Chapter IV

Chargement et transport

Metierium study guide with diagrams.

Chargement et transport

Chargement et transport — techniques, arrimage, réglementation (animation) Chargement et transport Techniques de chargement Chargement par l'arrière (pass) Chargement frontal (pelle mécanique) Répartition de la charge (équilibre) 3-4 godets par camion (règle) Arrimage et sécurité Chaînes grade 70 (machinerie) Points d'ancrage certifiés Godet abaissé + sécurité engagée Rampe de chargement (pente max 15°) Transport sur route Permis spécial (hors normes) Escorte (véhicule pilote) Limites de poids (MTAQ) Dégagement (ponts, fils) Erreurs fréquentes • Surcharge du camion (essieux) • Arrimage insuffisant (accident) • Chargement en pente (renversement) • Oublier le permis hors normes • Personnel dans la zone de chargement Toujours dégager la zone avant de lever Un chargement sécuritaire protège tout le monde Le chargement et le transport sont les phases les plus risquées · rigueur obligatoire

1. Principes du chargement

Le chargement des matériaux excavés vers des camions, des convoyeurs ou des aires de stockage est une étape fondamentale de la chaîne de terrassement. L'efficacité du chargement détermine directement la productivité globale du chantier, le respect des échéanciers et la rentabilité de l'entreprise. Un chargement mal planifié ou mal exécuté peut entraîner des temps d'arrêt, des dommages mécaniques, des risques de sécurité et une usure prématurée des équipements.

1.1 Facteurs influençant l'efficacité du chargement

L'efficacité du chargement dépend d'une combinaison de facteurs liés à la machine, au matériau, à l'opérateur et à l'organisation du chantier.

1.2 Équilibrage de la chaîne de production

La règle d’or en terrassement est que la chaîne de production est aussi forte que son maillon le plus faible. Un déséquilibre survient lorsque l'un des éléments (excavation, chargement, transport, déchargement) est soit trop lent, soit trop rapide.

Perturbations typiques d'un déséquilibre :

Excavatrice trop rapide pour les camions : L'excavatrice charge plus vite que les camions n'arrivent. Elle passe du temps à attendre (temps mort), réduisant son taux d'utilisation horaire.
Camions trop rapides pour l'excavatrice : Les camions arrivent à la file et font la queue. Le temps d'attente des camions augmente, ce qui coûte cher (location de camions à l'heure) et peut créer des conflits sur le chantier.
Excavatrice trop petite pour les camions : Un très grand nombre de godets est nécessaire pour remplir un camion. Le temps de chargement devient excessif, ce qui réduit la rotation des camions.

Objectif de l'équilibrage :

Maximiser la productivité tout en minimisant les temps d'attente. Idéalement, l'excavatrice travaille en continu et les camions arrivent juste à temps pour être chargés (flux tendu). En pratique, on tolère un léger temps d'attente pour l'excavatrice (10-15 % du temps) si cela permet d'éviter une file d'attente de camions trop longue.

2. Méthodes de chargement

Les méthodes de chargement déterminent la vitesse du cycle, l'usure des machines et la sécurité autour des camions. Elles varient selon le matériau, la hauteur du tas, le type d'équipement utilisé et la position disponible pour le camion. L'objectif est d'obtenir un chargement régulier sans surcharge, déversement excessif ni manœuvres inutiles.

Une bonne méthode prévoit l'approche du tas, l'angle de pénétration, le niveau de remplissage du godet et la trajectoire de sortie. La coordination avec le camionneur est essentielle : position de la benne, signaux, immobilisation, répartition de la charge et dégagement avant le départ.

2.1 Chargement par excavatrice (truck loading)

C'est la méthode la plus courante pour les excavations de fondation, les travaux de masse et les carrières. L'excavatrice hydraulique offre une excellente force d'arrachement, une précision de placement et une capacité à travailler dans des espaces restreints.

Positions de chargement et leur impact détaillé :

Le choix de la position dépend de la configuration du chantier, du type d'excavatrice et de la cadence souhaitée.

Influence du type d'excavatrice sur le temps de cycle :

Excavatrice standard (backhoe) : Bonne pour la rotation, cycle équilibré. Idéale pour le chargement de camions.
Excavatrice à flèche télescopique : Cycle plus lent en rotation (flèche lourde), mais portée plus grande. Utile pour charger sur des hauteurs ou derrière des obstacles.
Pelle hydraulique (face shovel) : Cycle très rapide (rotation accélérée par la masse), excellente production. Conçue pour le chargement en masse, mais nécessite un front de taille.

Règle du nombre de godets par camion (approfondissement) :

Nombre optimal de godets = Capacité du camion / (Capacité du godet × Facteur de remplissage)

Idéal : 3 à 5 godets par camion

Si < 3 : le camion est trop petit, temps de manœuvre excessif par rapport au volume chargé.

Si > 5 : camion trop grand, temps d'attente de l'excavatrice pendant que le camion se vide.

Exemple concret - Impact du dépassement de la règle :

Scénario 1 : Camion de 10 m³, godet de 3 m³ (facteur = 0,9). Nombre de godets = 10 / (3 × 0,9) = 3,7 → 4 godets. Temps de cycle excavatrice = 20 s. Temps de chargement = 4 × 20 = 80 s (1,3 min). Efficace.
Scénario 2 : Camion de 10 m³, godet de 1 m³ (facteur = 0,9). Nombre de godets = 10 / (1 × 0,9) = 11,1 → 12 godets. Temps de chargement = 12 × 20 = 240 s (4 min). Très lent. Le camion passe 4 minutes à être chargé, ce qui réduit sa rotation et augmente le nombre de camions nécessaires.
Scénario 3 : Camion de 10 m³, godet de 5 m³ (facteur = 0,9). Nombre de godets = 10 / (5 × 0,9) = 2,2 → 2 ou 3 godets. Temps de chargement = 2 × 20 = 40 s. Très rapide, mais le camion est sous-utilisé par rapport à la capacité de l'excavatrice. Il faudrait un camion plus grand (ex : 20 m³ avec 4 godets de 5 m³).

Conclusion de la règle : Le ratio optimal se situe autour de 3 à 5 godets. Cela permet d'équilibrer le temps de chargement par rapport au temps de transport.

2.2 Chargement par chargeuse (wheel loader)

La chargeuse est une machine polyvalente pour le chargement à partir de tas (sol excavé, granulats) ou de zones de stockage. Sa mobilité permet de desservir plusieurs camions rapidement.

Méthodes de chargement (détail) :

Technique de remplissage du godet de chargeuse (procédure détaillée) :

La technique de remplissage est cruciale pour maximiser le facteur de remplissage et réduire l'usure. Voici une procédure étape par étape :

41.Approche à pleine vitesse : La chargeuse s'approche du tas à une vitesse constante (en 2e ou 3e vitesse) pour accumuler de la quantité de mouvement. Le godet est légèrement incliné vers l'avant (5-10°) pour guider l'entrée.
42.Pénétration dans le tas : Juste avant le contact, l'opérateur incline le godet pour qu'il soit à l'horizontale. La chargeuse ralentit progressivement (sans freiner brusquement) pour concentrer la force d'inertie sur la pénétration.
43.Soulever et incliner : Une fois le godet enfoncé (environ à mi-hauteur), l'opérateur soulève le bras et, simultanément, incline le godet vers l'arrière. Ce mouvement combiné remplit le godet par le bas (principe de l'entonnoir).
44.Reculer : Dès que le godet est plein (ou que la chargeuse commence à caler), l'opérateur recule en ligne droite.
45.Orientation vers le camion : En reculant, l'opérateur oriente la direction du godet vers le camion (rotation de la colonne de direction).
46.Lever à hauteur de déversement : Le godet est levé à une hauteur suffisante pour vider dans la benne du camion (environ 50 cm au-dessus des parois de la benne).
47.Vidage par basculement : L'opérateur incline le godet vers l'avant pour vider la charge. Il doit éviter de vider trop rapidement pour ne pas surcharger un côté de la benne et pour éviter les projections.

Conseils pour un remplissage optimal :

Ne pas frapper le godet contre le tas à pleine vitesse (risque de dommages).
Utiliser la force de pénétration de la machine, pas le freinage.
Si le godet ne se remplit pas complètement, reculer et attaquer un autre angle (en décalage) pour le deuxième passage.
Pour les matériaux collants, réduire la vitesse d'inclinaison pour éviter la formation d'une boule.
Ne jamais soulever un godet qui n'est pas complètement enfoncé (risque de basculement avant de la chargeuse).

2.3 Chargement par convoyeur

Le chargement par convoyeur est utilisé pour les grands volumes, les matériaux continus et les chantiers où l'accès aux camions est difficile (fosses profondes, galeries). Il existe plusieurs configurations.

Avantages du chargement par convoyeur par rapport au chargement par camion :

Productivité continue : Pas de temps mort dû à l'attente des camions.
Coût réduit sur longue distance : Le transport par convoyeur est moins cher que le transport par camion au-delà de 2-3 km.
Moins de main-d'œuvre : Moins de chauffeurs nécessaires.
Meilleure sécurité : Moins de circulation sur le chantier, moins de risques de collision.

Inconvénients :

Coût d'installation élevé : Investissement initial important.
Mobilité réduite : Difficile à déplacer sur un chantier en évolution rapide.
Sensibilité aux matériaux : Les matériaux collants ou abrasifs peuvent bloquer la bande.

3. Types de transport

Le transport de matériaux sur chantier peut se faire par camions routiers, tombereaux articulés, tombereaux rigides, chargeuses ou convoyeurs selon la distance, l'état du terrain et la capacité recherchée. Chaque mode impose des contraintes de pente, de largeur de voie, de rayon de virage et de zone de déchargement.

Le choix du transport influence directement le nombre de cycles et l'organisation du chantier. Les matériaux humides, rocheux ou contaminés exigent parfois des bennes particulières, des bâches, un nettoyage des roues ou une séparation des flux pour éviter la contamination croisée et les pertes de productivité.

3.1 Camions à benne (approfondissement)

Caractéristiques techniques détaillées des camions standards au Québec :

Notes importantes :

Charge à l'essieu : La charge maximale sur un essieu simple est de 5 500 kg au Québec. Cependant, un essieu tandem (deux essieux espacés de moins de 1,8 m) peut supporter jusqu'à 10 000 kg (5 000 kg par essieu). Pour un essieu triple, le maximum est de 14 000 kg (4 667 kg par essieu).
Surcharge : Une surcharge de 5 % est tolérée sur les routes locales sous certaines conditions (permis spécial, limitation de vitesse). Une surcharge de plus de 10 % peut entraîner des amendes sévères (plusieurs milliers de dollars).
Hauteur : La hauteur maximale des véhicules au Québec est de 4,15 m (chargé). Les semi-remorques à benne chargée de terre argileuse lourde dépassent souvent ce gabarit. Il faut un permis spécial pour circuler avec une hauteur de plus de 4,15 m.
Rayon de braquage : Les camions hors route et tombereaux ont un rayon de braquage court (8-12 m), ce qui les rend très maniables sur les chantiers. Les semi-remorques ont un rayon plus grand (18-20 m), ce qui nécessite des aires de manœuvres plus spacieuses.

Limites de charge au Québec (Transport Québec) - Détail des poids et dimensions :

Source : Règlement sur les normes de charges et de dimensions des véhicules routiers (RLRQ, c. C-24.2, r. 35).

Impact de la surcharge sur la sécurité et la durabilité :

Usure des pneus : Une surcharge de 20 % réduit la durée de vie des pneus de 50 %.
Freinage : La distance de freinage augmente de 30 % pour une surcharge de 15 %.
Stabilité : Risque de renversement accru dans les courbes.
Ponts : La surcharge endommage les infrastructures (chaussées, ponts).

3.2 Calcul des besoins en transport (approfondissement avec notion de temps perdu)

Le calcul présenté dans le contenu original est une base. En réalité, il faut intégrer des temps perdus pour être réaliste.

Formule améliorée :

Nombre de camions = (Temps de cycle du camion + Temps perdu) / (Temps de chargement + Temps perdu)

Où :

Temps de cycle = Chargement + Transport aller (incluant freinage, accélération) + Vidage + Transport retour (même logique) + Attentes

Temps perdu = Temps d'attente aux feux, à l'entrée du chantier, pause, panne, etc. (en moyenne 10-20 % du temps de cycle théorique).

Exemple concret avec temps perdu :

Reprenons l'exemple du contenu original :

Camion : 20 t (12,5 m³)
Excavatrice : godet 1,5 m³, temps de cycle 22 s
Transport aller : 5 km à 40 km/h = 7,5 min
Transport retour : 5 km à 50 km/h = 6 min
Vidage : 1 min
Attentes théoriques : 2 min
Temps de chargement théorique : 12,5 / (1,5 × 0,90) = 9,3 godets → 10 godets × 22 s = 220 s = 3,7 min

Temps de cycle théorique : 3,7 + 7,5 + 1 + 6 + 2 = 20,2 min

Temps perdu (ajout de 15 %) : 20,2 min × 15 % = 3,0 min

Temps de cycle réel : 20,2 + 3,0 = 23,2 min

Nombre de camions réel : 23,2 min / (3,7 min + 15 % = 4,3 min) = 5,4 → 6 camions.

Conclusion : Sans temps perdu, on obtenait 5 à 6 camions. Avec temps perdu, on arrive à 6 camions minimum. C'est pourquoi les conducteurs de travaux ajoutent généralement 1 camion supplémentaire pour absorber les imprévus.

3.3 Autres modes de transport

Convoyeur à bande (détaillé en 2.3) : Pour les grands volumes.
Transport par voie d'eau : Barges pour les matériaux sur les lacs et rivières (coût très faible).
Transport par rail : Cas exceptionnel, pour des distances très longues (ex : carrières éloignées).

4. Chargement sécuritaire

Le chargement sécuritaire vise à empêcher les renversements, les projections de matériau, les contacts avec les personnes au sol et les surcharges qui compromettent le freinage du camion. La zone doit être organisée pour limiter les marches arrière, garder les piétons hors du rayon de travail et fournir une surface portante aux machines.

L'opérateur charge en couches réparties, respecte la capacité de la benne et évite les blocs instables au-dessus des ridelles. Avant le départ, il s'assure que la charge est centrée, que le matériau ne gêne pas la visibilité du conducteur et que les voies de circulation restent propres et dégagées.

4.1 Règles de sécurité pour le chargement (détail réglementaire)

Les règles de sécurité au Québec sont encadrées par la Loi sur la santé et la sécurité du travail (LSST) et le Règlement sur la santé et la sécurité du travail (RSST).

Procédure de communication standard :

113.Le chauffeur arrive et se positionne dans la zone de chargement. Il active le frein de stationnement. Il coupe le moteur ? Recommandation : garder le moteur en marche.
114.Le chauffeur donne un signal clair (klaxon 2 sons courts, geste du bras) pour indiquer qu'il est prêt.
115.L'opérateur confirme le signal (klaxon 1 son court, geste du bras). Il vérifie que le chauffeur est sorti de la cabine.
116.L'opérateur commence à charger. Il charge de manière uniforme (un godet à l'avant, un au milieu, un à l'arrière).
117.L'opérateur donne un signal de fin de chargement (klaxon 1 long son).
118.Le chauffeur vérifie visuellement que la benne n'est pas surchargée et que la charge est stable. Il remonte dans la cabine.
119.Le chauffeur relâche le frein de stationnement et quitte les lieux.

4.2 Vidage de la benne (procédure sécuritaire détaillée et risques)

Procédure étape par étape pour un vidage sécuritaire :

122.Choisir un emplacement stable : Arrêter le camion sur un sol plat, horizontal ou en très légère pente (max 3°). Éviter de vider sur une pente > 5° sauf pour les tombereaux articulés.
123.Vérifier l'arrière : Regarder dans les rétroviseurs et, si nécessaire, sortir pour confirmer qu'aucun obstacle (équipement, personne, véhicule) ne se trouve derrière le camion. En cas de visibilité réduite, utiliser un signaleur.
124.Engager le frein de stationnement : Le frein de stationnement doit être activé. Certains camions ont une sécurité qui empêche la benne de se lever sans frein de stationnement enclenché.
125.Lever la benne lentement : Actionner la commande de levage de la benne avec un mouvement lent et progressif. Ne pas brusquer l'hydraulique.
126.Surveiller la montée : Regarder dans les rétroviseurs pour s'assurer que la benne monte bien en ligne droite et ne se déporte pas. Si la benne se soulève d'un côté (déséquilibre de charge), arrêter immédiatement et redescendre.
127.Vidage : Une fois la benne en position haute (angle d'environ 45° pour la plupart des matériaux), le matériau s'écoule. Maintenir la position le temps nécessaire au vidage complet.
128.Abaisser la benne : Actionner la commande d'abaissement. Une fois abaissée, vérifier qu'elle est bien verrouillée en position horizontale (parfois, un système de verrouillage mécanique doit être engagé). Ne jamais se déplacer avec la benne levée.

Risques détaillés lors du vidage :

Le chargement des matériaux est une opération centrale dans de nombreux projets de construction et de génie civil. L'efficacité du chargement dépend de multiples facteurs que l'opérateur doit maîtriser pour optimiser la productivité tout en préservant l'intégrité mécanique de l'équipement. Le facteur de remplissage du godet est l'indicateur le plus important de l'efficacité du chargement. Un godet correctement rempli contient un volume de matériau proche de sa capacité nominale, sans dépassement excessif qui pourrait entraîner des pertes lors du transport ou des contraintes sur le système hydraulique. Pour les matériaux homogènes comme le sable ou le gravier, un facteur de remplissage de 90 à 100 pour cent est aisément atteignable. Pour les matériaux hétérogènes ou la roche concassée, ce facteur peut descendre à 70 ou 80 pour cent. La technique de pénétration du godet est cruciale pour un chargement rapide et complet. L'opérateur doit aborder le tas de matériau à une vitesse modérée, le godet légèrement incliné vers le bas. Au moment du contact avec le tas, le godet est basculé vers l'arrière pendant que la machine continue d'avancer, créant un mouvement de cuillère qui remplit le godet de manière uniforme. Un soulèvement progressif des bras pendant la pénétration permet de maintenir la pression optimale sur le bord d'attaque du godet. La synchronisation avec les camions de transport est un aspect souvent négligé mais essentiel de l'efficacité globale du cycle de chargement. L'opérateur de la chargeuse doit coordonner ses mouvements avec les conducteurs de camion pour minimiser les temps d'attente. Le positionnement du camion doit permettre à la chargeuse d'effectuer un cycle de chargement en trois ou quatre passes maximum, avec un minimum de manœuvres de recul. Une communication claire entre l'opérateur de la chargeuse et le conducteur du camion, généralement par signaux manuels ou par radio, est indispensable pour éviter les accidents et optimiser le flux de travail. Les conditions météorologiques influencent également l'efficacité du chargement. Par temps de pluie, les matériaux deviennent plus lourds et plus collants, ce qui réduit le facteur de remplissage du godet et augmente le temps nécessaire à chaque cycle. L'opérateur doit adapter sa technique en réduisant la taille de chaque charge et en augmentant la fréquence des cycles pour compenser la perte d'efficacité.

4.2 Tombereaux et camions à benne basculante

Les tombereaux, ou dumpers, sont des véhicules conçus spécifiquement pour le transport de matériaux en vrac sur les chantiers de construction et les sites miniers. Ils se distinguent par leur benne basculante montée sur un châssis robuste, capable de supporter des charges extrêmes. Le tombereau articulé est le type le plus répandu sur les chantiers de terrassement. Son articulation centrale entre la cabine et la benne lui confère une maniabilité exceptionnelle sur les terrains accidentés et dans les espaces restreints. Les six roues motrices, réparties sur trois essieux, assurent une traction optimale même dans les conditions les plus difficiles. La capacité de charge des tombereaux articulés varie de vingt-cinq à soixante tonnes selon les modèles. Le tombereau rigide, quant à lui, est privilégié pour les applications minières et les très gros volumes de déplacement. Sa construction monobloc lui confère une robustesse accrue et une capacité de charge qui peut dépasser les trois cents tonnes pour les modèles les plus imposants. La conduite d'un tombereau chargé diffère considérablement de celle d'un véhicule vide. Le centre de gravité élevé et la masse importante modifient le comportement dynamique du véhicule, particulièrement dans les virages et les descentes. Le conducteur doit anticiper les distances de freinage, qui sont considérablement allongées par la charge. Sur les pentes, l'utilisation du frein moteur et des ralentisseurs hydrauliques est préférable aux freins mécaniques pour éviter la surchauffe et l'usure prématurée des garnitures. Le chargement de la benne doit être équilibré pour éviter les déséquilibres latéraux ou longitudinaux. La règle générale est de centrer la charge dans la benne et de répartir le matériau uniformément. Un chargement déséquilibré peut provoquer le basculement du tombereau dans les virages ou une usure inégale des pneumatiques. La vitesse de déplacement sur le chantier est limitée par les conditions de la chaussée, la visibilité et la présence d'autres travailleurs. Sur les pistes de chantier bien entretenues, une vitesse maximale de trente kilomètres par heure est généralement recommandée pour les tombereaux chargés.

4.3 Optimisation des cycles de transport

L'optimisation des cycles de transport est un facteur clé de la rentabilité d'un projet de terrassement. Le cycle de transport complet comprend plusieurs phases : le chargement, le transport avec charge, le déchargement, le retour à vide et l'attente éventuelle au point de chargement. La durée totale de ce cycle détermine le nombre de voyages qu'un camion peut effectuer par heure et, par conséquent, le nombre de camions nécessaires pour alimenter le chantier en continu. La règle de base pour dimensionner la flotte de transport est d'équilibrer la cadence de chargement avec la capacité de transport. Idéalement, le temps de cycle d'un camion (chargement, transport aller, déchargement, retour) doit être égal au temps de chargement multiplié par le nombre de camions. Par exemple, si une chargeuse met trois minutes pour charger un camion et que le temps de cycle complet d'un camion est de douze minutes, il faut quatre camions pour éviter les temps d'attente. Le temps de chargement dépend du nombre de passes nécessaires pour remplir la benne du camion. Une chargeuse de taille moyenne peut remplir un tombereau de vingt-cinq tonnes en trois à cinq passes. Chaque passe dure de vingt à trente secondes, ce qui donne un temps de chargement total de une à deux minutes et demie. Le temps de transport est fonction de la distance entre le point de chargement et le point de déchargement, de la vitesse maximale autorisée sur les pistes et de l'état de la surface de roulement. Les pistes de chantier doivent être entretenues régulièrement par une niveleuse pour garantir une vitesse de déplacement optimale et réduire l'usure des pneumatiques. La planification des itinéraires doit éviter les croisements dangereux et les pentes excessives. Sur les grands chantiers, des voies séparées pour les camions chargés et les camions vides peuvent être aménagées pour fluidifier la circulation. Le déchargement au point de vidage doit être rapide et sécuritaire. L'opérateur du tombereau s'assure que le terrain est stable et que la benne peut être levée sans risque de basculement. Le déchargement progressif, en levant la benne par étapes, permet de contrôler le flux de matériau et d'éviter les à-coups qui pourraient déstabiliser le camion. En fin de déchargement, la benne est secouée légèrement pour évacuer les résidus de matériau collant avant d'être redescendue.

4.4 Chargement spécialisé : matériaux dangereux et conditions extrêmes

Le chargement de matériaux dangereux ou dans des conditions extrêmes nécessite des procédures spécifiques et des équipements adaptés. Les matériaux contaminés, comme les sols pollués par des hydrocarbures, des métaux lourds ou des produits chimiques, doivent être manipulés avec précaution pour éviter la dispersion des contaminants. L'opérateur porte un équipement de protection individuelle approprié, incluant des gants résistants aux produits chimiques, des lunettes de protection et un masque respiratoire si nécessaire. Le godet de la chargeuse est nettoyé après chaque utilisation avec des matériaux contaminés pour éviter la propagation de la pollution. Les déchets de construction et de démolition, qui peuvent contenir de l'amiante, des résines ou des colles toxiques, font l'objet de procédures de chargement particulières. Le chargement s'effectue avec un minimum de soulèvement de poussière, en utilisant des systèmes d'arrosage ou des brumisateurs montés sur la chargeuse. Les matériaux sont triés par catégorie et stockés dans des bennes étanches avant leur transport vers des centres de traitement agréés. En conditions hivernales, le chargement des matériaux gelés pose des défis considérables. Les godets standard peinent à pénétrer dans les tas de matériaux gelés, ce qui réduit considérablement la productivité. Des godets spécialement conçus avec des dents renforcées et des bords d'attaque en carbure de tungstène sont utilisés pour fracturer la croûte gelée. Des systèmes de dégagement rapide permettent d'alterner entre différents godets selon les conditions. Le chargement de blocs rocheux de grande dimension, comme ceux rencontrés dans les carrières ou lors de la démolition d'ouvrages en béton armé, exige une technique particulière. Le godet est approché du bloc par le côté le plus stable, et le bloc est soulevé en engageant le bord du godet sous sa base. Pour les blocs les plus lourds, un crochet de levage peut être installé sur la chargeuse en remplacement du godet. L'opérateur doit évaluer visuellement le poids des blocs et ne jamais dépasser la capacité de levage nominale de la machine. La manipulation de matériaux sur des pentes prononcées, comme dans les carrières en gradins ou les travaux de talus, nécessite une attention particulière à la stabilité de la machine. La chargeuse travaille face à la pente pour le chargement, le godet étant maintenu bas pour abaisser le centre de gravité. Les déplacements latéraux sur les pentes sont strictement limités pour éviter le basculement.

4.5 Entretien préventif des systèmes de chargement et transport

L'entretien préventif des équipements de chargement et de transport est essentiel pour garantir leur disponibilité, leur sécurité et leur longévité. Les godets de chargeuse sont soumis à des contraintes d'usure extrêmes et nécessitent une inspection régulière. Les dents du godet doivent être vérifiées quotidiennement pour détecter les signes d'usure excessive ou de fissuration. Une dent cassée non remplacée peut endommager le bord d'attaque du godet et réduire l'efficacité du chargement. Le remplacement des dents s'effectue selon un calendrier basé sur les heures de travail et le type de matériau manipulé. Les broches et les bagues des articulations du godet et des bras de levage doivent être lubrifiées quotidiennement avec une graisse appropriée. Un système de graissage automatique, installé sur les chargeuses modernes, distribue la graisse à intervalles réguliers vers tous les points de graissage, réduisant les risques d'oubli. Le vérin de basculement du godet est particulièrement exposé aux chocs et aux projections de matériaux. Sa tige chromée doit être inspectée pour détecter les rayures ou les piqûres qui pourraient endommager les joints d'étanchéité. Un vérin qui fuit perd de l'efficacité et contamine l'environnement. Les systèmes hydrauliques des équipements de chargement nécessitent une attention particulière. Le niveau d'huile hydraulique est vérifié quotidiennement, de préférence le matin avant le démarrage de la machine. La température de l'huile en fonctionnement ne doit pas dépasser la limite spécifiée par le fabricant, généralement autour de quatre-vingts degrés Celsius. Un refroidisseur d'huile encrassé ou un radiateur obstrué par la poussière et les débris peut entraîner une surchauffe et la dégradation prématurée de l'huile hydraulique. Le nettoyage régulier des radiateurs et des refroidisseurs à l'air comprimé fait partie de l'entretien préventif de base. Les pneumatiques des chargeuses sur pneus et des tombereaux sont des éléments critiques pour la sécurité et l'efficacité. La pression de gonflage doit être vérifiée quotidiennement et ajustée selon les recommandations du fabricant en fonction de la charge transportée. Une pression insuffisante accélère l'usure des flancs et augmente la résistance au roulement, ce qui accroît la consommation de carburant. Une pression excessive réduit la surface de contact au sol et diminue la traction. L'inspection des bandes de roulement permet de détecter les coupures, les hernies et les corps étrangers qui pourraient provoquer une crevaison en cours de travail.

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