cautionnement au volume réel constitue un motif de suspension.
Exemple 3 — Infraction sur chantier. Un inspecteur RBQ constate qu'un entrepreneur 1.1.1 construit un duplex de 4 étages (hors de sa catégorie, qui limite à moins de 5 étages mais pour du résidentiel — ici le problème est plutôt l'absence de la 1.1.3 si le bâtiment dépasse les seuils). L'inspecteur émet un avis, ouvre un dossier pénal. Amende possible : 5 000 $ à 50 000 $ pour la personne physique, doublée en récidive.
Exemple 4 — Réclamation garantie. Un propriétaire découvre une infiltration d'eau majeure 4 ans après la réception (vice caché, garantie 3 ans dépassée mais possiblement requalifiable en vice de conception 5 ans). Il avise l'entrepreneur par lettre recommandée, attend 30 jours, puis dépose à la GCR. L'inspecteur-conciliateur tranche ; si le vice est reconnu comme majeur, l'indemnisation peut couvrir le coût complet des réparations structurelles.
1.16 Sous-traitance et responsabilité du général
L'entrepreneur général qui confie des travaux à des sous-traitants conserve une responsabilité solidaire envers le client pour la bonne exécution de l'ensemble du chantier. Cette responsabilité a des conséquences concrètes :
Santé et sécurité : sur un chantier, l'entrepreneur général est le maître d'œuvre au sens de la LSST. Il assume les obligations de coordination SST, la tenue du registre d'accidents et, au-delà de certains seuils (généralement 10 travailleurs ou un coût de travaux élevé), la désignation d'un coordonnateur SST et d'un plan de prévention écrit.
1.17 Sanctions disciplinaires et recours du public
Au-delà des amendes pénales, la RBQ dispose d'un arsenal de sanctions administratives :
Le registre public de la RBQ publie les décisions disciplinaires, les jugements et les garanties réclamées. Un client potentiel qui consulte le registre voit immédiatement les antécédents. Pour l'entrepreneur, une mauvaise réputation au registre se traduit par une perte d'appels d'offres et de contrats.
Recours du public : un client insatisfait peut déposer une plainte à la RBQ, qui enquête. Si la plainte relève d'un litige contractuel (qualité, délais), le client s'adresse au plan de garantie (résidentiel) ou à la Cour du Québec (division des petites créances jusqu'à 15 000 $, division civile au-delà). La RBQ ne règle pas les litiges privés mais peut sanctionner l'entrepreneur fautif.
Points clés à retenir
Questions d'examen typiques
Q1. Un entrepreneur titulaire de la sous-catégorie 1.1.1 peut-il construire un immeuble commercial de 4 étages et 800 m² ?
R. Non. La 1.1.1 couvre uniquement les bâtiments résidentiels neufs de moins de 5 étages. Un bâtiment commercial de 4 étages et 800 m² dépasse les limites de la 1.1.2 (3 étages ou 600 m²) ; il faut la sous-catégorie 1.1.3.
Q2. Quel est le montant minimal du cautionnement de licence pour un entrepreneur général dont le volume d'affaires annuel est de 750 000 $ ?
R. 30 000 $ (tranche 500 000 $ à 1 000 000 $).
Q3. Un client verse un acompte de 25 000 $ et l'entrepreneur fait faillite avant le début des travaux. Quelle protection s'applique ?
R. Le plan de garantie des bâtiments résidentiels neufs rembourse l'acompte (protection des acomptes), jusqu'au plafond prévu par l'administrateur (GCR ou Abritat).
Q4. Quel est le délai pour contester une suspension de licence devant le Bureau des régisseurs ?
R. 30 jours à compter de la réception de l'avis de suspension.
Q5. Quelle amende maximale une personne morale risque-t-elle pour avoir exécuté des travaux sans licence ?
R. 100 000 $ (art. 197 de la Loi sur le bâtiment) ; le montant est doublé en cas de récidive.
Q6. Combien d'heures de formation continue un répondant doit-il compléter par période de licence de 2 ans ?
R. 16 heures.
Q7. Quelle est la durée de la garantie contre les vices majeurs de structure dans le plan de garantie résidentiel neuf ?
R. 5 ans après la réception du bâtiment.
Q8. Un entrepreneur général qui embauche un charpentier doit-il déclarer les heures à la CCQ ?
R. Oui. Les rapports hebdomadaires sont obligatoires, avec versement des cotisations patronales et syndicales (environ 18 % à 22 % du salaire brut).
Ready to test this chapter?
Practice with exam-aligned questions and timed simulations.
Commencer gratuitement