Excavation et terrassement
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Excavation et terrassement
1. Principes du terrassement
Le terrassement regroupe l'ensemble des opérations de déplacement, de mise en forme et de compactage des sols. Au Québec, les opérations de terrassement sont soumises à des conditions climatiques particulières qui influencent les méthodes et les calendriers.
2. Types de sols et classification
La classification des sols est essentielle pour déterminer les méthodes d'excavation, les pentes de talus sécuritaires et les techniques de compactage.
2.1 Classification selon le système unifié (USCS)
2.2 Classification selon le Règlement sur la santé et la sécurité du travail (RSST)
2.3 Indices de plasticité
3. Topographie et calculs de volume
La topographie donne à l'opérateur les repères nécessaires pour excaver à la bonne profondeur, respecter les pentes et contrôler les quantités déplacées. Les piquets, cordeaux, niveaux, plans de terrassement et systèmes GPS indiquent où enlever, où remblayer et quelles tolérances viser selon la fonction de l'ouvrage.
Les calculs de volume permettent d'anticiper le nombre de voyages, la capacité des zones de dépôt et l'équilibre déblai-remblai. Même lorsqu'un arpenteur ou un logiciel fournit les données, l'opérateur doit comprendre les principes de base afin de détecter une cote incohérente, un profil mal interprété ou une excavation qui s'écarte progressivement du plan.
3.1 Calcul des volumes par la méthode des surfaces
Volume de déblai :
V = (A₁ + A₂) / 2 × D
Où :
V = Volume (m³)
A₁, A₂ = Surfaces des sections extrêmes (m²)
D = Distance entre les sections (m)
Méthode plus précise (formule de la pyramide tronquée) :
V = D/3 × (A₁ + A₂ + √(A₁ × A₂))
3.2 Foisonnement et tassement des sols
Le volume de terre change après excavation et après compactage. Au Québec, ces coefficients sont utilisés :
Exemple de calcul avec foisonnement :
Volume en place = 1 000 m³ d'argile
Foisonnement = 1,30
Volume libre (à transporter) = 1 000 × 1,30 = 1 300 m³
Tassement = 0,88 (compacté)
Volume compacté = 1 000 × 0,88 = 880 m³
3.3 Calcul de la capacité de transport
Nombre de voyages = Volume libre / Capacité du camion
Exemple : 1 300 m³ / 15 m³ = 87 voyages
Si cycle de camion = 30 minutes et 8 h/jour : 16 voyages/jour/camion
87 / 16 = 5,4 jours avec 1 camion, ou 2,7 jours avec 2 camions
4. Opérations d'excavation
Les opérations d'excavation consistent à retirer le sol de façon contrôlée tout en maintenant la stabilité des talus, l'accès des camions et la protection des infrastructures existantes. L'ordre des passes, la profondeur de coupe, l'orientation de la pelle ou du bouteur et la gestion des déblais influencent directement la sécurité et la cadence.
Une excavation réussie commence par la reconnaissance du sol, des réseaux enfouis, des zones de circulation et des limites de propriété. L'opérateur travaille par couches régulières, évite les surcreusements, garde une plateforme stable et ajuste sa méthode lorsque le matériau change, que l'eau apparaît ou que les parois montrent des signes d'instabilité.
4.1 Types d'excavation
4.2 Pentes de talus sécuritaires (CNESST)
4.3 Étançonnement (blindage)
Obligation légale (RSST, art. 124) : Toute excavation de 1,5 m ou plus doit être étançonnée ou talutée selon les règles de l'art.
Types d'étançonnement :
Distance minimale de la zone de dépôt du bord de l'excavation :
Distance minimale = Profondeur de l'excavation / 2 + 0,6 m
Exemple : excavation de 3 m → distance minimale = 3/2 + 0,6 = 2,1 m
5. Drainage et gestion de l'eau
L'eau est l'un des principaux facteurs de perte de portance, d'érosion et d'instabilité dans les travaux de terrassement. La gestion du drainage vise à empêcher l'eau de s'accumuler dans les fouilles, sur les plateformes de circulation ou dans les matériaux destinés au remblai.
L'opérateur doit reconnaître les écoulements naturels, maintenir des pentes temporaires, créer des fossés provisoires et protéger les sorties d'eau contre l'envasement. Lorsque des pompes, puisards ou géotextiles sont utilisés, leur efficacité dépend d'un entretien régulier et d'une excavation qui garde toujours une voie de drainage fonctionnelle.
5.1 Problèmes d'eau au Québec
Le Québec présente des défis particuliers en matière de gestion de l'eau sur les chantiers :
5.2 Méthodes d'assèchement
Calcul du débit d'infiltration :
Q = k × i × A
Où :
Q = Débit (m³/s)
k = Coefficient de perméabilité (m/s)
i = Gradient hydraulique (m/m)
A = Surface de l'excavation (m²)
Coefficients de perméabilité typiques :
6. Remblai et compactage
Le remblai ne consiste pas à replacer simplement du matériau dans une excavation : il doit être posé par couches contrôlées, avec un matériau approprié et une densité compatible avec l'usage futur. L'épaisseur des levées, l'humidité et le type d'équipement de compactage déterminent la qualité finale.
Un bon opérateur répartit le remblai uniformément, évite d'emprisonner des poches molles ou organiques et compacte chaque couche avant d'ajouter la suivante. Autour des fondations, conduites et structures, les méthodes doivent être adaptées pour ne pas déplacer ni endommager les ouvrages tout en atteignant la compacité requise.
6.1 Matériaux de remblai acceptables
6.2 Épaisseurs des couches de remblai
6.3 Degré de compactage requis
7. Excavation par temps froid
Le temps froid modifie le comportement du sol, des matériaux et des machines. Le gel augmente la dureté de la surface, réduit la productivité des outils d'attaque et peut masquer des couches molles ou saturées sous une croûte rigide. Le dégel, à l'inverse, peut provoquer une perte rapide de portance.
Les travaux hivernaux exigent donc une planification particulière : déneigement des repères, protection des matériaux de remblai, gestion de la glace dans les accès, réchauffement adéquat de la machine et surveillance des talus. Le remblai avec matériaux gelés doit être évité lorsque la stabilité ou le tassement futur de l'ouvrage est en jeu.
7.1 Gel du sol
Au Québec, le gel du sol est un défi majeur de novembre à avril. La profondeur de gel peut atteindre :
7.2 Techniques d'excavation hivernale
Coût comparatif des méthodes de dégel (2024, Québec) :
8. Sécurité en excavation
La sécurité en excavation vise d'abord à prévenir l'ensevelissement, les chutes, les collisions et les contacts avec les services enfouis. Une tranchée ou une fouille peut devenir dangereuse très rapidement, surtout lorsque la profondeur augmente, que le sol est humide ou que des vibrations de circulation se transmettent aux parois.
Avant d'approcher l'équipement, il faut confirmer la localisation des réseaux, prévoir les accès, établir les distances de recul des déblais et choisir les protections nécessaires : talutage, blindage, étançonnement ou boîte de tranchée. L'opérateur doit arrêter le travail dès qu'il observe fissures, affaissements, venues d'eau ou mouvements du sol.
8.1 Info-Excavation (avant de creuser)
Au Québec, tout excavateur DOIT contacter Info-Excavation (1-800-663-9228) au moins 3 jours ouvrables avant le début des travaux. Ce service gratuit localise et marque les services publics souterrains.
Code de couleurs des marquages :
8.2 Accès et issues de secours
8.3 Inspection quotidienne
L'opérateur doit inspecter quotidiennement :
9. Tableau récapitulatif — Production d'excavation
10. Scénarios pratiques
Scénario A : Excavation pour fondation d'une maison unifamiliale de 12 × 15 m, profondeur 2,5 m. Volume en place : 450 m³. Sol : sable argileux. Avec foisonnement de 30 %, volume libre = 585 m³. Avec un camion de 15 m³ et un cycle de 40 minutes, il faut 585/15 = 39 voyages. Durée avec 2 camions : 39 × 40 / 60 / 2 = 13 heures. L'excavatrice produit 120 m³/h, donc chargement = 585/120 = 4,9 heures. Le goulot est donc les camions (13 h).
Scénario B : Tranchée de 1,5 m de large, 3 m de profondeur, 200 m de long dans un sol de type 3 (sable limoneux). La pente de talus requise est 1,5:1. La largeur totale d'emprise au niveau du sol = 1,5 + 2 × (3 × 1,5) = 10,5 m. Volume par mètre linéaire = (1,5 + 10,5) / 2 × 3 = 18 m³/m. Volume total = 18 × 200 = 3 600 m³. L'excavatrice doit accéder des deux côtés.
Scénario C : En plein hiver (-15 °C), excavation d'une tranchée de 1 m de large, 2 m de profondeur pour une canalisation d'eau. Le sol est gelé sur 1 m de profondeur. L'opérateur utilise d'abord un brise-roche hydraulique pour fracturer la couche gelée, puis une excavatrice avec un godet à roc pour enlever les blocs gelés. La couche non gelée en dessous est excavée normalement. Temps estimé : 2 fois plus long qu'en été. Coût supplémentaire : 15-20 $/m³.
3.1 Types d'excavation et méthodes de creusement
L'excavation est l'une des opérations fondamentales dans le domaine de la construction et du génie civil. Elle consiste à retirer la terre ou la roche d'un site pour créer une cavité aux dimensions spécifiées, que ce soit pour une fondation, une tranchée, un sous-sol ou un bassin de rétention. Les méthodes d'excavation varient considérablement selon la nature du sol, la profondeur de la fouille, les conditions d'accès et les contraintes environnementales. L'excavation à ciel ouvert est la méthode la plus courante et la plus simple. Elle implique le creusement d'une fouille depuis la surface du sol jusqu'à la profondeur désirée, avec des talus inclinés pour prévenir les éboulements. La pente des talus dépend de la cohésion du sol : un sol argileux compact peut supporter des pentes plus raides qu'un sol sableux meuble. Les normes de sécurité exigent généralement un angle de talus inférieur à l'angle de frottement interne du matériau excavé. L'excavation en tranchées est utilisée pour l'installation de canalisations, de câbles électriques, de réseaux d'égout et de fondations linéaires. La largeur de la tranchée doit être suffisante pour permettre la pose de la conduite et le travail des ouvriers, tout en minimisant le volume de terre à déplacer. Le blindage des tranchées, obligatoire au-delà d'une certaine profondeur, utilise des étançons hydrauliques et des plaques métalliques pour protéger les travailleurs contre les effondrements. L'excavation en butte est une technique spécialisée utilisée sur les terrains en pente. Le matériau est excavé par le haut de la pente vers le bas, créant une série de gradins ou de banquettes qui stabilisent la paroi de la fouille. Chaque gradin est conçu pour recueillir les éventuels éboulements et les eaux de ruissellement, empêchant ainsi leur accumulation dans le fond de l'excavation. L'excavation par aspiration, méthode plus récente et moins invasive, utilise un camion équipé d'une puissante pompe à vide et d'un système de tuyaux flexibles pour aspirer la terre et les débris. Cette technique est particulièrement adaptée aux sites sensibles où les dommages aux infrastructures souterraines doivent être évités, comme à proximité de canalisations de gaz ou de câbles à fibres optiques.
3.2 Terrassement général : décapage, remblai et compactage
Le terrassement général englobe l'ensemble des opérations de modification du relief naturel d'un terrain en vue de le préparer pour la construction. La première étape est le décapage de la terre végétale, qui consiste à retirer les trente à cinquante premiers centimètres du sol contenant les matières organiques, les racines et les semences. Cette couche, impropre à la construction en raison de sa compressibilité et de sa sensibilité aux variations hydriques, est mise en dépôt pour être réutilisée ultérieurement dans les aménagements paysagers. Le décapage s'effectue généralement à l'aide d'un bulldozer équipé d'une lame de décapage, ou d'une niveleuse pour un travail plus précis. La terre végétale décapée est stockée en andains, des tas allongés d'une hauteur maximale de deux mètres, pour préserver sa qualité biologique. Après le décapage vient la phase de remblai, qui consiste à apporter des matériaux d'emprunt pour relever le niveau du terrain ou combler des dépressions. Les matériaux de remblai doivent être soigneusement sélectionnés pour leurs propriétés mécaniques. Les sols graveleux et sableux, bien drainés et offrant une bonne portance, sont généralement préférés aux sols argileux qui gonflent au contact de l'eau. Le remblai est mis en place par couches successives d'une épaisseur variant de vingt à quarante centimètres selon le type de matériau et l'équipement de compactage disponible. Chaque couche doit être compactée avant la mise en place de la couche suivante pour atteindre le degré de densification spécifié dans le devis. Le contrôle de la teneur en eau des matériaux de remblai est essentiel pour obtenir un compactage optimal. Un matériau trop sec ne se densifie pas correctement, tandis qu'un matériau trop humide devient plastique et instable. L'opérateur doit ajuster l'arrosage ou l'aération des matériaux pour se rapprocher de la teneur en eau optimale déterminée par l'essai Proctor. Les objectifs de compactage sont exprimés en pourcentage de la densité sèche maximale de l'essai Proctor modifié ou normal, et sont vérifiés par des essais in situ comme le pénétromètre dynamique ou la gammadensimétrie.
3.3 Excavation de fondations et techniques spécialisées
Les fondations d'un bâtiment ou d'un ouvrage d'art constituent l'élément structurel le plus critique, car elles transmettent les charges au sol. Leur excavation requiert une précision rigoureuse et une connaissance approfondie des conditions géotechniques du site. Les fondations superficielles, ou semelles, sont excavées à une profondeur relativement faible, généralement de un à trois mètres. L'excavation est réalisée à la pelle hydraulique, le fond de la fouille étant ensuite nivelé à la main ou à la mini-pelle pour atteindre la cote exacte spécifiée sur les plans. La fondation profonde, comme les pieux forés ou les caissons, nécessite des techniques d'excavation spécialisées. La tarière creuse, montée sur une pelle hydraulique ou une foreuse dédiée, est utilisée pour creuser des trous de grand diamètre dans le sol. La tarière est vissée dans le terrain jusqu'à la profondeur requise, puis retirée avec le sol qu'elle a extrait. Pour les sols instables ou les excavations sous la nappe phréatique, la méthode de la boue bentonitique est employée. Une boue à base de bentonite est injectée dans le forage pendant l'excavation pour maintenir la paroi du trou et empêcher son effondrement. Le béton est ensuite coulé par le fond du forage, remontant et déplaçant la boue qui est récupérée et recyclée. L'excavation en milieu urbain pose des défis particuliers en raison de la proximité des bâtiments existants, des réseaux souterrains et des contraintes de vibration. La méthode d'excavation par passes minces, où seule une faible épaisseur de sol est retirée à chaque passage, permet de minimiser les vibrations et les tassements différentiels. Le soutènement des parois de la fouille est assuré par des berlinoises (poutrelles métalliques enfoncées dans le sol et coffrées au fur et à mesure de l'excavation) ou par des parois moulées en béton armé coulées dans le sol avant le début de l'excavation.
3.4 Drainage et gestion des eaux d'excavation
La gestion des eaux est un aspect crucial de tout projet d'excavation, car l'eau peut rapidement transformer un chantier bien organisé en un bourbier dangereux et improductif. Le système de drainage doit être planifié avant le début des travaux et adapté aux conditions hydrogéologiques du site. Le rabattement de la nappe phréatique est nécessaire lorsque le niveau de la fouille se trouve sous le niveau piézométrique de la nappe. La méthode la plus courante utilise des puits filtrants disposés autour du périmètre de la fouille, reliés à une pompe centrifuge qui abaisse le niveau d'eau localement. Les pointes filtrantes, enfoncées dans le sol par jetting ou vibrofonçage, sont particulièrement efficaces dans les sols sableux et permettent un rabattement précis sur des profondeurs modérées. Le drainage de surface a pour objectif d'empêcher les eaux de pluie et de ruissellement de pénétrer dans la fouille. Des fossés périphériques, creusés à la niveleuse ou à la rétrocaveuse, interceptent les eaux avant qu'elles n'atteignent la zone d'excavation. Ces fossés sont dimensionnés pour capter le débit correspondant à une pluie d'occurrence décennale, conformément aux recommandations des normes de construction. Le fond de la fouille est généralement pourvu d'une pente minimale de deux pour cent vers un puisard ou une rigole de collecte. L'eau accumulée est évacuée par pompage vers un bassin de décantation avant rejet dans le réseau pluvial municipal ou dans un cours d'eau naturel. Les bassins de décantation jouent un rôle essentiel dans la protection de l'environnement en retenant les sédiments en suspension dans l'eau de pompage. Ils doivent être dimensionnés pour offrir un temps de séjour suffisant permettant la sédimentation des particules fines. Des cloisons de séparation et des déversoirs de surface améliorent l'efficacité de la décantation. En période de gel, des précautions particulières doivent être prises pour protéger les conduites et les pompes contre le gel, notamment en utilisant des câbles chauffants et des isolants thermiques. La vidange complète du circuit de pompage est recommandée lorsque le chantier est interrompu pendant une période prolongée en hiver.
3.5 Stabilité des talus et prévention des éboulements
La stabilité des talus d'excavation est une préoccupation majeure de sécurité sur les chantiers de terrassement. Un talus instable peut se rompre brutalement, ensevelissant les travailleurs et les équipements situés dans la fouille. L'analyse de stabilité des talus repose sur le calcul du facteur de sécurité, qui compare les forces stabilisatrices (cohésion du sol, frottement) aux forces destabilisatrices (poids du sol, pression de l'eau, surcharges). Un facteur de sécurité supérieur à 1,5 est généralement exigé pour les talus permanents, tandis qu'un facteur de 1,2 peut être accepté pour les excavations temporaires. La géométrie du talus est le paramètre le plus important pour la stabilité. Un talus vertical n'est stable que sur de très faibles hauteurs dans les sols cohérents. Au-delà, une pente progressive est nécessaire. La règle empirique la plus courante est le rapport pente/hauteur de 1:1 pour les sols de qualité moyenne, ce qui signifie que pour chaque mètre de profondeur, le talus recule d'un mètre horizontalement. Dans les sols sableux ou les remblais meubles, une pente de 2:1 peut être nécessaire. Les surcharges en tête de talus, comme le stockage de matériaux ou le passage d'équipements lourds, augmentent la pression sur le talus et réduisent la marge de sécurité. Une zone de protection d'au moins deux mètres doit être maintenue libre de toute charge en bordure du talus. Les vibrations causées par le battage de pieux, le dynamitage ou la circulation d'engins lourds peuvent également déstabiliser un talus. Une surveillance visuelle régulière du talus par l'opérateur et le chef de chantier permet de détecter les signes précurseurs d'instabilité : fissures en tête de talus, gonflement du pied, suintements d'eau anormaux ou chute de petites pierres. En cas de doute, des mesures instrumentales comme les inclinomètres ou les extensomètres peuvent être installés pour quantifier les mouvements du terrain.
3.6 Techniques avancées de terrassement pour projets complexes
Les projets de terrassement complexes, comme la construction de barrages en terre, de pistes d'aéroport ou de fondations de gratte-ciel, exigent des techniques avancées et une coordination rigoureuse des équipements. Le remblaiement par couches minces avec compactage intensif est la méthode standard pour les ouvrages où la stabilité est critique. Chaque couche de remblai, d'une épaisseur maximale de trente centimètres, est compactée jusqu'à atteindre au moins quatre-vingt-quinze pour cent de la densité Proctor modifiée. Les cycles de compactage sont contrôlés par des systèmes de surveillance en continu qui enregistrent le nombre de passes et l'énergie de compactage appliquée à chaque point de la surface. Pour les remblais de grande hauteur, la contrainte de consolidation des couches inférieures sous le poids des couches supérieures peut provoquer des tassements différentiels importants. La technique de préchargement consiste à placer une surcharge temporaire sur le remblai pour accélérer la consolidation et stabiliser le sol avant la construction de l'ouvrage final. Cette surcharge, qui peut atteindre une hauteur de plusieurs mètres, est maintenue en place pendant plusieurs mois, tandis que des instruments de mesure (tassomètres, piézomètres) suivent l'évolution des tassements. Le remplacement des sols compressibles est une technique utilisée lorsque la couche de sol médiocre est peu épaisse. Le sol compressible est excavé sur toute son épaisseur, puis remplacé par un matériau granulaire de bonne qualité mécanique. Cette opération peut être réalisée à l'avancement, en ouvrant une tranchée, en l'excavant, en la remblayant avec le matériau d'apport, puis en passant à la section suivante. Le traitement des sols à la chaux ou au ciment est une technique de stabilisation qui améliore les propriétés mécaniques des sols argileux. La chaux vive réagit avec l'eau du sol et réduit sa teneur en eau, tandis que le ciment crée des liaisons rigides entre les particules du sol. Le traitement est réalisé par une machine spécialisée qui malaxe le sol avec le liant, puis le compacte pour former une couche stable et résistante à l'eau.
3.7 Terrassement en milieu urbain et contraintes d'espace
Le terrassement en milieu urbain présente des défis uniques qui exigent une planification minutieuse et des techniques adaptées. Les contraintes d'espace sont souvent sévères, avec des limites de propriété proches de la fouille, des bâtiments existants sensibles aux vibrations et des réseaux souterrains nombreux et mal localisés. L'excavation en taupe, ou excavation par tunnels successifs sous la fouille, permet de réaliser des excavations profondes dans des espaces confinés sans talus ni blindage latéral étendu. La méthode consiste à creuser des tunnels horizontaux sous la future fouille, puis à les élargir progressivement jusqu'à former une cavité unique. Cette technique est utilisée pour la réalisation de sous-sols sous des bâtiments existants sans perturber leur exploitation. La technique de la berlinoise est la méthode de soutènement la plus courante en milieu urbain pour les excavations de profondeur modérée, jusqu'à six ou huit mètres. Des poutrelles métalliques en H sont enfoncées verticalement dans le sol avant le début de l'excavation, à intervalles réguliers d'un mètre à un mètre et demi. Au fur et à mesure de l'excavation, des planches de coffrage en bois ou en béton sont insérées entre les poutrelles pour retenir le sol. Des étançons horizontaux, en acier ou en bois, sont installés pour contrebuter les poutrelles et les empêcher de fléchir. Les micropieux et les tirants d'ancrage sont utilisés pour stabiliser les parois d'excavation en site urbain lorsque les contraintes d'espace ne permettent pas l'installation d'étançons. Des micropieux sont forés verticalement le long du périmètre de la fouille, puis reliés en tête par une poutre de couronnement en béton armé. Des tirants d'ancrage, forés dans le sol en dehors de l'emprise de la fouille et scellés par injection de coulis de ciment, sont mis en tension pour retenir la paroi et l'empêcher de basculer. La gestion des vibrations est une préoccupation constante en milieu urbain. Les marteaux hydrauliques utilisés pour briser le roc ou le béton génèrent des vibrations qui peuvent endommager les bâtiments voisins et perturber les habitants. La technique de pré-découpage, qui consiste à forer une série de trous rapprochés le long du périmètre de l'excavation avant d'utiliser le marteau hydraulique, réduit la propagation des vibrations. Le découpage au fil diamanté, utilisé pour les ouvrages en béton armé, est une technique de coupe quasi silencieuse et sans vibrations.
3.8 Excavation en conditions hydrologiques difficiles
L'excavation en présence d'eau est l'une des situations les plus délicates auxquelles un opérateur d'équipement lourd peut être confronté. La nappe phréatique, les cours d'eau souterrains et les infiltrations naturelles peuvent rapidement transformer une excavation en une zone dangereuse et improductive. Le batardeau est une enceinte temporaire construite pour isoler une zone d'excavation de l'eau environnante. Il peut être constitué de palplanches métalliques battues dans le sol, de sacs de sable empilés, de caissons en béton préfabriqués ou de remblais en terre. L'étanchéité du batardeau est assurée par un voile d'argile ou une géomembrane installée côté eau. Le pompage à l'intérieur du batardeau abaisse le niveau d'eau et permet de travailler au sec. L'injection de coulis de ciment ou de produits chimiques dans le sol permet de créer une barrière imperméable autour de la zone d'excavation. Le coulis est injecté sous pression à travers des tubes placés dans des forages disposés en quinconce autour du périmètre de la fouille. En se propageant dans les pores et les fissures du sol, le coulis remplit les vides et réduit la perméabilité du terrain. Cette technique est particulièrement efficace dans les sols graveleux et les roches fracturées. La congélation du sol est une technique de plus en plus utilisée pour les excavations dans des conditions hydrologiques extrêmes. Des tubes réfrigérants, dans lesquels circule un fluide caloporteur refroidi à très basse température, sont installés dans le sol autour de la zone à excaver. Le gel de l'eau interstitielle transforme le sol en une masse imperméable et résistante qui peut être excavée sans risque d'éboulement ou d'infiltration. La congélation du sol est particulièrement adaptée aux sols saturés d'eau où les autres méthodes d'étanchéité sont inefficaces. Les excavations sous-marines, réalisées pour les fondations de ponts, les émissaires ou les conduites sous-marines, nécessitent des équipements et des techniques spécialisés. Les dragues, montées sur des barges, aspirent les sédiments du fond de l'eau par l'intermédiaire d'un tube plongeur. Les matériaux excavés sont transportés par une conduite flottante jusqu'à un site de dépôt ou de recyclage. Les robots d'excavation télécommandés sont utilisés pour les travaux dans des profondeurs d'eau ou des conditions de courant où la plongée humaine serait trop risquée.
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