Chapter IV

Protection des circuits

Metierium study guide with diagrams.

Protection des circuits — Disjoncteurs, fusibles et dispositifs de protection — Guide CMEQ complet

La protection des circuits vise à interrompre rapidement les surcharges, courts-circuits et défauts à la terre avant qu’ils ne causent incendie, choc électrique ou dommage aux équipements. Le choix du dispositif doit être coordonné avec le calibre des conducteurs, la nature de la charge, le pouvoir de coupure disponible et les exigences du Code canadien de l’électricité.

Introduction

La protection des circuits est l'un des sujets les plus importants de l'examen CMEQ. Un défaut de protection est la première cause d'incendie d'origine électrique. Au Québec, le Code de construction du Québec, Chapitre V — Électricité (Section 14) régit en détail la protection contre les surintensités, les défauts à la terre et les défauts d'arc. Ce chapitre présente les trois types de surintensité, le fonctionnement des disjoncteurs thermomagnétiques, les dispositifs différentiels (DCI/GFCI), les détecteurs de défaut d'arc (DDA/AFCI), les fusibles, la règle de 125 % pour les charges continues, la coordination des protections et les dispositifs de protection contre les surtensions (DPS/SPD). Chaque notion est accompagnée de formules et d'exemples numériques complets.

Concepts fondamentaux

Panneau électrique 200A Disjoncteur principal 200A 15A Éclairage 20A T GFCI Prises de courant 20A Cuisine

Le schéma ci-dessus illustre un tableau de distribution résidentiel typique : un disjoncteur principal de 200 A alimente trois départs. Le départ d'éclairage est protégé par un disjoncteur de 15 A, le départ des prises de courant par un disjoncteur de 20 A suivi d'un dispositif différentiel DCI (GFCI), et le départ de la cuisine par un disjoncteur de 20 A. Le principe fondamental de la protection est le suivant : le dispositif de protection doit toujours être calibré pour protéger le plus petit conducteur du circuit. Si un conducteur de cuivre #14 AWG a une capacité de 15 A, le disjoncteur qui le protège ne peut excéder 15 A (art. 14-104). La protection n'est efficace que si le dispositif s'ouvre avant que le conducteur n'atteigne une température dangereuse.

Deux grandeurs physiques gouvernent la protection : le courant (I, en ampères) qui traverse le circuit, et la puissance (P, en watts) consommée par la charge. La relation fondamentale est :

P = U × I (monophasé)

où U est la tension en volts. Cette formule permet de calculer le courant absorbé par une charge et donc de dimensionner le dispositif de protection.

Exemple : Une plinthe électrique de 1 500 W sous 240 V.

I = P / U = 1 500 / 240 = 6,25 A
Le conducteur et le disjoncteur doivent être dimensionnés pour au moins 6,25 A (en pratique un circuit de 15 A avec conducteur #14 AWG).

Pour un circuit triphasé, la puissance s'exprime :

P = √3 × U × I × cos φ

Exemple : Un moteur triphasé absorbe 12 A sous 600 V avec un facteur de puissance cos φ = 0,85.

P = 1,732 × 600 × 12 × 0,85 = 10 600 W ≈ 10,6 kW

Section 1 — Types de surintensités

Une surintensité est tout courant supérieur au courant nominal d'un circuit. Il existe trois types distincts de surintensité, chacun exigeant un type de protection spécifique.

1.1 Surcharge

Une surcharge se produit lorsque le courant dépasse la capacité nominale d'un circuit pendant une période prolongée. Exemples :

Trop d'appareils branchés sur la même barre multiprise
Moteur forcé (roulement grippé) → le courant augmente
Conducteur sous-dimensionné pour la charge

Caractéristiques :

Courant modérément élevé (jusqu'à 6 × In pour un moteur au démarrage)
Durée : quelques secondes à quelques minutes avant le déclenchement
Protection : thermique (lame bimétallique) dans le disjoncteur

La surcharge se caractérise par une élévation progressive de la température du conducteur. Le dispositif thermique du disjoncteur accumule cette chaleur : plus le courant est élevé, plus le déclenchement est rapide (courbe à temps inverse).

Exemple numérique : Un circuit d'éclairage de 15 A sur lequel on branche des charges totalisant 2 400 W sous 120 V.

I = P / U = 2 400 / 120 = 20 A
Le courant de 20 A représente 20 / 15 = 1,33 × In (133 % du nominal)
Le disjoncteur thermique déclenchera après un délai (typiquement 30 s à 2 min à 135 % de In selon la courbe CSA C22.2 n° 5).

1.2 Court-circuit

Un court-circuit est un contact accidentel entre deux conducteurs de phases différentes (ou phase-neutre) avec une impédance quasi nulle :

Courant très élevé (peut atteindre 10 000 A et plus)
Temps de déclenchement : millisecondes
Protection : magnétique (solénoïde) dans le disjoncteur

Le courant de court-circuit se calcule avec la loi d'Ohm :

Icc = U / Z

où Z est l'impédance totale de la boucle de défaut (en ohms).

Exemple : Un défaut franc phase-neutre sur un circuit 120 V dont l'impédance de boucle est de 0,012 Ω.

Icc = 120 / 0,012 = 10 000 A
Ce courant de 10 000 A dépasse largement le seuil magnétique (5 à 10 × In) : le déclenchement est instantané (< 10 ms).

Le pouvoir de coupure (interrupting rating) du disjoncteur doit être égal ou supérieur au courant de court-circuit disponible à son emplacement. Un disjoncteur résidentiel standard a un pouvoir de coupure de 10 000 A (10 kA) ; les modèles commerciaux et industriels atteignent 14 kA à 65 kA.

1.3 Défaut à la terre (phase-masse)

Contact entre un conducteur sous tension et une surface mise à la terre ou un conducteur de mise à la terre :

Courant généralement inférieur à celui d'un court-circuit (souvent < 100 A)
Peut ne pas déclencher un disjoncteur standard si le courant est insuffisant
Protection : DCI (GFCI) — détecte les courants de fuite ≥ 5 mA

Le danger du défaut à la terre est qu'un courant de quelques dizaines de milliampères traversant le corps humain peut provoquer la fibrillation ventriculaire. Le seuil de dangerosité pour l'homme est d'environ 30 mA pendant plus de 30 ms. C'est pourquoi le DCI déclenche à 5 mA en moins de 25 ms.

Exemple : Une personne touche un boîtier métallique sous tension. La résistance du corps est de 1 500 Ω et la tension de 120 V.

I = U / R = 120 / 1 500 = 0,08 A = 80 mA
Un courant de 80 mA est mortel (seuil de fibrillation ≈ 30 mA). Un DCI de 5 mA détecte la fuite (80 mA ≫ 5 mA) et coupe le circuit en < 25 ms, avant que la fibrillation ne s'installe.

Section 2 — Disjoncteurs

Fonctionnement d'un disjoncteur — surcharge, bilame, déclenchement (animation) Fonctionnement d'un disjoncteur thermique (surcharge) Disjoncteur Ligne (entrée) Bilame (chauffe → courbe) Déclencheur ressort Charge (sortie) SURCHARGE I > I nominal pendant un certain temps Séquence : surcharge → le bilame chauffe et se courbe → pousse le déclencheur → le ressort ouvre les contacts → le circuit est coupé → l'arc est éteint dans la chambre. Le déclenchement thermique est temporisé (inverse-time) : plus la surcharge est forte, plus c'est rapide.

2.1 Disjoncteur standard (thermomagnétique)

Le disjoncteur standard combine deux technologies :

Déclenchement thermique (lame bimétallique) :

Deux métaux soudés (acier + laiton) ayant des coefficients de dilatation différents
Sous l'effet de la chaleur (surcharge), la lame se courbe et déclenche le mécanisme
Temps de réponse inversement proportionnel au courant : plus le courant est élevé, plus le déclenchement est rapide (courbe à temps inverse)
Courbe de déclenchement : conforme à la norme CSA C22.2 n° 5

Déclenchement magnétique (solénoïde) :

Bobine de fil entourant un noyau mobile
Au-delà d'un seuil de courant (typiquement 5 à 10 × In), le champ magnétique attire le noyau et déclenche instantanément
Protection contre les courts-circuits

Le disjoncteur thermomagnétique protège donc contre les deux types de surintensité : la lame bimétallique contre les surcharges (temps inverse), le solénoïde contre les courts-circuits (instantané).

2.2 Courbes de déclenchement

LocationTypeSinceBathroomsToutes les prises 125 V, 15/20 A1975CodeCuisine (plan de travail)prises de comptoir 125 V1980CodeBasementToutes les prises de courant 125 V1995CodeGarage / atelierToutes les prises de courant 125 V1995CodeOutdoorsToutes les prises de courant 125 V1985CodeBuanderieprises 125 V (sauf sécheuse)2005CodeÉvier (cuisine)Receptacle under sink (if < 1.5 m)2015CodePiscine / spa3 m radius1990Code

Au Québec, le type B est le plus courant en résidentiel. Le type C est utilisé pour les circuits de moteurs et de cuisinières.

Exemple numérique : Un disjoncteur de type C de 20 A.

Seuil magnétique minimal = 5 × In = 5 × 20 = 100 A
Seuil magnétique maximal = 10 × In = 10 × 20 = 200 A
Le déclenchement instantané se produit pour un courant compris entre 100 A et 200 A. En dessous de 100 A, c'est la protection thermique (temps inverse) qui agit.

Ce décalage volontaire permet au moteur d'absorber son courant de démarrage (jusqu'à 6-8 × In) sans déclencher le magnétique, tout en assurant une coupure instantanée en cas de vrai court-circuit.

2.3 Calibres normalisés

Les disjoncteurs sont offerts en calibres normalisés (art. 14-104) :

15 A, 20 A, 25 A, 30 A, 35 A, 40 A, 45 A, 50 A, 60 A, 70 A, 80 A, 90 A, 100 A, 110 A, 125 A, 150 A, 175 A, 200 A, 225 A, 250 A, 300 A, 350 A, 400 A, 450 A, 500 A, 600 A, 700 A, 800 A, 1 000 A, 1 200 A, 1 600 A, 2 000 A, 2 500 A, 3 000 A, 4 000 A, 5 000 A, 6 000 A

> Important : On ne peut pas installer un disjoncteur d'un calibre supérieur à la capacité du conducteur, sauf pour les applications de moteurs (art. 28-200).

Exemple : Un conducteur de cuivre #12 AWG a une capacité de 20 A (à 75 °C). Le calibre normalisé immédiatement supérieur serait 25 A, mais la règle interdit de dépasser la capacité du conducteur : on installe donc un disjoncteur de 20 A, jamais 25 A. À l'inverse, si le calcul donne 23,4 A (voir Section 6), on choisit le calibre normalisé immédiatement supérieur, soit 25 A, à condition que le conducteur supporte ce courant.

Section 3 — Disjoncteur DCI (GFCI)

Cette section situe Disjoncteur DCI (GFCI) dans le travail réel de l’électricien : sécurité des personnes, continuité de service, conformité au Code canadien de l’électricité et diagnostic fiable sur le terrain. Les points qui suivent précisent les critères techniques à vérifier avant l’installation, la mise sous tension ou la remise au client.

3.1 Principe de fonctionnement

Le DCI (dispositif différentiel à courant résiduel, appelé GFCI — Ground Fault Circuit Interrupter — en anglais) compare le courant dans le conducteur de phase avec celui du neutre (transformateur différentiel). En conditions normales, ils sont égaux. S'il y a une fuite à la terre, la différence est détectée et le circuit est interrompu.

Le principe repose sur la loi des nœuds (loi de Kirchhoff) : le courant qui entre par la phase doit ressortir intégralement par le neutre. La différence IΔ = I_phase − I_neutre est le courant résiduel. Si IΔ dépasse le seuil, le DCI déclenche.

Seuil de déclenchement :

Résidentiel : 5 mA (protection des personnes)
Commercial : 30 mA (protection des équipements)
Industriel : 100 mA et plus (protection contre l'incendie)

Temps de déclenchement :

5 mA : < 25 ms (réaction quasi instantanée)

Exemple numérique : Un sèche-cheveux tombe dans un lavabo. Une fuite de 12 mA s'établit vers la terre.

IΔ = 12 mA > seuil de 5 mA
Le DCI déclenche en moins de 25 ms. Sans DCI, le courant de 12 mA traverserait la personne (seuil de tétanisation musculaire ≈ 10 mA), l'empêchant de lâcher l'appareil.

3.2 Emplacements obligatoires (art. 26-710)

Au Québec, les DCI sont obligatoires dans :

EmplacementTypeDepuisSalles de bainToutes les prises 125 V, 15/20 ACode1975Cuisine(comptoir)Prises de comptoir 125 VCode1980Sous-solToutes les prises 125 VCode1995Garage / atelierToutes les prises 125 VCode1995ExtérieurToutes les prises 125 VCode1985Salle de lavagePrises 125 V (sauf sécheuse)Code2005Évier (cuisine)Prise sous l'évier (si < 1,5 m)Code2015Piscine / spaRayon de 3 mCode1990

Le DCI peut être installé de trois façons : prise DCI (protège les prises en aval raccordées au bornier « LOAD »), disjoncteur DCI au tableau (protège tout le circuit de dérivation), ou DCI portatif (utilisé pour l'alimentation temporaire sur les chantiers).

3.3 Essai mensuel

L'art. 26-720 exige que les DCI soient essayés mensuellement. Le bouton « Test » simule un courant de fuite de 5 mA. Le bouton « Reset » rétablit le circuit.

Question CMEQ typique : À quelle fréquence doit-on essayer les DCI ?

Réponse : Mensuellement

Section 4 — Disjoncteur DDA (AFCI)

Cette section situe Disjoncteur DDA (AFCI) dans le travail réel de l’électricien : sécurité des personnes, continuité de service, conformité au Code canadien de l’électricité et diagnostic fiable sur le terrain. Les points qui suivent précisent les critères techniques à vérifier avant l’installation, la mise sous tension ou la remise au client.

4.1 Principe de fonctionnement

Le DDA (détecteur de défaut d'arc, appelé AFCI — Arc Fault Circuit Interrupter — en anglais) détecte les défauts d'arc — des décharges qui se produisent lorsque le courant saute à travers un isolant endommagé ou une connexion desserrée. Ces arcs génèrent une chaleur intense (3 000 à 5 000 °C) et sont la première cause d'incendie d'origine électrique.

Contrairement au DCI qui détecte une fuite de courant vers la terre, le DDA analyse la signature haute fréquence caractéristique de l'arc électrique. Un circuit électronique distingue l'arc dangereux des arcs normaux produits par certains appareils (interrupteurs, moteurs à balais).

Types d'arcs détectés :

Arc série : rupture partielle d'un conducteur (connexion desserrée)
Arc parallèle : contact intermittent entre phase et neutre (isolant endommagé)
Arc à la terre : contact intermittent entre phase et terre

L'arc série est particulièrement dangereux car son courant reste souvent inférieur au seuil de déclenchement du disjoncteur standard : seul le DDA peut le détecter.

4.2 Emplacements obligatoires (art. 26-724)

Depuis le Code 2015 (renforcé en 2018), la protection DDA est obligatoire pour les circuits de dérivation 120 V dans :

Chambres à coucher (Code 2002)
Pièces de séjour (salon, salle à manger, bureau) (Code 2015)
Couloirs et vestibules (Code 2018)
Salles de jeux / récréation (Code 2018)

Le DDA ne doit pas être installé sur des circuits alimentant des équipements de maintien en vie ou des équipements médicaux dans les aires de soins aux patients.

4.3 DDA/DCI combiné

Depuis le Code 2018, il existe des disjoncteurs combinés DDA + DCI offrant les deux protections dans un seul appareil. Obligatoire dans les chambres à coucher comportant une prise à moins de 1,5 m d'un évier. Le dispositif combiné détecte à la fois les arcs série et parallèle (DDA) et les fuites à la terre (DCI), en plus d'assurer la protection contre les surintensités.

Section 5 — Fusibles

Cette section situe Fusibles dans le travail réel de l’électricien : sécurité des personnes, continuité de service, conformité au Code canadien de l’électricité et diagnostic fiable sur le terrain. Les points qui suivent précisent les critères techniques à vérifier avant l’installation, la mise sous tension ou la remise au client.

5.1 Types de fusibles

Bien que moins courants dans les installations neuves, les fusibles existent toujours. Le fusible est le dispositif de protection le plus simple : un élément métallique fond lorsque le courant dépasse le calibre du fusible, interrompant le circuit.

Fusible à cartouche (CSA C22.2 n° 59) :

Types : DIN (cylindrique), NH (à couteaux)
Utilisé en industrie pour la protection des circuits
Pouvoir de coupure : jusqu'à 200 kA

Les fusibles de classe R (à rejet) ont un pouvoir de coupure maximal de 200 000 A et sont courants en industrie. Les fusibles de type P (fusibles bouchon) sont utilisés dans les anciens tableaux résidentiels à base Edison.

Fusible à visser (type Edison) :

Installations résidentielles anciennes (encore présent dans les vieux immeubles)
Filetage standard 15 A, filetage différent pour 20 A et plus (pour empêcher la substitution)

Le fusible de type S offre une protection inviolable dans les porte-fusibles à base Edison grâce à un adaptateur à filetage spécifique au calibre.

Fusible à haut pouvoir de coupure (HRC) :

Pour applications spéciales (transformateurs, batteries, semi-conducteurs)

Fusible temporisé : conçu pour supporter les courants d'appel momentanés des moteurs et transformateurs sans fondre. Il tolère une surcharge temporaire (démarrage) mais fond en cas de surcharge prolongée.

5.2 Règles de remplacement

Ne jamais remplacer un fusible par un calibre supérieur
Ne jamais utiliser de solutions de fortune (papier d'aluminium, fil de cuivre) pour contourner un fusible — cela provoque des incendies (question d'examen classique)
Toujours identifier le fusible par son calibre et son type

Exemple : Un circuit protégé par un fusible de 15 A avec conducteur #14 AWG (capacité 15 A). Si le fusible fond et qu'on le remplace par un fusible de 30 A, le conducteur #14 peut désormais être parcouru par 30 A sans que le fusible ne fonde. Le conducteur surchauffe (P perdue = R × I² : à 30 A, l'échauffement est (30/15)² = 4 fois supérieur) → risque d'incendie.

Section 6 — La règle de 125 %

La règle de 125 % sert à dimensionner certaines protections et certains conducteurs lorsque la charge peut fonctionner de façon continue ou produire un échauffement soutenu. Elle évite de choisir un appareillage trop juste et doit être appliquée avec méthode aux circuits de chauffage, moteurs, équipements fixes et autres charges précisées par le Code.

6.1 Charge continue

L'art. 8-104 définit une charge continue comme une charge qui fonctionne pendant 3 heures ou plus sans interruption. Exemples :

Éclairage commercial
Chauffe-eau
Pompes

Pour les charges continues, le conducteur et le disjoncteur doivent être dimensionnés à 125 % du courant nominal. Cela évite la surchauffe en régime permanent.

La formule de dimensionnement est :

I_dimensionnement = I_charge × 1,25

Exemple : Un chauffe-eau de 4 500 W sous 240 V.

I = P / U = 4 500 / 240 = 18,75 A (charge continue car > 3 h)
Conducteur = 18,75 A × 1,25 = 23,4 A → 12 AWG (25 A à 90 °C)
Disjoncteur = 18,75 A × 1,25 = 23,4 A → 25 A (calibre normalisé immédiatement supérieur)

Autre exemple : Un éclairage commercial de 3 000 W sous 120 V.

I = 3 000 / 120 = 25 A (charge continue)
I_dimensionnement = 25 × 1,25 = 31,25 A
Conducteur : #8 AWG (capacité 40 A à 75 °C, supérieur à 31,25 A)
Disjoncteur : 35 A (calibre normalisé immédiatement supérieur à 31,25 A)

6.2 Moteurs

Pour les moteurs (art. 28-106) :

Conducteur = 125 % du courant à pleine charge (FLA)
Disjoncteur = jusqu'à 250 % du FLA (pour le démarrage)
Relais de surcharge = 115-125 % du FLA (selon le facteur de service)

Le moteur absorbe au démarrage un courant 6 à 8 fois supérieur au courant nominal. Le disjoncteur doit tolérer ce courant d'appel sans déclencher, d'où le facteur 250 %. Le relais de surcharge thermique, lui, protège le moteur contre les surcharges prolongées à un seuil beaucoup plus bas (115-125 %).

Exemple : Un moteur monophasé de 5 HP sous 240 V dont le courant à pleine charge (FLA) est de 28 A.

Conducteur = 28 A × 1,25 = 35 A → #8 AWG (40 A à 75 °C)
Disjoncteur maximal = 28 A × 2,50 = 70 A → calibre normalisé 70 A
Relais de surcharge = 28 A × 1,25 = 35 A (réglage du relais thermique)

Section 7 — Coordination des protections (sélectivité)

La coordination (ou sélectivité) garantit que seul le disjoncteur le plus proche du défaut déclenche, laissant le reste de l'installation sous tension.

Principe :

Le disjoncteur de dérivation (en aval) doit avoir un calibre inférieur au disjoncteur principal (en amont)
En cas de défaut sur une prise de cuisine, seul le disjoncteur de 20 A déclenche, pas le principal de 100 A

La sélectivité s'obtient en choisissant des dispositifs dont les courbes temps-courant ne se chevauchent pas : le dispositif en aval doit toujours s'ouvrir avant que le dispositif en amont n'atteigne son seuil de déclenchement. Les fabricants fournissent des courbes de coordination pour vérifier cette sélectivité en phase de conception.

Exemple : Un défaut de 800 A sur un circuit de prises protégé par un disjoncteur de 20 A, en aval d'un disjoncteur principal de 100 A.

Le disjoncteur de 20 A voit 800 A = 40 × In → déclenchement magnétique instantané (< 10 ms)
Le disjoncteur principal de 100 A voit 800 A = 8 × In → il déclencherait aussi, mais avec un léger retard
Si les courbes sont coordonnées, le 20 A s'ouvre en premier et isole uniquement le circuit fautif.

Exceptions :

Protection contre les défauts d'arc (certains défauts peuvent faire déclencher les deux)
Protection contre les défauts à la terre (coordination plus complexe)

La sélectivité totale est exigée pour les circuits de sécurité incendie (pompes à incendie, éclairage de secours, panneaux de sortie, alarmes incendie, systèmes de contrôle de la fumée). Une coordination sélective garantit qu'un défaut dans une partie du bâtiment ne coupe pas l'alimentation des équipements critiques situés ailleurs.

Section 8 — Dispositifs de protection contre les surtensions (DPS/SPD)

Les dispositifs de protection contre les surtensions (DPS, appelés SPD — Surge Protective Devices — en anglais) protègent les équipements électroniques sensibles contre les surtensions transitoires causées par la foudre, les manœuvres du réseau de distribution et les démarrages de gros moteurs. Le Code exige désormais une protection DPS pour les installations neuves dans la plupart des types de bâtiments, y compris les habitations.

Type 1 : installé à l'entrée de service, avant le sectionneur principal, typiquement dans le panneau principal. Il protège l'ensemble de l'installation.

Type 2 : installé côté charge du sectionneur principal, dans le tableau de distribution ou en dispositif câblé au panneau. Il offre une protection supplémentaire pour les équipements sensibles.

Type 3 : dispositif au point d'utilisation (barre multiprise avec protection contre les surtensions), installé directement à l'équipement protégé (ordinateur, téléviseur).

Une stratégie de protection complète utilise les trois types, disposés de façon que chaque étage absorbe des niveaux d'énergie transitoire progressivement plus faibles.

Installation : les conducteurs de raccordement (phase, neutre, terre) doivent être aussi courts que possible — typiquement moins de 1 mètre — et sans coudes serrés. Des conducteurs longs augmentent la tension laissée passer à cause de leur inductance (U = L × dI/dt). Le DPS doit être raccordé au conducteur de mise à la terre et le réseau de prise de terre doit offrir un chemin de faible impédance au courant de surtension.

Exemple : Un DPS dont le courant de surtension maximal (Imax) est de 40 kA installé dans une région très exposée à la foudre. Si une surtension de 6 kV atteint l'entrée, le DPS de type 1 écrête la tension et dérive l'essentiel du courant vers la terre. Le résidu (par exemple 2,5 kV) est ensuite absorbé par le DPS de type 2, puis le DPS de type 3 réduit la tension à un niveau sûr (< 1 kV) pour l'électronique.

Section 9 — Courant de court-circuit nominal (SCCR)

Le courant de court-circuit nominal (SCCR — Short-Circuit Current Rating) indique le courant de défaut maximal qu'un équipement peut supporter en toute sécurité. Chaque équipement électrique a un courant de court-circuit maximal qu'il peut endurer sans se détruire. Si le courant de défaut disponible dépasse le SCCR de l'équipement, celui-ci peut exploser ou prendre feu pendant le défaut.

Le courant de défaut disponible se calcule à partir de l'impédance de la source :

Icc = U / Z_total

où Z_total inclut l'impédance du transformateur du distributeur, l'impédance des conducteurs (fonction de leur section et longueur) et la contribution des moteurs au courant de défaut.

Exemple : Un transformateur de distribution de 75 kVA, 600 V secondaire, impédance 5 %.

Courant nominal secondaire = P / (√3 × U) = 75 000 / (1,732 × 600) = 72,2 A
Courant de court-circuit disponible = I_nominal / Z = 72,2 / 0,05 = 1 444 A (aux bornes du transformateur)
En tenant compte de l'impédance des conducteurs en aval, le courant disponible au panneau peut être de l'ordre de 1 200 A. Tous les équipements installés doivent avoir un SCCR ≥ 1 200 A.

Les calibres en série (series ratings) permettent d'utiliser des équipements en aval ayant un SCCR plus faible, à condition qu'ils soient correctement coordonnés avec le dispositif amont. Le calcul du courant de défaut disponible en chaque point du réseau de distribution est indispensable pour vérifier que tous les équipements ont un SCCR adéquat.

Section 10 — Protection des transformateurs

La protection des transformateurs comprend une protection contre les surintensités au primaire et au secondaire. La protection primaire est dimensionnée selon la puissance nominale du transformateur et la tension primaire. La protection secondaire peut être exigée selon la taille et la configuration du transformateur.

Le courant nominal d'un transformateur se calcule :

I = P / U (monophasé) ou I = P / (√3 × U) (triphasé)

Exemple : Un transformateur monophasé de 10 kVA, primaire 600 V, secondaire 120 V.

Courant primaire = 10 000 / 600 = 16,7 A
Courant secondaire = 10 000 / 120 = 83,3 A
La protection primaire doit tolérer le courant d'appel à la mise sous tension (courant d'enclenchement), qui peut atteindre 10 à 12 fois le courant nominal pendant quelques cycles. Une protection mal calibrée déclencherait à chaque mise sous tension.

Questions d'examen typiques

Q1 : Quel est le courant de déclenchement d'un DCI résidentiel ?

a) 15 mA
b) 5 mA
c) 30 mA
d) 100 mA

Réponse : b) 5 mA (question très fréquente). Le DCI résidentiel détecte les fuites à la terre ≥ 5 mA et déclenche en moins de 25 ms pour protéger les personnes. Le seuil de 30 mA correspond à la protection des équipements (commercial), et 100 mA+ à la protection contre l'incendie (industriel).

Q2 : Quels circuits exigent une protection DDA (AFCI) ?

a) Tous les circuits 240 V
b) Les circuits de dérivation 120 V des chambres à coucher et des pièces de séjour
c) Uniquement les circuits d'éclairage extérieur
d) Les circuits de cuisinière

Réponse : b) Les circuits de dérivation 120 V alimentant les chambres à coucher (Code 2002) et les pièces de séjour — salon, salle à manger, bureau (Code 2015), couloirs et salles de jeux (Code 2018).

Q3 : Pourquoi ne faut-il jamais remplacer un fusible par un calibre supérieur ?

a) Parce que le fusible fondrait trop vite
b) Parce que le conducteur en aval n'est pas dimensionné pour ce calibre → risque de surchauffe et d'incendie
c) Parce que c'est plus coûteux
d) Parce que la tension serait trop élevée

Réponse : b) Le conducteur en aval est dimensionné pour le calibre d'origine. Un fusible de calibre supérieur laisse passer un courant qui surchauffe le conducteur sans jamais fondre. L'échauffement varie avec I² : doubler le courant quadruple la puissance dissipée dans le conducteur.

Q4 : Quelle est la différence entre un DCI (GFCI) et un DDA (AFCI) ?

a) Aucune, ce sont les mêmes dispositifs
b) Le DCI protège contre les chocs électriques (défaut à la terre), le DDA protège contre les incendies (défaut d'arc)
c) Le DCI protège contre les incendies, le DDA contre les chocs
d) Le DCI est pour l'industriel, le DDA pour le résidentiel

Réponse : b) Le DCI détecte une différence de courant entre phase et neutre (fuite à la terre) et protège les personnes contre l'électrocution. Le DDA détecte la signature haute fréquence d'un arc électrique et protège contre les incendies causés par les connexions desserrées ou les isolants endommagés.

Q5 : Quelle protection est requise pour un circuit de moteur ?

a) Conducteur à 100 % du FLA, disjoncteur à 100 % du FLA
b) Conducteur à 125 % du FLA, disjoncteur à 250 % max du FLA, relais de surcharge thermique à 115-125 %
c) Conducteur à 250 % du FLA, disjoncteur à 125 % du FLA
d) Aucun calibrage spécial

Réponse : b) Conducteur = 125 % du FLA (art. 28-106), disjoncteur = jusqu'à 250 % du FLA pour tolérer le courant de démarrage, relais de surcharge = 115-125 % du FLA selon le facteur de service.

Q6 : Que signifie « 125 % pour charge continue » ?

a) Le disjoncteur doit être à 125 % de la tension
b) Le conducteur et le disjoncteur doivent être dimensionnés à 125 % du courant nominal pour les charges fonctionnant 3 h et plus
c) Le conducteur doit être 125 % plus long
d) La puissance doit être réduite de 125 %

Réponse : b) L'art. 8-104 définit une charge continue comme fonctionnant 3 h ou plus. Pour éviter la surchauffe en régime permanent, on multiplie le courant nominal par 1,25 pour dimensionner le conducteur et le disjoncteur. Exemple : 18,75 A × 1,25 = 23,4 A → disjoncteur de 25 A.

Q7 : Quel type de défaut un DDA combiné détecte-t-il ?

a) Uniquement les arcs série
b) Les arcs série (le long d'un seul conducteur) et les arcs parallèles (entre conducteurs ou conducteur-terre)
c) Uniquement les fuites à la terre
d) Les surtensions

Réponse : b) Le DDA de type combiné détecte à la fois l'arc série (rupture partielle d'un conducteur) et l'arc parallèle (contact entre conducteurs de potentiels différents), en plus d'assurer la protection contre les surintensités.

Q8 : Dans quel délai maximal un DCI doit-il déclencher ?

a) 1 seconde
b) 1/40 de seconde (25 millisecondes)
c) 5 minutes
d) 100 millisecondes

Réponse : b) 25 ms (1/40 s). Ce délai est suffisamment court pour prévenir la fibrillation ventriculaire et sauver des vies.

Q9 : Où installe-t-on un DPS de type 1 ?

a) Au point d'utilisation (barre multiprise)
b) À l'entrée de service, typiquement dans le tableau de distribution principal
c) Uniquement sur les circuits d'éclairage
d) Au secondaire du transformateur uniquement

Réponse : b) Le DPS de type 1 s'installe à l'entrée de service, avant le sectionneur principal, et protège l'ensemble de l'installation. Le type 2 s'installe aux tableaux de distribution, le type 3 au point d'utilisation.

Q10 : Pourquoi la sélectivité (coordination) est-elle importante pour les systèmes de sécurité incendie ?

a) Pour réduire le coût de l'installation
b) Pour garantir qu'un défaut ne coupe que le circuit affecté tandis que les systèmes critiques (pompes à incendie, éclairage de secours, alarmes) restent opérationnels
c) Pour accélérer le déclenchement de tous les disjoncteurs simultanément
d) Pour éviter l'usage de fusibles

Réponse : b) La coordination sélective garantit que seul le dispositif le plus proche du défaut s'ouvre. Pour les circuits de sécurité (pompes à incendie, éclairage de secours, alarmes incendie), la sélectivité totale est exigée afin qu'un défaut localisé ne prive pas d'alimentation les équipements de sauvetage.

Références au Code

Art. 8-104 : Définition et règles pour les charges continues
Art. 14-010 : Protection des conducteurs contre les surintensités
Art. 14-100 : Dispositifs de protection
Art. 14-104 : Calibres normalisés
Art. 26-710 : Protection DCI (emplacements)
Art. 26-720 : Essai mensuel des DCI
Art. 26-724 : Protection DDA (emplacements)
Art. 28-106 : Protection des moteurs
Art. 28-200 : Disjoncteurs pour moteurs

Ready to test this chapter?

Practice with exam-aligned questions and timed simulations.

Commencer gratuitement