Chapter VI

Direction et suspension

Metierium study guide with diagrams.

Chapitre 6 : Direction et suspension

Cette partie sert de repère technique pour diagnostiquer, entretenir et réparer les véhicules lourds dans le domaine suivant : boîtier et timonerie de direction, assistance hydraulique, géométrie, suspensions mécaniques ou pneumatiques, roues et pneus. Elle met l’accent sur les symptômes observables en atelier, les mesures à confirmer avec les instruments appropriés, les tolérances du fabricant, la propreté des circuits et les risques de sécurité avant démontage ou réglage. Les sous-sections qui suivent détaillent notamment 6.1 Principes de la direction des véhicules lourds, 6.2 Composants du système de direction et 6.2.1 Boîtier de direction.

6.1 Principes de la direction des véhicules lourds

Système de direction — Timonerie et géométrie d'Ackermann Système de direction — Véhicule lourd Volant Colonne Boîtier (vis à billes) Pompe hydraulique Bras Pitman Biellette (drag link) Barre d'accouplement Rotule Rotule Roue G Roue D Géométrie d'Ackermann Centre de virage α int. (grand) α ext. Roue intérieure braque plus — cercles concentriques au centre de virage

Le système de direction d'un véhicule lourd doit permettre un contrôle précis des roues directrices malgré l'effort important nécessaire pour orienter des pneumatiques larges supportant 4-8 tonnes par essieu. Le système comprend : le volant, la colonne de direction, le mécanisme de direction (boîtier de direction), la timonerie et les rotules de direction.

Principe d'Ackermann (géométrie de direction) : Les roues avant ne tournent pas du même angle dans un virage — la roue intérieure braque plus que la roue extérieure pour que toutes les roues suivent des cercles concentriques autour du même centre de virage. Cet écart angulaire est assuré par la géométrie des leviers de direction (trapeze de direction).

Angle de chasse (caster) : Inclinaison vers l'avant ou l'arrière de l'axe de pivotement (vue de côté). Un angle de chasse positif (pivot incliné vers l'arrière) donne un effet de rappel automatique et stabilise la direction à haute vitesse. Valeur typique : 1-5°.

Angle de carrossage (camber) : Inclinaison de la roue par rapport à la verticale (vue de face). Un carrossage légèrement positif (roue inclinée vers l'extérieur en haut) compense la déformation de la suspension sous charge. Valeur typique : 0-2°.

Angle de pivot (steering axis inclination / SAI) : Inclinaison vers l'intérieur de l'axe de pivotement (vue de face). Combiné au carrossage, il détermine la tendance au rappel de la direction.

Parallélisme (toe-in / toe-out) : Les roues avant sont légèrement convergentes (toe-in, 0-3 mm) en statique pour compenser le jeu de la timonerie et le déplacement élastique du pneumatique en roulage. Un mauvais parallélisme cause une usure rapide des pneus (en dents de scie).

6.2 Composants du système de direction

Cette partie sert de repère technique pour diagnostiquer, entretenir et réparer les véhicules lourds dans le domaine suivant : boîtier et timonerie de direction, assistance hydraulique, géométrie, suspensions mécaniques ou pneumatiques, roues et pneus. Elle met l’accent sur les symptômes observables en atelier, les mesures à confirmer avec les instruments appropriés, les tolérances du fabricant, la propreté des circuits et les risques de sécurité avant démontage ou réglage. Les sous-sections qui suivent détaillent notamment 6.2.1 Boîtier de direction, 6.2.2 Direction assistée hydraulique intégrale et 6.2.3 Timonerie de direction.

6.2.1 Boîtier de direction

Boîtier de direction — volant, colonne, boîtier, timonerie, roues (animation) Système de direction — du volant aux roues Volant Colonne Boîtier de direction (vis sans fin + secteur) Bras Pitman Bielle (drag link) Barre d'accouplement (tie rod) Roue G Roue D Chaîne cinématique de direction : volant → colonne → boîtier (démultiplication) → bras Pitman → bielle → barre d'accouplement → fusées → roues. Le boîtier démultiplie l'effort du conducteur.

Le boîtier de direction (steering gear) amplifie l'effort du conducteur et le transmet à la timonerie. Deux types principaux :

Vis sans fin et secteur denté (worm and sector) :

Une vis sans fin (worm gear) est fixée à la colonne de direction. Un secteur denté (sector gear) engrène avec la vis.
La rotation du volant fait tourner la vis, déplaçant le secteur et donc le bras de direction.
Rapport de démultiplication : 15:1 à 25:1.
Moins utilisé sur les véhicules modernes.

Vis à recirculation de billes (recirculating ball) :

Une vis sans fin actionne un écrou à billes (recirculating ball nut). Les billes réduisent la friction et augmentent la durabilité.
L'écrou déplace un secteur denté (pitman shaft) via un pignon.
Standard sur les poids lourds depuis les années 1950. Marques : Sheppard (M100, M90), TRW/Ross (TAS series).
Certains boîtiers intègrent une valve de commande hydraulique (Timber/Servostat) pour l'assistance (direction assistée intégrée).

Crémaillère assistée (rack and pinion) :

Rare sur les poids lourds mais utilisé sur les camions légers (classe 2-4). Un pignon sur la colonne engrène avec une crémaillère. Plus précis, moins de jeu.

6.2.2 Direction assistée hydraulique intégrale

Direction assistée hydraulique — pompe, débit d'huile, vérin d'assistance (animation) Direction assistée hydraulique — principe Réservoir d'huile Pompe hydraulique (entraînée par courroie) Boîtier + distributeur rotatif Volant haute P Vérin d'assistance P R pression retour retour au réservoir (basse P) Le conducteur tourne le volant → distributeur rotatif dirige l'huile sous pression vers une chambre du vérin → le vérin pousse la timonerie → assistance = moins d'effort au volant. Moteur coupé = direction très dure.

Les poids lourds utilisent presque exclusivement la direction assistée hydraulique intégrale (integral hydraulic power steering) :

31.Pompe de direction : Pompe à palettes ou à engrenages, montée sur le moteur (entraînée par courroie), débit 10-30 L/min, pression 100-150 bar.
32.Valve de commande rotative : Intégrée au boîtier de direction (Sheppard / TRW). La barre de torsion relie l'arbre d'entrée (volant) à la valve. Quand le conducteur tourne le volant, la barre de torsion se tord, ouvrant la valve pour diriger l'huile hydraulique vers le vérin de puissance.
33.Vérin de puissance : Soit intégré au boîtier (piston agissant directement sur le secteur denté), soit externe (vérin double effet monté sur la timonerie).
34.Soupape de décharge : Limite la pression maximale (150-175 bar).
35.Ligne de retour : L'huile retourne au réservoir de la pompe.

Avantages : Effort au volant très faible même à l'arrêt, absorption des chocs de la route, réduction de la fatigue du conducteur.

6.2.3 Timonerie de direction

La timonerie (steering linkage) transmet le mouvement du boîtier de direction aux fusées (steering knuckles) :

Bras de commande (pitman arm) : Monté sur l'arbre de sortie (pitman shaft) du boîtier.
Biellette de direction (drag link / tie rod) : Relie le bras de commande au levier de la fusée (steering arm) de la roue gauche (ou droite selon le côté de conduite).
Biellette d'accouplement (cross tube / tie rod) : Relie la fusée gauche à la fusée droite.
Rotules de direction (ball joints / tie rod ends) : Articulations sphériques qui permettent le mouvement dans les deux plans (horizontal + vertical). Comportent une rotule en acier trempé, une cuvette en nylon/bronze, un ressort de précharge, un soufflet de protection en caoutchouc.
Levier de fusée (steering arm / knuckle arm) : Monté sur la fusée (kingpin).

Essieux directeurs tandem : Certains véhicules lourds à trois essieux (8×4) ont un essieu avant arrière également directeur — la timonerie est prolongée vers le second essieu via des biellettes supplémentaires.

6.3 Entretien et diagnostic de la direction

Cette partie sert de repère technique pour diagnostiquer, entretenir et réparer les véhicules lourds dans le domaine suivant : boîtier et timonerie de direction, assistance hydraulique, géométrie, suspensions mécaniques ou pneumatiques, roues et pneus. Elle met l’accent sur les symptômes observables en atelier, les mesures à confirmer avec les instruments appropriés, les tolérances du fabricant, la propreté des circuits et les risques de sécurité avant démontage ou réglage. Les sous-sections qui suivent détaillent notamment 6.3.1 Inspections, 6.3.2 Pannes courantes et 6.3.3 Procédure de purge du circuit de direction assistée.

6.3.1 Inspections

48.Jeu au volant : Le volant ne doit pas avoir plus de 10-20° de rotation libre (backlash). Un jeu excessif indique : boîtier de direction usé, rotules usées, ou jeu dans la timonerie.
49.Effort au volant : Mesurer avec un dynamomètre (spring scale) fixé à la jante du volant. Effort max à l'arrêt, moteur tournant : 25-50 N (2,5-5 kg).
50.Rotules : Vérifier le jeu en soulevant l'essieu avant et en bougeant la roue de haut en bas et d'avant en arrière. Jeu max : 0,5-1 mm. Un jeu excessif cause des vibrations et une usure irrégulière des pneus.
51.Boîtier de direction : Vérifier le niveau d'huile (ATF ou huile spécifique selon fabricant). Vérifier les fuites (joints de l'arbre d'entrée et de sortie).
52.Pompe de direction : Bruit de cavitation (grincement) → niveau bas, crépine bouchée, air dans le circuit. Sifflement → courroie de pompe desserrée.
53.Géométrie : Vérifier le parallélisme en garage avec un équipement de géométrie 3D.

6.3.2 Pannes courantes

Direction dure (effort élevé) :

Pompe de direction défectueuse (débit/pression insuffisant).
Valve de commande hydraulique grippée ou mal centrée.
Courroie de pompe qui glisse (tension insuffisante).
Fuite interne dans le vérin de puissance.
Angle de chasse excessif (suspension affaissée).

Direction qui tire d'un côté :

Pression de pneumatique inégale.
Carrossage ou parallélisme mal réglé.
Rotule grippée (côté opposé au tirage).
Frein qui serre d'un côté (chaleur excessive).
Suspension affaissée d'un côté (ressort cassé, coussin d'air crevé).

Jeu excessif / direction floue :

Rotules de direction usées.
Boîtier de direction — jeu entre la vis et l'écrou à billes — régler le jeu par la vis de réglage (sector shaft adjustment).
Jeu dans le joint universel de la colonne de direction.
Roulements de fusée (kingpin) usés.

Vibration dans le volant (shimmy) :

Roue mal équilibrée.
Rotule de direction usée.
Pneumatique déformé (séparation de la bande de roulement).
Fusée (kingpin) usée ou jeu dans les roulements de fusée.

Bruit de la direction (grincement, grognement) :

Air dans le circuit hydraulique (purger le système en braquant à fond à gauche puis à droite plusieurs fois, moteur tournant).
Niveau d'huile bas.
Pompe qui cavite.

6.3.3 Procédure de purge du circuit de direction assistée

82.S'assurer que le niveau d'huile est au maximum (réservoir de direction).
83.Moteur éteint, braquer le volant à fond à droite et à gauche 5-10 fois (pour chasser les bulles).
84.Vérifier le niveau — compléter si nécessaire.
85.Démarrer le moteur, laisser tourner au ralenti.
86.Braquer doucement à fond dans chaque direction (ne pas maintenir en butée plus de 5 secondes — risque d'endommager la pompe).
87.Répéter les virages à fond jusqu'à ce que le bruit de cavitation disparaisse et que l'écoulement soit uniforme.
88.Vérifier le niveau final, ajouter du fluide si nécessaire.

6.4 Principes de la suspension des véhicules lourds

La suspension d'un véhicule lourd a trois fonctions :

91.Confort : Isoler le châssis des irrégularités de la route.
92.Tenue de route : Maintenir le contact des pneus avec la route.
93.Protection : Protéger la charge et le véhicule des chocs.

Les charges sur un essieu arrière de tracteur peuvent atteindre 10-12 tonnes (essieu tandem : 20-24 tonnes).

6.5 Types de suspension

Cette partie sert de repère technique pour diagnostiquer, entretenir et réparer les véhicules lourds dans le domaine suivant : boîtier et timonerie de direction, assistance hydraulique, géométrie, suspensions mécaniques ou pneumatiques, roues et pneus. Elle met l’accent sur les symptômes observables en atelier, les mesures à confirmer avec les instruments appropriés, les tolérances du fabricant, la propreté des circuits et les risques de sécurité avant démontage ou réglage. Les sous-sections qui suivent détaillent notamment 6.5.1 Suspension mécanique à ressorts, 6.5.2 Suspension pneumatique (air suspension) et 6.5.3 Suspension à barres de réaction (walking beam / bogie).

6.5.1 Suspension mécanique à ressorts

Ressort à lames (leaf spring) :

Le plus répandu sur les poids lourds. Empilement de lames en acier à ressort (SAE 5160) de section rectangulaire (largeur 75-100 mm, épaisseur 10-20 mm).
Les lames sont reliées par un boulon central (center bolt) et maintenues par des brides (clips / rebound clips).
Œil de ressort (spring eye) : L'extrémité de la lame maîtresse est enroulée pour former un œil qui se monte sur une broche (spring pin) dans le support (hanger / shackle).
Chape de ressort (shackle) : Permet le mouvement de la suspension (articulation) côté opposé à l'essieu.
Lame auxiliaire (helper spring) : S'engage sous charge pour augmenter la capacité.
Silentblocs (bushings) : Caoutchouc ou polyuréthane aux points de pivot — réduisent le bruit et les vibrations.

Ressort hélicoïdal (coil spring) :

Utilisé principalement sur les cabines et les suspensions avant de certains camions légers à moyens.
Avantage : poids réduit, meilleur confort. Inconvénient : nécessite des bras de suspension complexes pour guider l'essieu.

Barre de torsion :

Utilisée sur certains camions militaires et tout-terrain. Une barre en acier à ressort tordu élastiquement par le mouvement de l'essieu.

6.5.2 Suspension pneumatique (air suspension)

Suspension pneumatique — compresseur, coussins d'air, valve de niveau (animation) Suspension pneumatique (air suspension) Châssis du véhicule Compresseur d'air Sécheur d'air Soupape de niveau Coussin Coussin Essieu Compresseur → sécheur → valve de niveau → coussins d'air. La valve maintient la hauteur de caisse constante, même chargé.

La suspension pneumatique (air ride) est le standard moderne pour les tracteurs routiers et les remorques. Elle offre un confort supérieur, une hauteur de caisse constante et une protection de la charge.

Composants :

114.Coussin gonflable (air spring / air bag) : Vessie en caoutchouc renforcé (caoutchouc naturel + polyamide) qui supporte la charge par pression d'air (2-7 bar).
115.Compresseur d'air : Généralement le même compresseur que les freins pneumatiques, via un circuit séparé avec valve de protection.
116.Valve de nivellement (leveling valve) : Valve mécanique qui ajuste la pression dans les coussins pour maintenir la hauteur de caisse constante quelle que soit la charge. Montée entre le châssis et un bras de suspension.
117.Amortisseurs : Absorbent les oscillations résiduelles.
118.Bras de suspension (trailing arm / radius rod) : Guident l'essieu verticalement tout en transmettant les forces longitudinales (accélération, freinage).
119.Barre stabilisatrice (anti-roll bar / sway bar) : Limite le roulis en virage (courbure de la barre en torsion montée sur silentblocs).

Fonctionnement :

La valve de nivellement mesure la distance entre le châssis et l'essieu. Si la hauteur augmente (déchargement), la valve évacue l'air des coussins. Si la hauteur diminue (chargement), la valve admet de l'air dans les coussins.
Le conducteur peut aussi commander manuellement la hauteur pour faciliter l'accouplement à une remorque (suspension montante/descendante — dump valve).

Marques courantes : Hendrickson (Airtek, HAS series), Ridewell (Air-Poise), Neway (AD series), Firestone (Airide).

6.5.3 Suspension à barres de réaction (walking beam / bogie)

Typique des camions de chantier et tombereaux :

Deux essieux arrière sont reliés par une poutre d'équilibrage (walking beam / equalizing beam).
La poutre pivotante répartit la charge entre les deux essieux tout en permettant à chaque roue de suivre les irrégularités indépendamment.
Ressorts : ressorts à lames ou tiges de torsion. Marque classique : Hendrickson RT series (Reyco, Hutchens).

6.6 Amortisseurs

Amortisseur hydraulique — piston, clapets, huile, amortissement (animation) Amortisseur hydraulique — coupe interne Tige (châssis) Huile hydraulique Piston + clapets Réserve (gaz) Fixation essieu Ressort SANS amortisseur oscille longtemps AVEC amortisseur s'arrête vite Le piston force l'huile à travers de petits orifices → friction hydraulique → l'énergie du rebond est dissipée en chaleur.

Les amortisseurs (shock absorbers) contrôlent les oscillations de la suspension après une bosse. Types :

Amortisseur hydraulique télescopique : Le plus courant. Un piston se déplace dans un cylindre rempli d'huile, forçant l'huile à passer par des orifices calibrés (valves). La résistance hydraulique dissipe l'énergie cinétique en chaleur.
Amortisseur à gaz : Azote sous basse pression (20-30 bar) dans une chambre séparée par un piston flottant — réduit la mousse (cavitation) de l'huile.
Amortisseur à valve proportionnelle (semi-actif) : Utilise une valve électromagnétique pour moduler la force d'amortissement en temps réel selon les conditions de route (suspension adaptative).

Test d'un amortisseur :

136.Pousser fermement sur le pare-chocs ou la caisse du côté de l'amortisseur.
137.Relâcher — le véhicule doit revenir à sa position initiale et s'arrêter (1 ou 2 oscillations max).
138.Un amortisseur défectueux = pompage excessif (oscille plusieurs fois).
139.Inspection visuelle : fuite d'huile sur le tube, déformation, silentblocs usés.

6.7 Système de suspension pneumatique — entretien

141.Inspection des coussins : Fissures, craquelures, décollement du caoutchouc de la plaque de fixation. Les coussins ont une durée de vie de 5-7 ans.
142.Valves de nivellement : Vérifier le réglage (hauteur de caisse spécifiée par le fabricant — généralement 200-300 mm entre le châssis et l'essieu). Nettoyer la tringlerie de la valve.
143.Fuite d'air : Test avec eau savonneuse. Une suspension qui s'affaisse à l'arrêt (moteur éteint) indique une fuite dans les coussins, les conduites ou la valve.
144.Purger le réservoir auxiliaire : Évacuer l'eau de condensation.
145.Amortisseurs : Vérifier l'absence de fuite d'huile. Remplacer par paire (même essieu) si l'un est défectueux.
146.Silentblocs des bras de suspension : Vérifier le jeu — un silentbloc dégradé cause des bruits de claquement et une géométrie variable.

6.8 Roues et pneumatiques

Cette partie sert de repère technique pour diagnostiquer, entretenir et réparer les véhicules lourds dans le domaine suivant : production d’air, valves, chambres de frein, réglage de course, ABS/ASR/ESC et ralentisseurs. Elle met l’accent sur les symptômes observables en atelier, les mesures à confirmer avec les instruments appropriés, les tolérances du fabricant, la propreté des circuits et les risques de sécurité avant démontage ou réglage. Les sous-sections qui suivent détaillent notamment 6.8.1 Roues (jantes) et 6.8.2 Pneumatiques.

6.8.1 Roues (jantes)

Les roues des poids lourds sont en acier (embouti ou soudé) ou en aluminium forgé (plus léger, meilleure dissipation thermique). Dimensions standard : 22,5 × 8,25 pouces pour les pneus radiaux 295/75R22.5 ou 11R22.5 (tracteurs routiers).

Attachement des roues :

Écrous à alésage conique (conical nuts) : Pour roues en acier (60° ou 90°).
Écrous à embase sphérique (ball seat nuts) : Pour roues en aluminium.
Boulonnerie en 10 : Tous les écrous doivent être serrés à 450-600 N·m (450-600 lb·ft) selon les spécifications, en croix (étoile), en deux passes (serrage partiel puis final).

6.8.2 Pneumatiques

Types :

Radial : Standard sur tous les poids lourds modernes. Les câbles d'acier sont perpendiculaires à la direction de roulage (radiaux). Ceinture en acier sous la bande de roulement. Meilleure longévité, moins de résistance au roulement.
Bias-ply (diagonal) : Câbles croisés à 30-40°. Plus rigide, utilisé pour les chantiers et la conduite hors route.
Run-flat : Flancs renforcés pour rouler à plat sur une courte distance.

Indices :

Load Range (G, H, L) : Capacité de charge (ex. Load Range G = 20-24 plis, 3 750 kg par pneu à 100 psi).
Speed Rating : Vitesse max autorisée (L = 120 km/h, M = 130 km/h).
Tread depth : Profondeur minimale légale — 1,6 mm au Canada (mais recommandé 4-6 mm pour poids lourds).

Pression : Généralement 6,5-8,5 bar (95-125 psi) pour les pneus de tracteur routier. La pression doit être vérifiée à froid (tous les jours). Une sous-pression de 20 % réduit la durée de vie du pneu de 30 %.

Alignement et géométrie :

Parallélisme (toe-in/toe-out) : Max 1,5 mm de convergence. Réglé en tournant la biellette d'accouplement.
Angle de chasse et carrossage : Réglables via des cales (shims) entre l'essieu et la fusée (sur certains essieux).
Alignement des essieux arrière : L'essieu arrière doit être perpendiculaire à la ligne médiane du châssis — une désaxation (crabbing) cause une usure rapide des pneus arrière.

6.9 Normes et sécurité

CSA B352 : Norme canadienne pour la suspension des véhicules routiers.
CNESST : Les systèmes de suspension pneumatique (air bags) sont des équipements sous pression — manipulation sécuritaire requise.
CCQ : La formation en mécanique de véhicules lourds inclut les systèmes de direction et de suspension comme compétences essentielles.
SAE J1401 : Spécification des flexibles pour suspension pneumatique.
SAE J684 : Normes pour les rotules de direction.
Les systèmes de suspension (ressorts à lames) stockent de l'énergie potentielle élastique dangereuse — utiliser des vérins de sécurité lors du démontage des ressorts. Ne jamais couper un boulon de ressort sous tension.
Le gonflage des pneus comporte un risque d'explosion — ne pas se placer dans la zone de danger (cas de roue), utiliser un manomètre calibré et une rallonge de gonflage.
Cadenassage/étiquetage : Avant de travailler sur les systèmes de suspension pneumatique, vidanger toute la pression d'air, mettre des cales de roues, et utiliser un support mécanique (chandelles) capable de supporter le poids du véhicule.

6.3 Direction assistée hydraulique

La direction assistée hydraulique est la technologie standard sur les véhicules lourds. La pompe de direction (à palettes ou à engrenages) est entraînée par le moteur et produit un débit de 10 à 30 L/min à une pression de 100 à 150 bars. Le réservoir d'huile de direction est intégré à la pompe.

La crémailleire de direction (steering rack) ou le boîtier de direction à recirculation de billes (recirculating ball) convertit le mouvement de rotation du volant en mouvement linéaire des biellettes de direction. Le rapport de direction est de 16:1 à 24:1 pour les poids lourds.

Le vérin d'assistance est intégré au boîtier de direction. La valve rotative (rotary valve) détecte le couple appliqué au volant par la torsion d'une barre de torsion (torsion bar). Plus le conducteur tourne le volant, plus l'assistance hydraulique est importante.

6.4 Direction assistée électrique (EPS)

La direction assistée électrique (EPS) remplace progressivement l'hydraulique sur les véhicules légers et moyens. Un moteur électrique (brushless) monté sur la colonne de direction ou la crémaillère fournit l'assistance. Le couple d'assistance est calculé par l'unité de commande EPS en fonction du couple du conducteur, de la vitesse du véhicule et de l'angle de braquage.

L'EPS offre un contrôle variable de l'assistance (plus d'assistance à basse vitesse, moins à haute vitesse), une consommation d'énergie réduite (pas de pompe toujours en fonctionnement), et des fonctions avancées comme le stationnement automatique et le maintien de voie.

6.5 Suspensions pneumatiques

La suspension pneumatique est devenue la norme sur les véhicules lourds pour le confort de conduite et la protection de la cargaison. Les coussins pneumatiques (air springs) remplacent les ressorts à lames traditionnels. Chaque coussin contient de l'air comprimé à 4-7 bars selon la charge.

Le compresseur de suspension (séparé du compresseur de frein) alimente les coussins via des valves de niveau (leveling valves). Les valves détectent la hauteur de la caisse par une tringlerie mécanique et admettent ou évacuent l'air pour maintenir la hauteur constante.

Le système ECAS (Electronically Controlled Air Suspension) utilise des capteurs de hauteur électroniques et des électrovannes proportionnelles. Il permet le réglage de la hauteur de caisse (abaissement pour le chargement, relevage pour le tout-terrain) et la compensation dynamique du roulis.

6.6 Amortisseurs

Les amortisseurs hydrauliques contrôlent les oscillations de la suspension. L'amortisseur télescopique double effet est le type standard. Le pistpn se déplace dans un cylindre rempli d'huile. L'huile passe par des orifices calibrés (valves de compression et de détente) qui créent une résistance au mouvement.

La force d'amortissement est proportionnelle à la vitesse du piston. Les amortisseurs à gaz (gaz nitrogène sous pression de 15 à 25 bars) empêchent la cavitation de l'huile. Les amortisseurs à valve réglable (adjustable damping) permettent de modifier la fermeté en tournant une molette.

6.7 Géométrie de direction et parallélisme

Le parallélisme des roues directrices doit être vérifié et réglé périodiquement. Le pincement (toe-in) des roues avant est réglé à 0 à 2 mm pour les camions lourds. Un mauvais parallélisme cause une usure irrégulière des pneus (usure en plumes) et une consommation excessive de carburant.

Le carrossage (camber) est l'inclinaison des roues vue de face. Le carrossage positif (roues inclinées vers l'extérieur) est de 0,5 à 1,5 degré pour compenser la charge. La chasse (caster) est l'inclinaison de l'axe de pivot vue de côté. Une chasse positive de 2 à 5 degrés stabilise la direction en ligne droite.

6.8 Pneus et jantes des véhicules lourds

Les pneus de poids lourds sont de type radial avec des ceintures d'acier. Les dimensions standard sont 11R22,5, 12R22,5, 295/75R22,5 et 315/80R22,5. La pression de gonflage est de 6 à 9 bars pour les pneus de direction et de traction. La profondeur minimale de sculpture est de 2/32 de pouce (1,6 mm) au Québec.

Les jantes en acier ou en aluminium sont à base creuse ou à base large. La fixation des roues se fait par des écrous coniques (10 écrous par roue sur les camions lourds, couple de serrage de 450-600 Nm).

Ready to test this chapter?

Practice with exam-aligned questions and timed simulations.

Commencer gratuitement