Chapter II

Gaz frigorigènes et ozone

Metierium study guide with diagrams.

Chapitre 2 — Frigorigènes et protection de l'ozone

Frigorigènes et protection de l'ozone — ODP, GWP, destruction de l'ozone, échéancier (animation) Frigorigènes et protection de la couche d'ozone Mécanisme de destruction couche d'ozone (O₃) CFC (Cl) UV Cl + O₃ → ClO + O₂ trou d'ozone ODP et GWP par frigorigène ODP (ozone) R-12 : 1,0 R-22 : 0,05 R-134a : 0 R-410A : 0 GWP (réchauffement) R-12 : 10 900 R-22 : 1 810 R-134a : 1 430 R-410A : 2 088 R-32 : 675 Échéancier réglementaire (Protocole de Montréal + Kigali) 1996 CFC interdits (R-12) 2010 HCFC neufs interdits (R-22) 2020 R-22 recyclé seulement 2024+ HFC réduits (Kigali -85%) futur HFO, CO₂, NH₃, HC Règle : ODP = 0 obligatoire · GWP le plus bas possible · toujours récupérer, jamais ventiler
Classification des frigorigènes — CFC, HCFC, HFC, HFO avec ODP et GWP Classification des frigorigènes Catégorie Exemples ODP GWP (PRG) CFC Interdits (2010) R-12, R-11, R-113 0,6 – 1,0 4 600 – 10 900 HCFC Élimination 2030 R-22, R-123 0,01 – 0,12 77 – 2 000 HFC Réduction Kigali R-134a, R-410A, R-404A 0 1 300 – 3 900 HFO 4ᵉ génération R-1234yf, R-1234ze 0 < 1 – 7 Naturels Avenir R-717, R-744, R-290 0 0 – 3 ODP = Potentiel de destruction de l'ozone | GWP = Potentiel de réchauffement planétaire

Objectifs d'apprentissage

À la fin de ce chapitre, vous serez en mesure de :

6.Expliquer l'évolution historique des frigorigènes et les raisons des transitions technologiques.
7.Comprendre la nomenclature ASHRAE et la classification de sécurité des frigorigènes.
8.Évaluer l'impact environnemental des différents fluides (ODP, GWP/PRG).
9.Appliquer la réglementation québécoise et canadienne sur les halocarbures.
10.Manipuler les frigorigènes en respectant les bonnes pratiques de récupération et de sécurité.

2.1 Concepts pour débutants

Un frigorigène est à la fois le fluide de travail du cycle et une substance réglementée qui peut présenter des risques environnementaux, toxiques, inflammables ou de pression. Dès le départ, l'opérateur doit relier le choix du fluide aux exigences canadiennes sur les halocarbures, aux procédures de récupération et aux responsabilités de tenue de registre.

Qu'est-ce qu'un frigorigène ?

Un frigorigène est un fluide qui circule dans un système frigorifique et qui, par ses changements d'état (évaporation et condensation), permet le transfert de chaleur. Imaginez-le comme un « taxi thermique » : il prend la chaleur là où elle n'est pas désirée (l'intérieur du réfrigérateur) et la transporte là où elle peut être libérée (l'extérieur).

Pour être un bon frigorigène, un fluide doit avoir certaines propriétés :

Une température d'ébullition basse (entre -50 °C et 10 °C à pression atmosphérique).
Une chaleur latente de vaporisation élevée (plus il absorbe de chaleur en s'évaporant, plus il est efficace).
Une pression de fonctionnement raisonnable (ni trop basse, ni trop élevée).
Une bonne stabilité chimique (le fluide ne se décompose pas dans le système).
Idéalement : non toxique, non inflammable, et sans impact sur l'environnement.

Le défi de l'industrie du froid est que ces propriétés sont souvent contradictoires. Par exemple, l'ammoniac (R-717) est excellent sur le plan thermodynamique, mais il est toxique. Les CFC étaient très stables et sécuritaires à manipuler, mais leur stabilité même les rendait destructeurs pour la couche d'ozone.

Pourquoi l'ozone est-il important ?

La couche d'ozone dans la stratosphère (15 à 35 km d'altitude) absorbe 97 à 99 % des rayons ultraviolets (UV-B) nocifs du soleil. Sans elle, la vie sur Terre serait exposée à des niveaux dangereux de rayonnement, causant cancers de la peau, cataractes, et dommages aux écosystèmes.

Dans les années 1970, les scientifiques Molina et Rowland ont découvert que les CFC, des gaz inertes et non toxiques utilisés dans la réfrigération, montaient lentement dans la stratosphère où ils étaient décomposés par le rayonnement UV, libérant du chlore. Un seul atome de chlore pouvait détruire jusqu'à 100 000 molécules d'ozone avant d'être neutralisé. Cette découverte leur a valu le prix Nobel de chimie en 1995.

2.2 Historique et évolution des frigorigènes

L'évolution des frigorigènes reflète le compromis permanent entre performance, sécurité, appauvrissement de la couche d'ozone et potentiel de réchauffement planétaire. Cette lecture historique aide à comprendre pourquoi certaines installations québécoises utilisent encore des HCFC ou HFC sous contraintes, tandis que les nouveaux projets se tournent vers les HFO, le CO₂, l'ammoniac ou les hydrocarbures.

1ʳᵉ génération (1830-1930) : Les pionniers naturels

Avant l'électricité, le froid était produit par la glace naturelle récoltée en hiver. L'avènement de la réfrigération mécanique au XIXᵉ siècle a nécessité des fluides de travail. Les premiers frigorigènes étaient des substances disponibles localement :

L'ammoniac (R-717, NH₃) : Utilisé dès les années 1850 dans les machines à absorption et à compression. Excellent rendement thermodynamique, mais toxique et inflammable. Encore largement utilisé aujourd'hui dans l'industrie agroalimentaire québécoise (abattoirs, usines de transformation, entrepôts frigorifiques).

Le dioxyde de carbone (R-744, CO₂) : Utilisé dans les années 1860-1880 pour la réfrigération marine et les entrepôts. Abandonné en raison de ses très hautes pressions de fonctionnement (6 000 à 8 000 kPa). Revenu en force depuis 2010 comme frigorigène « naturel » moderne.

Le dioxyde de soufre (SO₂) et le chlorure de méthyle : Utilisés dans les réfrigérateurs domestiques des années 1920-1930. Très toxiques : plusieurs accidents mortels ont précipité leur abandon.

2ᵉ génération (1930-1990) : L'ère des CFC et HCFC

En 1928, Thomas Midgley (le même inventeur que le plomb tétraéthyle dans l'essence) a développé le R-12 (CFC), présenté comme le « frigorigène miracle » : non toxique, ininflammable, stable, et efficace. Les CFC ont rapidement dominé l'industrie :

R-11 (CFC) : Utilisé dans les systèmes centrifuges et les mousses isolantes.
R-12 (CFC) : Le roi de la climatisation automobile et des réfrigérateurs domestiques pendant 60 ans.
R-502 (CFC) : Mélange azéotrope pour la réfrigération commerciale basse température.
R-22 (HCFC) : Le plus utilisé des HCFC, pour la climatisation résidentielle et la réfrigération commerciale.

Pourquoi les CFC sont-ils dangereux ?

Leur stabilité chimique, qui les rendait si sûrs à manipuler, est précisément ce qui les rend dangereux pour l'ozone. Les CFC ne se décomposent pas dans la basse atmosphère (troposphère). Ils migrent lentement vers la stratosphère (cela prend 5 à 10 ans). Là, sous l'effet des UV, ils libèrent du chlore qui détruit l'ozone par catalyse. Un seul atome de chlore peut détruire jusqu'à 100 000 molécules d'ozone. Le chlore reste actif dans la stratosphère pendant 40 à 100 ans.

3ᵉ génération (1990-2010) : Les HFC — la solution temporaire

Le Protocole de Montréal (1987) a imposé l'élimination progressive des CFC et HCFC. Les HFC sont apparus comme des remplaçants sans chlore :

R-134a : Remplacement du R-12 pour la climatisation automobile et la réfrigération moyenne température.
R-404A : Mélange de R-125/R-143a/R-134a, remplacement du R-502 pour la réfrigération basse température.
R-410A : Remplacement du R-22 pour la climatisation résidentielle (pression de fonctionnement deux fois plus élevée).
R-407C : Remplacement du R-22 pour la climatisation commerciale (mélange zéotrope avec glide de 5-7 °C).

Le problème des HFC : Bien qu'inoffensifs pour l'ozone (ODP = 0), les HFC ont un très fort potentiel de réchauffement global (GWP). Le R-404A a un GWP de 3 922 — un kg de R-404A dans l'atmosphère équivaut à 3 922 kg de CO₂ en termes d'effet de serre sur 100 ans.

4ᵉ génération (2010-présent) : HFO et retour aux naturels

Face à l'urgence climatique, l'Accord de Kigali (2016) a ajouté les HFC au Protocole de Montréal. L'industrie se tourne vers deux solutions :

Les HFO (HydroFluoro-Oléfines) : Des HFC insaturés qui se décomposent rapidement dans l'atmosphère (quelques jours au lieu de décennies). Leur GWP est très faible (4 pour le R-1234yf contre 1 430 pour le R-134a). Utilisés dans la climatisation automobile (R-1234yf) et les systèmes commerciaux (R-1234ze, R-513A, R-454B).

Les frigorigènes naturels : Retour aux sources avec des fluides à très faible GWP :

CO₂ (R-744) : GWP = 1. Utilisé dans la réfrigération commerciale, les pompes à chaleur, et la climatisation automobile. Nécessite des pressions très élevées (jusqu'à 13 000 kPa en mode transcritique).
Ammoniac (R-717) : GWP = 0. Excellent rendement, largement utilisé dans l'industrie québécoise.
Propane (R-290) : GWP = 3. Utilisé dans les petits systèmes domestiques et commerciaux.

2.3 Classification et nomenclature ASHRAE — Guide complet

La désignation ASHRAE et la classe de sécurité ne sont pas de simples codes : elles orientent l'entreposage, la ventilation, les détecteurs, la charge maximale et les méthodes d'intervention. Les lire correctement réduit les erreurs de substitution de fluide et soutient la conformité avec les codes applicables au Canada et au Québec.

La nomenclature numérique

La norme ASHRAE 34 établit un système de numérotation systématique basé sur la structure chimique :

R-xxx où :

Le premier chiffre = nombre d'atomes de carbone - 1
Le deuxième chiffre = nombre d'atomes d'hydrogène + 1
Le troisième chiffre = nombre d'atomes de fluor

Exemple : R-134a

1 atome de carbone → premier chiffre = 0 (sous-entendu, les R-1xx ont un atome de C)
2 atomes d'hydrogène → deuxième chiffre = 2 + 1 = 3... Non, en fait le R-134a a pour formule brute CH₂F-CF₃ (4 atomes de F, 2 atomes de H, 2 atomes de C). En nomenclature, 134 signifie : 1 atome de C (indice 1), 3 atomes de H (indice 3), 4 atomes de F (indice 4). Le « a » indique un isomère.

Séries principales :

Série 100 (CFC) : R-11, R-12, R-113, R-114. Contiennent du chlore. Interdits depuis 1996.
Série 200 (HCFC) : R-22, R-123, R-124. Contiennent du chlore mais moins que les CFC. En voie d'élimination (2030 au Québec).
Série 300 (HFC) : R-134a, R-125, R-32, R-143a. Sans chlore. En cours de réduction graduelle.
Série 400 (Mélanges zéotropes) : R-404A, R-407C, R-410A, R-454B. La température de saturation varie pendant le changement de phase (glide temperature). Le glide peut atteindre 5-7 °C pour le R-407C.
Série 500 (Mélanges azéotropes) : R-502, R-507. Se comportent comme un fluide pur (température d'ébullition constante).
Série 600 (Hydrocarbures) : R-600a (isobutane), R-290 (propane). Hautement inflammables.
Série 700 (Inorganiques) : R-717 (ammoniac), R-718 (eau), R-729 (air), R-744 (CO₂).

La classification de sécurité

ASHRAE 34 combine deux lettres : la première (A ou B) indique la toxicité, la seconde (1, 2L, 2 ou 3) indique l'inflammabilité.

Toxicité :

Classe A : Non toxique à une concentration ≤ 400 ppm. La grande majorité des frigorigènes commerciaux sont de classe A.
Classe B : Toxique à une concentration < 400 ppm. Exemple : l'ammoniac (R-717).

Inflammabilité :

Classe 1 : Aucune propagation de flamme dans l'air à 60 °C et 101,3 kPa. Exemple : R-134a, R-404A, R-410A.
Classe 2L : Faiblement inflammable (vitesse de flamme < 10 cm/s). Exemple : R-1234yf, R-32, R-454B. Ces fluides « brûlent lentement ».
Classe 2 : Inflammable avec LFL > 3,5 % vol. Exemple : R-142b.
Classe 3 : Hautement inflammable (LFL ≤ 3,5 % vol.). Exemple : R-290 (propane), R-600a (isobutane).

Exemples complets :

R-134a : A1 (non toxique, non inflammable) — le plus répandu des HFC.
R-290 : A3 (non toxique, hautement inflammable) — propane.
R-717 : B2L (toxique, faiblement inflammable) — ammoniac.
R-1234yf : A2L (non toxique, faiblement inflammable) — nouveau pour l'automobile.
R-32 : A2L (non toxique, faiblement inflammable) — de plus en plus utilisé.

2.4 Références CSA B52 et RBQ — Exigences pour les frigorigènes

CSA B52 — Classification et charges maximales :

L'article 3.2 de la CSA B52 classe les systèmes selon le type de frigorigène (Groupe 1 = A1, Groupe 2 = autres) et leur emplacement. Les limites de charge dépendent de la classification et de l'occupation du local :

R-134a (A1) : Charge illimitée dans les salles des machines, limitée dans les espaces occupés.
R-717 (B2L) : Charge limitée selon la ventilation et le volume de la salle des machines.
R-290 (A3) : Limite à 150 g pour les appareils domestiques, charges très limitées pour les autres applications.

RBQ — Licence d'entrepreneur :

La sous-catégorie 2.2 « Réfrigération » de la RBQ permet aux entrepreneurs d'effectuer des travaux sur les systèmes frigorifiques. Le choix du frigorigène dans une installation doit être conforme aux spécifications du fabricant et aux normes en vigueur.

Règlement sur les halocarbures (Canada) :

Depuis 2021, l'importation de HFC est soumise à un quota décroissant. Les techniciens doivent détenir une certification RCC (Réfrigération et Conditionnement d'Air) ou équivalent pour acheter des frigorigènes. Les bouteilles de récupération doivent être certifiées DOT/TC, avec une pression de service d'au moins 3 100 kPa pour les HFC.

2.5 Exemples pas-à-pas

Exemple 1 : Sélection d'un frigorigène de remplacement

Un client a un système au R-22 (HCFC) qui fuit. Le compresseur est en bon état. Quelles sont les options ?

102.Option A — Remplacer par du R-422D (HFC) : Mélange de remplacement « drop-in ». Pas de modification du système nécessaire, mais performance réduite d'environ 5-10 %. GWP = 2 230.
103.Option B — Remplacer par du R-438A (HFC) : Autre drop-in avec meilleure compatibilité de l'huile minérale. GWP = 2 265.
104.Option C — Remplacer le système complet par un nouveau au R-410A : Solution plus coûteuse mais plus efficace et conforme aux normes actuelles. GWP = 2 088.
105.Option D — Remplacer par un système au R-454B (HFO/HFC) : Solution moderne avec GWP = 466, conforme aux objectifs de Kigali.

Recommandation : Au Québec, compte tenu de la réglementation, l'Option D est la plus durable. L'Option A peut être une solution temporaire si le budget est limité.

Exemple 2 : Détection et réparation d'une fuite

Procédure étape par étape :

109.Inspectez visuellement les joints, les raccords et les soudures (recherchez les traces d'huile).
110.Utilisez un détecteur électronique de fuite (sensibilité < 5 g/an).
111.Confirmez avec une solution moussante (eau savonneuse).
112.Récupérez le frigorigène restant avec un récupérateur certifié.
113.Réparez la fuite (resserrage, rebrasage, ou remplacement du composant).
114.Effectuez un test d'étanchéité à l'azote (1,25 × pression de service).
115.Tirez au vide jusqu'à 500 microns minimum.
116.Rechargez au poids spécifié sur la plaque signalétique.
117.Documentez l'intervention dans le registre.

2.6 Pièges d'examen

Piège n° 1 — Confusion ODP vs GWP : L'ODP (appauvrissement de l'ozone) concerne uniquement le chlore et le brome. Le GWP (réchauffement climatique) concerne tous les gaz à effet de serre. Un frigorigène peut avoir ODP = 0 (bon pour l'ozone) mais GWP = 3 922 (mauvais pour le climat) — c'est le cas du R-404A.

Piège n° 2 — Mélanges zéotropes vs azéotropes : Les mélanges zéotropes (série 400) ont un « glide » de température. La température d'évaporation n'est pas constante. Les azéotropes (série 500) se comportent comme un fluide pur. À l'examen, on vous demandera peut-être d'identifier la différence.

Piège n° 3 — Les classes de sécurité : Retenez le code : la lettre d'abord (A = non toxique, B = toxique), le chiffre ensuite (1 = non inflammable, 2L = faiblement inflammable, 2 = inflammable, 3 = hautement inflammable). R-717 = B2L (toxique ET faiblement inflammable).

Piège n° 4 — La capacité de remplissage des bouteilles : Les bouteilles de récupération doivent être remplies à 80 % maximum du volume pour permettre la dilatation thermique du liquide. Ne dites jamais 100 % à l'examen.

Piège n° 5 — L'Accord de Kigali : C'est un amendement au Protocole de Montréal (pas un traité séparé). Il vise à réduire les HFC (pas les CFC ni les HCFC, déjà interdits ou en voie d'élimination).

2.7 Questions de pratique

125.Quel est le GWP du R-404A et pourquoi est-ce problématique ?

(Réponse : GWP = 3 922. C'est très élevé ; un kg de R-404A équivaut à près de 4 000 kg de CO₂.)

127.Quelle est la différence entre un frigorigène de classe A2L et un de classe A3 ?

(Réponse : A2L est faiblement inflammable (vitesse de flamme < 10 cm/s), A3 est hautement inflammable. Les A2L sont considérés comme acceptables dans certaines applications où les A3 sont interdits.)

129.Un système contient 50 kg de R-22. Par quoi pouvez-vous le remplacer sans changer le système ?

(Réponse : R-422D ou R-438A sont des drop-ins compatibles avec l'huile minérale du R-22.)

131.Quel est l'impact du R-744 (CO₂) sur la couche d'ozone ?

(Réponse : ODP = 0. Le CO₂ n'a aucun impact sur l'ozone. Mais en tant que gaz à effet de serre, il contribue au réchauffement climatique.)

133.Quelle est la limite de remplissage d'une bouteille de récupération ?

(Réponse : 80 % du volume total. Les bouteilles sont conçues avec une marge pour la dilatation du liquide.)

2.8 Résumé du chapitre

L'évolution des frigorigènes reflète la prise de conscience environnementale de notre société : des fluides naturels (NH₃, CO₂) aux CFC destructeurs d'ozone, puis aux HFC à fort GWP, pour revenir aujourd'hui vers des solutions durables (HFO et naturels). La nomenclature ASHRAE et les classifications de sécurité sont des connaissances essentielles pour l'opérateur certifié.

L'Accord de Kigali (2016) transforme l'industrie du froid en accélérant la transition vers des fluides à faible GWP. Les techniciens québécois doivent se former aux nouvelles technologies (CO₂ transcritique, systèmes à propane, HFO) pour rester compétents.

Le Règlement canadien sur les halocarbures impose des obligations strictes : récupération obligatoire, certification des techniciens, quotas d'importation décroissants, et documentation rigoureuse. Le non-respect peut entraîner des amendes substantielles.

Pour les examens BNQ, concentrez-vous sur : les séries numériques, les classes de sécurité, les impacts environnementaux (ODP/GWP), et la réglementation en vigueur.

2.3 Classification détaillée des gaz frigorigènes

Les fluides frigorigènes sont classés en familles selon leur composition chimique et leur impact environnemental. La classification de l'ASHRAE (Standard 34) leur attribue un numéro de série : les CFC (R-11, R-12), les HCFC (R-22, R-123), les HFC (R-134a, R-404A, R-410A), les HFO (R-1234yf, R-1234ze), les frigorigènes naturels (R-290 propane, R-600a isobutane, R-717 ammoniac, R-744 CO₂) et les mélanges zéotropes (R-407C, R-448A, R-449A).

Chaque fluide possède un ODP (Ozone Depletion Potential) et un GWP (Global Warming Potential) spécifiques. Le R-22 (HCFC) a un ODP de 0,055 et un GWP de 1810. Le R-410A (HFC) a un ODP nul mais un GWP élevé de 2088. Le R-32 (HFC) a un GWP de 675, considéré comme un compromis acceptable.

Les HFO (hydrofluoro-oléfines) de quatrième génération ont un GWP inférieur à 10 et un ODP nul. Le R-1234yf est utilisé dans l'automobile et le R-1234ze dans la réfrigération commerciale. Leur inconvénient principal est leur inflammabilité modérée (classe A2L).

2.4 Réglementation québécoise et canadienne

Au Canada, le Règlement sur les substances appauvrissant la couche d'ozone et les halocarbures de remplacement (RSADOHR) encadre l'utilisation, la manipulation, la récupération et la destruction des gaz frigorigènes. Le Règlement fédéral sur les halocarbures (RFHC) de 2022 met en œuvre l'Accord de Kigali et impose une réduction progressive de 75 % de la production d'HFC d'ici 2036 par rapport au niveau de référence.

Au Québec, le Règlement sur les halocarbures (RLRQ c. Q-2, r. 27) complète la réglementation fédérale. Il exige que toute personne manipulant des halocarbures détienne un certificat de compétence (catégories I à IV selon la charge de fluide). Les systèmes contenant plus de 50 kg de fluide frigorigène doivent faire l'objet d'un registre de fuites.

2.5 Certifications obligatoires au Québec

Le certificat de compétence en réfrigération est délivré par Emploi-Québec après réussite d'un examen théorique et pratique. Quatre catégories existent : Catégorie I (systèmes de moins de 5 kg), Catégorie II (5 à 50 kg), Catégorie III (plus de 50 kg, basse pression) et Catégorie IV (plus de 50 kg, haute pression).

La formation obligatoire de 45 heures couvre les aspects théoriques du cycle frigorifique, les propriétés des fluides, la réglementation, la détection de fuites, les techniques de récupération et les bonnes pratiques d'entretien. Une mise à jour tous les cinq ans est requise.

2.6 Détection et réparation des fuites

Les fuites de gaz frigorigène sont la principale source d'émissions dans le secteur de la réfrigération. Les méthodes de détection incluent la détection par bulles (solution savonneuse), le détecteur électronique de fuites (sensibilité de 1 g/an), la lampe halogène (fluorescence UV après injection de traceur), la méthode ultrasonore et la mesure de pression différentielle.

Un système frigorifique contenant plus de 50 kg de fluide doit être inspecté mensuellement pour détecter les fuites. Les fuites détectées doivent être réparées dans les 30 jours suivant leur identification. La réglementation exige une réduction de 50 % de la charge de fuite annuelle par rapport à la charge totale du système.

2.7 Techniques de récupération des gaz frigorigènes

La récupération des gaz frigorigènes est obligatoire avant toute intervention sur le circuit frigorifique. Les appareils de récupération certifiés (norme CSA C22.2 No. 176) doivent être capables d'extraire 90 % du fluide en 30 minutes pour les systèmes de moins de 50 kg.

La méthode de récupération par poussage (utilisation du compresseur du système) est la plus rapide pour les systèmes en état de fonctionner. La méthode passive (différence de pression) convient aux petites charges. La méthode active (récupérateur autonome avec compresseur intégré) est utilisée pour tous les types de systèmes.

Le fluide récupéré doit être stocké dans des bouteilles approuvées (norme CSA B340), étiquetées avec le type de fluide, la quantité et la date. Les bouteilles ne doivent pas dépasser 80 % de leur capacité en volume. Le recyclage sur site (filtration et séchage) permet la réutilisation du fluide.

2.8 Alternatives aux HFC — frigorigènes naturels

Les frigorigènes naturels gagnent en importance au Québec. L'ammoniac (R-717) est utilisé dans les entrepôts frigorifiques industriels. Il offre un excellent rendement (COP de 4 à 6) mais est toxique (seuil de détection olfactive à 5 ppm, limite d'exposition à 25 ppm). Sa manipulation exige une formation spécialisée et des détecteurs de gaz permanents.

Le CO₂ (R-744) est utilisé dans les systèmes de réfrigération commerciale et les pompes à chaleur. Son point critique bas (31°C, 73,8 bars) nécessite des pressions de service élevées (100 à 130 bars). Les systèmes au CO₂ peuvent fonctionner en mode transcritique au-dessus de 31°C.

Les hydrocarbures (R-290 propane, R-600a isobutane) offrent d'excellentes propriétés thermodynamiques avec un GWP inférieur à 5. Leur charge est limitée à 150 grammes par circuit en raison de l'inflammabilité (classe A3). Ils sont utilisés dans les réfrigérateurs domestiques et les congélateurs commerciaux compacts.

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