Moteurs électriques
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Moteurs électriques — Principes, installation et protection
Les moteurs imposent des contraintes particulières : courant de démarrage élevé, échauffement, protection contre les surcharges, commande sécuritaire et mise à la terre efficace. L’électricien doit interpréter la plaque signalétique, choisir les conducteurs et dispositifs de protection selon le Code canadien de l’électricité, puis vérifier la rotation, l’isolement et les protections avant la mise en service.
Introduction
Le moteur électrique convertit l'énergie électrique en énergie mécanique par l'interaction de champs magnétiques. Au Québec, les moteurs représentent environ 50 % de la consommation électrique industrielle : ils entraînent pompes, ventilateurs, convoyeurs, compresseurs et machines-outils. Pour l'électricien CMEQ, la Section 28 du Code de construction du Québec (Chapitre V — Électricité) encadre strictement leur câblage, leur protection contre les surcharges et les courts-circuits, ainsi que le sectionnement. Les calculs de moteurs (dimensionnement des conducteurs, réglage des relais, calibre des disjoncteurs) figurent parmi les sujets les plus fréquemment testés à l'examen CMEQ en raison de leur complexité et des conséquences graves d'une mauvaise installation : incendie, destruction du bobinage, arrêt de production.
Concepts fondamentaux
1.1 Principe de fonctionnement
Un moteur repose sur le principe de Lorentz : un conducteur parcouru par un courant et placé dans un champ magnétique subit une force mécanique qui le met en mouvement. Dans un moteur triphasé à induction, les trois enroulements du stator, décalés de 120° électriques, sont alimentés par trois tensions elles-mêmes déphasées de 120°. La superposition des trois champs alternatifs produit un champ magnétique tournant qui balaie l'entrefer à la vitesse synchrone. Ce champ tournant induit des courants dans les conducteurs du rotor (cage d'écureuil), et l'interaction entre ces courants induits et le champ statorique crée le couple qui entraîne le rotor.
Le rotor ne tourne jamais exactement à la vitesse synchrone : il « glisse ». Le glissement (s) est l'écart relatif entre la vitesse synchrone et la vitesse réelle du rotor, exprimé en pourcentage.
Formule du glissement :
s (%) = [(Ns − N) / Ns] × 100
où Ns = vitesse synchrone (tr/min) et N = vitesse réelle du rotor (tr/min).
Exemple : Moteur 4 pôles alimenté en 60 Hz dont la plaque signalétique indique 1 755 tr/min.
Ce glissement de 2 à 5 % à pleine charge est caractéristique des moteurs asynchrones à cage. Si le glissement augmente anormalement (par exemple 8 %), cela signale une surcharge mécanique ou une chute de tension d'alimentation.
Composants principaux :
1.2 Paramètres électriques essentiels
Courant à pleine charge (FLA — Full Load Amps) :
Courant absorbé par le moteur à sa charge nominale, sous tension et fréquence nominales. Il est inscrit sur la plaque signalétique et sert de base à tous les calculs de protection et de câblage de la Section 28.
Courant à rotor bloqué (LRA — Locked Rotor Amps) :
Au démarrage, le rotor est immobile (glissement = 100 %) : le moteur se comporte comme un transformateur à secondaire court-circuité et absorbe un courant très élevé, de 5 à 8 fois le FLA, pendant une courte durée. Ce courant détermine le calibre maximal des fusibles et disjoncteurs de protection contre les courts-circuits.
Facteur de puissance (cos φ) :
Rapport entre la puissance active (kW) et la puissance apparente (kVA). Pour un moteur asynchrone à pleine charge, cos φ se situe typiquement entre 0,80 et 0,90. À vide, le facteur de puissance chute (≈ 0,2) car le moteur absorbe surtout du courant magnétisant réactif.
Rendement (η) :
Rapport entre la puissance mécanique utile sur l'arbre et la puissance électrique absorbée. Les moteurs à haut rendement (Premium Efficiency, classe IE3) atteignent 90 à 96 %. Les pertes se répartissent en pertes Joule (I²R dans les enroulements), pertes fer (hystérésis et courants de Foucault dans le circuit magnétique) et pertes mécaniques (frottement, ventilation).
Formule du courant triphasé :
I = (HP × 746) / (V × √3 × cos φ × η)
où 746 W = 1 HP, V = tension entre phases, √3 ≈ 1,732.
Exemple : Moteur de 25 HP, 575 V, cos φ = 0,86, η = 0,91.
Ce résultat correspond au FLA typique d'un moteur 25 HP / 575 V. On retient 24 A pour dimensionner conducteurs et protections.
Formule de la vitesse synchrone :
Ns = 120 × f / P
où f = fréquence (Hz) et P = nombre de pôles.
Exemple : Moteur 6 pôles, 60 Hz.
Ns = 120 × 60 / 6 = 7 200 / 6 = 1 200 tr/min
Les vitesses synchrones normalisées à 60 Hz sont : 3 600 tr/min (2 pôles), 1 800 tr/min (4 pôles), 1 200 tr/min (6 pôles), 900 tr/min (8 pôles).
Relation puissance – couple – vitesse :
P (W) = C (N·m) × ω (rad/s), avec ω = 2π × N / 60.
Exemple : Moteur délivrant un couple de 80 N·m à 1 755 tr/min.
1.3 Couplage étoile et triangle
Les trois enroulements d'un moteur triphasé peuvent être raccordés de deux façons, illustrées dans le schéma ci-dessus.
Couplage étoile (Y) : les trois enroulements sont réunis en un point neutre commun (N). Chaque enroulement est soumis à la tension simple (tension entre phase et neutre), égale à la tension composée divisée par √3. Le courant de ligne est égal au courant de phase.
Couplage triangle (Δ) : les trois enroulements sont branchés en boucle fermée, chaque enroulement entre deux phases. Chaque enroulement est soumis à la tension composée (tension entre phases) complète. Le courant de ligne vaut √3 fois le courant de phase.
Exemple : Réseau triphasé 575 V entre phases. Moteur dont chaque enroulement est prévu pour 575 V.
Cette réduction de tension est précisément le principe du démarrage étoile-triangle (section 4.2) : on démarre en étoile pour limiter le courant, puis on commute en triangle pour la pleine tension.
Rapport des courants de démarrage : le courant absorbé étant proportionnel à la tension, et le couple proportionnel au carré de la tension :
Exemple : Moteur dont le courant de démarrage direct (triangle) est de 150 A et le couple de démarrage de 210 N·m.
Le courant est divisé par trois, mais le couple disponible l'est aussi : le démarrage étoile-triangle ne convient qu'aux charges démarrant à faible couple (pompes centrifuges, ventilateurs).
Section 2 — Types de moteurs
Cette section situe Types de moteurs dans le travail réel de l’électricien : sécurité des personnes, continuité de service, conformité au Code canadien de l’électricité et diagnostic fiable sur le terrain. Les points qui suivent précisent les critères techniques à vérifier avant l’installation, la mise sous tension ou la remise au client.
2.1 Moteur asynchrone à cage d'écureuil
Le type le plus répandu (≈ 85 % des moteurs industriels). Le rotor est constitué de barres d'aluminium ou de cuivre moulées dans un paquet de tôles et court-circuitées par deux anneaux d'extrémité — une construction en « cage d'écureuil ».
Avantages :
Inconvénients :
2.2 Moteur asynchrone à rotor bobiné (à bagues)
Le rotor porte un véritable enroulement triphasé dont les trois sorties sont reliées à trois bagues collectrices sur l'arbre. Des résistances externes insérées dans le circuit rotorique permettent de contrôler le couple et le courant de démarrage.
Avantages :
Inconvénients :
Applications : ponts roulants, treuils, convoyeurs à forte inertie, broyeurs — partout où il faut un fort couple de démarrage sous courant limité.
2.3 Moteur synchrone
Caractéristique : le rotor tourne exactement à la vitesse synchrone (N = 120 × f / P), sans glissement. Le rotor est excité par un courant continu (excitatrice) ou par des aimants permanents, et se « verrouille » sur le champ tournant statorique.
Avantages :
Inconvénient : il n'est pas auto-démarrant ; il faut un enroulement d'amortissement (cage de démarrage) ou un variateur pour l'amener à la synchronisme.
Applications : gros compresseurs, pompes, machines de plus de 1 000 HP, correction du facteur de puissance d'usine.
2.4 Moteur à courant continu (CC)
Types selon le bobinage d'excitation :
Avantages :
Inconvénients :
En pratique moderne, les moteurs CC sans balais (BLDC), à commutation électronique, remplacent largement les moteurs CC à balais dans les servomécanismes et la traction.
2.5 Moteur universel
Fonctionne aussi bien en courant continu qu'en courant alternatif monophasé : son inducteur et son induit sont bobinés et connectés en série, de sorte que le sens du couple reste le même quelle que soit la polarité de la tension. Utilisé dans les outils électroportatifs (perceuse, scie circulaire, meuleuse) où l'on recherche une vitesse élevée (jusqu'à 20 000 tr/min) et un fort couple massique sous alimentation secteur monophasée.
2.6 Moteurs monophasés
Là où le triphasé n'est pas disponible (résidentiel, petit commercial), on utilise des moteurs monophasés. Un enroulement monophasé seul ne peut pas produire de champ tournant : il faut un dispositif de démarrage auxiliaire.
Section 3 — Protection des moteurs (art. 28)
La protection des moteurs combine généralement une protection contre les courts-circuits, une protection contre les surcharges et des dispositifs de commande adaptés au service. L’article 28 du Code encadre ce dimensionnement afin que le moteur puisse démarrer sans déclenchements intempestifs tout en restant protégé contre l’échauffement dangereux.
3.1 Protection contre les surcharges (art. 28-300)
La surcharge est la première cause de défaillance des moteurs. Elle survient lorsque :
Contrairement à la protection contre les courts-circuits, qui réagit à des courants très forts, la protection contre les surcharges réagit à des courants modérément supérieurs au FLA mais soutenus assez longtemps pour échauffer le bobinage au-delà de la limite de sa classe d'isolation.
Dispositifs de protection :
Relais thermique à bilame :
Exemple de réglage : Moteur FLA = 24 A, facteur de service 1,15.
Sonde PTC (CTP — coefficient de température positif) :
Relais électronique de surcharge :
3.2 Protection contre les courts-circuits (art. 28-200)
Conducteurs :
Disjoncteur :
Fusibles :
Exemple complet : Moteur triphasé 20 HP, 575 V, FLA = 22 A.
3.3 Protection contre la perte de phase
Un moteur triphasé qui perd une phase continue de tourner (fonctionnement en monophasé), mais le courant dans les deux phases restantes peut atteindre 200 à 300 % du FLA → échauffement rapide et destruction du bobinage en quelques minutes. Le couple chute d'environ 40 % et le moteur vibre.
Protection :
3.4 Protection contre les surtensions
Section 4 — Méthodes de démarrage des moteurs
Le choix de la méthode de démarrage influence l’appel de courant, la chute de tension, l’usure mécanique et la coordination avec les protections. Selon la puissance du moteur et le procédé alimenté, l’électricien peut devoir comparer démarrage direct, étoile-triangle, démarreur progressif ou variateur de fréquence.
4.1 Démarrage direct (DOL — Direct-On-Line)
La méthode la plus simple : un contacteur + un relais thermique. Le moteur reçoit la pleine tension dès la fermeture du contacteur.
4.2 Démarrage étoile-triangle
Pour moteurs de 10 à 50 HP. C'est l'application directe du couplage étudié à la section 1.3.
Exemple : Moteur 30 HP, 575 V, FLA = 32 A, courant de démarrage direct = 6,5 × FLA = 208 A.
4.3 Démarrage par autotransformateur
Pour gros moteurs (50 à 500 HP).
Exemple : Moteur avec courant de démarrage direct de 300 A, démarré à la prise 65 %.
4.4 Démarreur progressif (soft starter)
Électronique, à thyristors (SCR) ou triacs : la tension est augmentée progressivement selon une rampe réglable.
4.5 Variateur de fréquence (VFD)
Contrôle la vitesse en faisant varier la fréquence d'alimentation, tout en ajustant la tension pour maintenir le rapport V/f constant (couple constant).
Exemple d'économie : Ventilateur dont la puissance est de 22 kW à 1 800 tr/min. Réduit à 1 350 tr/min (75 % de la vitesse).
Exemple de réglage de vitesse : Moteur 4 pôles, 60 Hz → Ns = 1 800 tr/min. Alimenté par un VFD à 45 Hz.
Contraintes d'installation du VFD : le hachage PWM génère des harmoniques et des fronts de tension raides (dV/dt élevé) qui stressent l'isolation du moteur. Il faut : câble blindé entre variateur et moteur, mise à la terre soignée, et parfois une self de sortie ou un filtre sinus pour protéger l'isolation et réduire les courants de roulement.
Section 5 — Câblage et installation
Cette section situe Câblage et installation dans le travail réel de l’électricien : sécurité des personnes, continuité de service, conformité au Code canadien de l’électricité et diagnostic fiable sur le terrain. Les points qui suivent précisent les critères techniques à vérifier avant l’installation, la mise sous tension ou la remise au client.
5.1 Plaque signalétique
Toutes les informations nécessaires au dimensionnement des protections s'y trouvent :
5.2 Conducteurs d'alimentation
Règle des 125 % (art. 28-106) :
Exemple (moteur unique) : Moteur 20 HP, 3 phases, 575 V, FLA = 22 A.
Exemple (alimentation de plusieurs moteurs) : Trois moteurs sur un même feeder : 25 A, 18 A et 12 A (FLA). Le plus gros = 25 A.
Chute de tension : le Code recommande de ne pas dépasser 3 % aux bornes du moteur au démarrage et 5 % en marche. Une chute de tension excessive au démarrage empêche le moteur d'atteindre sa pleine vitesse et peut provoquer le broutage des relais ; en marche, une tension réduite augmente le courant pour une même charge mécanique, donc l'échauffement.
Exemple de chute de tension : Moteur FLA = 22 A, alimentation 575 V, longueur de câble 80 m, conducteur 10 AWG cuivre (résistance ≈ 3,28 Ω/km à 75 °C, réactance négligeable pour l'estimation).
5.3 Sectionneur
Un sectionneur doit être installé à vue du moteur (art. 28-600) :
Exemple : Moteur FLA = 22 A.
5.4 Mise à la terre
Section 6 — Entretien et diagnostic
Cette section situe Entretien et diagnostic dans le travail réel de l’électricien : sécurité des personnes, continuité de service, conformité au Code canadien de l’électricité et diagnostic fiable sur le terrain. Les points qui suivent précisent les critères techniques à vérifier avant l’installation, la mise sous tension ou la remise au client.
6.1 Mesures préventives
Exemple : Moteur 575 V (0,575 kV).
6.2 Défauts courants
Section 7 — Codes et normes
Questions d'examen typiques
Q1. Quel pourcentage du FLA utilise-t-on pour dimensionner le conducteur d'alimentation d'un moteur ?
Réponse : c) 125 % (art. 28-106). Le facteur de 125 % tient compte du caractère continu de la charge moteur et fournit une marge pour le courant de démarrage et l'échauffement harmonique.
Q2. Quel est le courant de démarrage typique d'un moteur asynchrone en démarrage direct ?
Réponse : b) 5 à 8 fois le FLA. À rotor bloqué (glissement = 100 %), le moteur se comporte comme un transformateur à secondaire court-circuité.
Q3. Quel appareil fait varier la vitesse d'un moteur à courant alternatif ?
Réponse : c) Le variateur de fréquence (VFD). Il agit sur la fréquence d'alimentation : N = 120 × f / P.
Q4. Quelle protection est requise pour un moteur fonctionnant sur deux phases ?
Réponse : b) Le relais de perte de phase (moniteur de phase) détecte l'absence d'une phase et déclenche avant la destruction du bobinage (courant de 200 à 300 % du FLA sur les phases restantes).
Q5. Quel est le calibre maximal d'un disjoncteur à temps inverse protégeant un moteur ?
Réponse : c) 250 % du FLA (art. 28-200). La valeur peut être augmentée (jusqu'à 400 %) si le courant de démarrage l'exige.
Q6. Quelle est la distance maximale entre le sectionneur et le moteur ?
Réponse : b) 9 m (30 pi), avec ligne de vue dégagée (art. 28-600). Au-delà, le sectionneur doit être verrouillable en position ouverte.
Q7. Un moteur 25 HP, 575 V, triphasé, FLA = 24 A. Quelle est l'ampacité minimale du conducteur ?
Réponse : c) 30 A. Calcul : 24 × 1,25 = 30 A. On choisit un conducteur de 10 AWG cuivre à 75 °C (ampacité 35 A), qui couvre les 30 A requis.
Q8. En couplage étoile sur un réseau 575 V, quelle tension reçoit chaque enroulement ?
Réponse : c) 332 V. Calcul : 575 / √3 = 575 / 1,732 = 332 V (58 % de la tension de ligne). C'est le principe du démarrage étoile-triangle.
Q9. Quel est le réglage maximal d'un relais de surcharge pour un moteur de facteur de service 1,15 ?
Réponse : c) 125 % du FLA (art. 28-306). Pour un moteur de facteur de service inférieur, on règle plus bas (≈ 105–115 %).
Q10. Un ventilateur de 22 kW tourne à 1 800 tr/min. Réduit à 1 350 tr/min par un VFD, quelle puissance absorbe-t-il environ ?
Réponse : c) 9,3 kW. La puissance d'une charge centrifuge varie comme le cube de la vitesse : P = 22 × (1 350/1 800)³ = 22 × 0,75³ = 22 × 0,4219 = 9,3 kW.
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