Chapter VII

Plans et devis

Metierium study guide with diagrams.

Chapitre 7 — Plans, Devis et Spécifications Techniques

Plans, devis et spécifications — lecture, symboles, devis (animation) Plans, devis et spécifications Lecture d'un plan de maçonnerie 12 000 mm A Échelle · cotes · hachures · symboles Documents du devis Plans d'architecture — vue en plan, coupes Plans de structure — charges, armature Cahier des charges — matériaux, normes Détails — joints, linteaux, appuis, ancrages Symboles courants Hachures — type de matériau Cotes — dimensions (mm) Repères — niveau, axe, section Notes — spécifications particulières Vérification avant pose • Dimensions vs réalité du chantier • Type de mortier spécifié (M/S/N) • Emplacement des joints de contrôle • Ancrages et attaches (espacement) • Tolérances admissibles (CSA A371) • Toute ambiguïté → RFI à l'ingénieur Ne jamais improviser sur un détail structural Le devis a préséance sur le plan en cas de conflit · toujours valider avec l'ingénieur

7.1 Introduction

Processus d'estimation des quantités en maçonnerie — du plan au chantier Plans et devis Architecture + Structure Relevé des quantités (métré) Calepinage Layout des briques Calcul briques N = Surface / 0,052 m² Calcul mortier Volume des joints (m³) Accessoires Linteaux, attaches, etc. Bon de commande + planification Quantités + 5-10% pertes → Livraison planifiée Exemple : Mur de 10 m² en briques modulaires Briques : 10 m² ÷ 0,052 = 192 unités + 10% = 212 briques Mortar : 10 m² × 0,024 m³/m² = 0,24 m³ (type N ou S)

Le briqueteur-maçon ne travaille pas uniquement avec ses mains — il doit savoir lire et interpréter les plans et devis, estimer les quantités de matériaux, planifier l'ordonnancement des travaux, rédiger des rapports, et documenter les modifications en cours de chantier. Ces compétences sont essentielles pour la bonne exécution des travaux, le contrôle des coûts, la conformité aux normes et une communication efficace avec l'ensemble des intervenants : architectes, ingénieurs, entrepreneurs généraux, inspecteurs municipaux, propriétaires et fournisseurs. Ce chapitre présente les bases de la lecture de plans, la structure des devis et spécifications, les techniques d'estimation des quantités, et les bonnes pratiques de documentation de chantier.

7.2 Lecture des Plans de Maçonnerie

La lecture des plans de maçonnerie permet de convertir les vues, coupes, élévations et détails en séquences de pose concrètes. Le briqueteur-maçon y repère dimensions, axes, niveaux, ouvertures, appareillages, ancrages, solins et notes du CNB ou du devis afin d’éviter les reprises et les conflits avec les autres corps de métier.

7.2.1 Types de Plans Consultés par le Briqueteur

Plans d'ensemble (site plans) : à l'échelle 1:200 ou 1:100, ils montrent l'implantation du bâtiment sur le terrain, les accès pour les livraisons, les aires de stockage des matériaux, la localisation des grues et des échafaudages.

Plans d'architecture (floor plans) : vues en plan de chaque étage (échelle 1:100 ou 1:50). Le briqueteur y trouve la disposition des murs, les épaisseurs, les ouvertures (fenêtres, portes), les poteaux, les joints de dilatation, les réservations, et les cotes principales.

Élévations : vues de chaque façade (échelle 1:100 ou 1:50). Elles indiquent la hauteur des assises, les corniches, les bandeaux décoratifs, les joints de contrôle, les appuis de fenêtre, les linteaux, l'appareil (opus), les couleurs et textures des matériaux.

Coupes (sections) : vues en coupe verticale du bâtiment (échelle 1:50 ou 1:20). Elles montrent la constitution détaillée des murs : fondation, cavité, parement, isolation, pare-air/pare-vapeur, solins, cornières, appuis, linteaux, coupe-feu, couronnements.

Détails : agrandissements à grande échelle (1:10, 1:5, 1:2, 1:1) des points critiques : jonction mur-toit, appui de fenêtre, base de mur, angle, parapet, corniche, linteau.

Plans de coffrage : pour la maçonnerie armée — disposition des blocs de coffrage, des armatures horizontales et verticales, des bond beams, des réservations.

Plans de calepinage (brick layout drawings) : développés par le briqueteur ou le fabricant, ils montrent la disposition exacte des briques sur l'élévation en fonction des dimensions des ouvertures et des modules.

7.2.2 Échelles et Conventions Graphiques

Échelles types :

Plans d'ensemble : 1:200 ou 1:100 (1 mm sur le plan = 200 mm ou 100 mm sur le terrain)
Plans d'architecture et élévations : 1:100 ou 1:50
Coupes : 1:50 ou 1:20
Détails : 1:10, 1:5, 1:2, ou 1:1 (grandeur nature)

Conventions de dessin en maçonnerie :

Hachures de brique : croisées fines (en diagonale, espacées de 5–8 mm)
Hachures de bloc de béton : pointillés réguliers
Hachures de pierre : croisées irrégulières ou dessin stylisé des joints
Cotation (dimensionnement) : en millimètres sur les plans de maçonnerie
Niveaux (altitudes) : en mètres, avec référence absolue (0,000 m au niveau du plancher fini du rez-de-chaussée)
Symboles normalisés : joint de dilatation (ligne brisée avec flèches), armature (cercle indiquant le diamètre + espacement), réservation (rectangle hachuré avec cote)

7.2.3 Identification des Matériaux sur les Plans

Les matériaux sont identifiés par des codes ou étiquettes renvoyant aux spécifications du devis :

BRI : brique d'argile (brick) — suivi du type, grade, couleur
BLOC : bloc de béton (CMU) — suivi du type, résistance, dimensions
PIE : pierre naturelle — suivi du type, finition, provenance
AAC : béton cellulaire autoclavé
ISO : isolant — type, épaisseur, valeur R
MEM : membrane pare-air ou pare-vapeur
AR : armature — diamètre et espacement (ex: 15M@400)
ANC : ancrage — type, matériau, espacement
SOL : solin — type, matériau, dimensions
CG : chasse-goutte (weep) — type, espacement

Exemple sur un plan : « BRI-01 — Brique d'argile Grade SW, rouge texturé, 57×90×194 mm » renvoie à la fiche technique du devis section 04 21 00.

7.2.4 Calepinage (Brick Layout Planning)

Le calepinage est l'étape où le briqueteur ou le dessinateur détermine la disposition exacte des briques sur l'élévation. Objectifs :

44.Éviter les coupes multiples : adapter l'appareil pour que les ouvertures (fenêtres, portes) tombent sur des joints verticaux plutôt qu'en plein milieu d'une brique
45.Assurer un appareil équilibré : pas de demi-briques ou de quarts de briques mal positionnés, symétrie autour des ouvertures
46.Respecter les modules : la hauteur totale du mur doit être un multiple de (hauteur de brique + joint) — une différence de 2 mm par assise cumulée sur 50 assises donne 100 mm d'écart au sommet

Méthode :

48.Tracer l'élévation à l'échelle
49.Positionner les ouvertures (fenêtres, portes)
50.Tracer les assises de briques (chaque assise = hauteur brique + joint vertical)
51.Ajuster les dimensions des ouvertures ou l'épaisseur des joints (dans la limite des tolérances) pour que les coupures soient minimes
52.Marquer les briques spéciales (briques d'angle, briques de coin, briques de liaison)

7.3 Devis et Spécifications Techniques

Le devis complète les plans en précisant les matériaux, normes, essais, méthodes de pose, échantillons et tolérances acceptables. Pour la maçonnerie, il lie les unités, mortiers, coulis, ancrages, membranes, solins et exigences CSA A371 à des critères de conformité que l’équipe doit appliquer et documenter sur le chantier.

7.3.1 Structure du Devis (CCTP)

Le devis (ou cahier des clauses techniques particulières — CCTP) suit généralement le format MasterFormat (Division 04 — Maçonnerie) ou le format CCDC (Canadian Construction Documents Committee).

Sections MasterFormat pertinentes pour la maçonnerie :

04 05 00 — Généralités : normes de référence (CSA A371, ASTM), exigences de certification, échantillons (briques, blocs, mortier), tests en laboratoire, inspections, garanties
04 05 10 — Mortier et coulis : types de mortier (M, S, N, O, K), proportions, type de ciment, granulométrie du sable (ASTM C144), coulis (grout) — type (fine/coarse), affaissement, résistance, additifs
04 05 19 — Armatures pour maçonnerie : grade de l'acier (400W), revêtement (galvanisé, inoxydable), diamètres (10M, 15M, 20M), espacement, recouvrement, couvre-joints (joint reinforcement — ladder, truss)
04 05 23 — Accessoires de maçonnerie : ancrages (type, matériau, espacement), chasse-goutte (type, matériau, espacement), solins (matériau, épaisseur, disposition), coupe-feu (matériau, emplacement), joints de dilatation (profil, mastic)
04 20 00 — Maçonnerie d'unités : types d'unités (brique argile, bloc béton, béton cellulaire), classes, formats, couleurs, textures
04 21 00 — Briques d'argile : norme ASTM C216 Grade SW, dimensions, couleur approuvée par échantillon, résistance compression ≥ 20 MPa, absorption ≤ 17 %, essai gel-dégel 50 cycles ASTM C67
04 22 00 — Blocs de béton : norme ASTM C90 ou CSA A165.1, résistance 15 MPa, absorption, type de granulats (lourds/légers), dimensions, couleur
04 05 50 — Exécution : tolérances, préparation des supports, température ambiante pour la pose (≥ 5 °C), méthodes de pose, joints, nettoyage final, protection des ouvrages
04 05 53 — Maçonnerie de pierre : types de pierre, provenance, finition, épaisseur, ancrages, mortier

7.3.2 Interprétation d'une Spécification Type

Exemple d'une spécification de brique de parement extrait d'un devis :

Section 04 21 13 — Briques de Parement en Argile

PARTIE 1 — GÉNÉRALITÉS

1.1 Normes de référence : ASTM C216 Grade SW, CSA A82.1

1.2 Échantillons : 6 briques pleine grandeur, montées sur panneau 600×600 mm, approuvées par l'architecte

PARTIE 2 — PRODUITS

2.1 Fabricant : [Nom du fabricant]

2.2 Modèle : [Nom du modèle]

2.3 Dimensions : 57 × 90 × 194 mm (hauteur × largeur × longueur)

2.4 Couleur : Rouge texturé (référence fabricant X)

2.5 Résistance à la compression : ≥ 20 MPa (moyenne de 5 échantillons)

2.6 Absorption d'eau : ≤ 17 % (ASTM C67)

2.7 Résistance au gel : 50 cycles (ASTM C67, aucune dégradation visible)

PARTIE 3 — EXÉCUTION

3.1 Mortier : Type S (CSA A179), proportions 1:0,5:4,5 (ciment:chaux:sable)

3.2 Joints : 10 mm d'épaisseur, finition au fer creuse

3.3 Tolérances : verticalité ±6 mm sur 3 m, alignement ±3 mm sur 3 m

3.4 Protection : bâchage du mur en fin de journée pendant la première semaine

3.5 Nettoyage : eau et brosse en nylon doux, pas d'acide

7.4 Estimation des Quantités

L’estimation des quantités sert à prévoir unités, mortier, coulis, accessoires, pertes et main-d’œuvre avant la mobilisation. Une estimation fiable tient compte du module, des ouvertures, des coupes, de l’appareillage, des joints, des murs creux et des pierres spéciales afin de réduire les ruptures d’approvisionnement et les surplus coûteux.

7.4.1 Calcul du Nombre de Briques par Mètre Carré

Formule de base :

Briques/m² = 1 / [(L_brique + j_h) × (H_brique + j_v)]

Où :

L_brique = longueur de la brique (m)
H_brique = hauteur de la brique (m)
j_h = épaisseur du joint horizontal (m)
j_v = épaisseur du joint vertical (m)

Exemple — brique standard 194 × 57 × 90 mm, joints de 10 mm :

Briques/m² = 1 / [(0,194 + 0,010) × (0,057 + 0,010)]

= 1 / (0,204 × 0,067)

= 1 / 0,01367

≈ 73 briques/m²

Facteur de perte :

Ajouter 5 à 10 % pour les bris, les coupes et les briques d'ajustement
Pour des façades complexes (nombreuses ouvertures, angles, bandeaux décoratifs) : 10 à 15 %
Pour des ouvrages simples (murs droits sans ouvertures) : 5 %

Estimation totale :

Surface de mur : 200 m²

Briques nécessaires : 200 × 73 × 1,08 (8 % de perte) = 15 768 → 16 000 briques

7.4.2 Calcul du Nombre de Blocs par Mètre Carré

Bloc standard 200 × 200 × 400 mm, joints de 10 mm :

Blocs/m² = 1 / [(0,400 + 0,010) × (0,200 + 0,010)]

= 1 / (0,410 × 0,210)

= 1 / 0,0861

≈ 11,6 blocs/m² soit 12 blocs/m² arrondi

Facteur de perte : 3 à 5 % pour les blocs (moins de bris que les briques)

7.4.3 Calcul du Volume de Mortier

Mortier pour briques :

Mur de brique d'épaisseur 90 mm : 0,020 à 0,025 m³ de mortier par m² de mur
Mur de brique d'épaisseur 190 mm : 0,035 à 0,045 m³/m²

Mortier pour blocs :

Mur de bloc d'épaisseur 200 mm : 0,010 à 0,015 m³/m²
Mur de bloc d'épaisseur 300 mm : 0,018 à 0,025 m³/m²

Conversion en matériaux :

Un sac de ciment Portland de 40 kg produit environ 0,030 m³ de mortier type S (proportions 1:0,5:4,5).

Pour 100 m² de mur de brique (épaisseur 90 mm) :

Volume de mortier : 100 × 0,022 = 2,2 m³
Ciment : (2,2 / 0,030) × 40 kg = 2 933 kg → 74 sacs de 40 kg
Chaux hydratée : 0,5 × 2 933 / 1 = 1 467 kg
Sable : 4,5 × 2 933 / 1 = 13 198 kg → environ 8,5 m³ de sable (densité 1 550 kg/m³)

7.4.4 Calcul du Volume de Coulis

Pour la maçonnerie armée (bond beams, alvéoles remplies) :

Volume par bloc creux standard (200 × 200 × 400 mm) :

Pourcentage de cavité : 50 à 60 %
Volume de coulis par bloc pour remplissage complet : 0,005 à 0,010 m³

Estimation pour un mur armé :

Alvéoles remplies à chaque 400 mm verticalement (tous les 2 blocs)
Volume total = nombre d'alvéoles × volume unitaire × hauteur du mur / espacement
Ajouter 5 % pour les bond beams horizontaux

7.4.5 Calcul des Accessoires

Ancrages (wall ties) :

Espacement standard : 400 × 400 mm = 0,16 m² par ancrage
Densité : 6,25 ancrages par m²
Près des ouvertures (300 mm du bord) : espacement 300 mm → densité plus élevée
Pour un mur de 200 m² avec 30 m² d'ouvertures : (200 − 30) × 6,25 = 1 062 ancrages
Ajouter 5 % pour les angles et les bords

Chasse-goutte (weeps) :

Espacement : 600 mm (0,6 m)
Densité : 1,67 par mètre linéaire de mur
Nombre = (longueur totale du mur en mètres) × 1,67

Solin (flashing) :

Déterminé par la longueur cumulée de tous les points de solin
Solin de base : périmètre du bâtiment
Solin de cornières : périmètre × nombre d'étages
Solin d'appuis de fenêtre : largeur de chaque fenêtre × nombre de fenêtres
Solin de linteaux : largeur de chaque ouverture × nombre d'ouvertures
Solin de couronnement : périmètre du bâtiment au toit

Coupe-feu (fire stops) :

Linéaire de coupe-feu par étage = périmètre du bâtiment + périmètre de chaque ouverture
Densité de laine minérale : 60–80 kg/m³, épaisseur égale à la largeur de la cavité

7.5 Planification et Ordonnancement

La planification organise la maçonnerie dans la logique du chantier: accès, échafaudages, livraisons, météo, cure du mortier, coordination des ouvertures, pose des solins et inspections. Un bon ordonnancement protège la sécurité, maintient la productivité et évite de fermer un mur avant que les composants cachés aient été vérifiés.

7.5.1 Séquence Typique des Travaux de Maçonnerie

163.J–7 : Réception et entreposage des matériaux. Vérification des certificats de conformité. Stockage des briques/blocs sur palettes dans une zone plane et drainée. Couverture par bâche perméable à l'air.
164.J–3 : Installation des échafaudages par une entreprise spécialisée. Inspection des échafaudages (ancrage au bâtiment, garde-corps, planchers complets). Installation du monte-charge ou de la grue.
165.J–1 : Implantation et traçage au sol des axes principaux, des piédroits et des ouvertures. Vérification par le géomètre ou le contremaître.
166.J0 : Pose de la première assise sur solin de base, dans le mortier frais. Commencer par les angles (5–6 assises d'avance) — la technique des angles guides.
167.J1–J5 : Montée des murs par sections. Angles montés en premier (5–6 assises d'avance), puis remplissage du mur entre les angles. Installation des ancrages à chaque assise. Vérifications quotidiennes : verticalité, alignement, niveau.
168.J6–J10 : Installation des linteaux et solins aux ouvertures. Pose des piédroits autour des ouvertures. Mise en place des appuis de fenêtre.
169.J11–J15 : Pose des cornières d'appui à chaque niveau (tous les 3–4 m). Installation des chasse-goutte. Pose de l'isolant dans la cavité (coordination avec l'isolation).
170.J16–J20 : Mise en place des membranes pare-air/pare-vapeur continues autour des ouvertures. Pose des coupe-feu à chaque plancher.
171.J21–J25 : Couronnements, parapets, chaperons en sommet de mur. Solins de couronnement.
172.J26–J28 : Nettoyage final de la maçonnerie (eau et brosse douce, pas d'acide). Retrait des protections. Inspection finale.

7.5.2 Phasage et Coordination avec les Autres Corps d'État

La maçonnerie ne travaille pas en isolation. Les interfaces critiques à coordonner :

Structure : ancrages d'attente dans le béton ou l'acier (vérifier leur position avant coulage), réservations pour les poutres et colonnes
Fenestration : cadre de fenêtre posé avant ou après la maçonnerie selon le détail — dans les murs creux, le cadre est généralement posé après le parement, avec un joint de glissement
Toiture : solins de transition toiture-mur, coupe-feu au niveau du toit
Isolation et étanchéité : la membrane pare-air/pare-vapeur doit être posée avant la fermeture de la cavité
Électricité et plomberie : réservations et conduits intégrés dans la maçonnerie avant la pose (ne jamais percer la maçonnerie après coup)

7.5.3 Productivité et Main-d'Œuvre

Rendements indicatifs pour un briqueteur expérimenté (conditions normales, mur droit) :

Brique standard (parement) : 300–500 briques/jour/personne
Bloc de béton standard : 80–120 blocs/jour/personne
Pierre de taille : 20–40 pierres/jour/personne

Facteurs influençant la productivité : hauteur (rendement réduit au-dessus de 3 m), complexité des détails (nombre d'ouvertures, angles, bandeaux), température (le mortier prend plus lentement sous 10 °C), accès et manutention.

7.6 Documentation de Chantier

La documentation de chantier constitue la preuve que les travaux de maçonnerie ont été réalisés selon les plans, devis, normes et directives de sécurité. Rapports, photos, fiches techniques, dessins d’atelier, avis de changement et inspections permettent de retracer les décisions, de corriger rapidement les écarts et de soutenir la réception des travaux.

7.6.1 Journal de Chantier

Le journal de chantier est un document légal qui fait foi en cas de litige. Il doit contenir :

En-tête quotidien : date, numéro du jour, conditions météo (température — min/max, précipitations — type et quantité, vent — force et direction)
Main-d'œuvre : nombre de briqueteurs, nombre de manœuvres, heures travaillées, présences/absences
Travaux exécutés : localisation précise (zone, étage, axe), quantités posées (m², nombre d'unités), nature des travaux
Matériaux : nature et quantité des matériaux livrés, numéros de lots, certificats de conformité reçus
Équipements : échafaudages montés/démontés, machines utilisées
Problèmes et solutions : intempéries, bris d'équipement, défauts de matériaux, erreurs de plan
Directives reçues : instructions du contremaître, de l'architecte, de l'ingénieur
Incidents : accidents, premiers soins, quasi-accidents (déclaration obligatoire)

7.6.2 Relevés de Quantités pour Facturation

Les relevés mensuels de quantités servent de base à la facturation des travaux exécutés :

Surface de maçonnerie posée (m²) — par type et par localisation
Nombre de briques/blocs (pièces)
Volume de mortier utilisé (m³)
Linéaire de solin installé (m)
Nombre d'ancrages et d'accessoires
Heures de main-d'œuvre

7.6.3 Gestion des Modifications (Change Orders)

Tout écart par rapport aux plans et devis doit être documenté par un avenant (change order) :

208.Identification de l'écart : relevé sur place, photographies, référence aux plans
209.Description de la modification : nature, cause (demande de l'architecte, condition imprévue, erreur de plan)
210.Impact : coût supplémentaire, délai, matériaux supplémentaires
211.Signature : le changement doit être approuvé par l'architecte, l'ingénieur et l'entrepreneur général avant exécution

RFI (Request for Information) :

Lorsqu'un document de construction est ambigu ou incomplet, le briqueteur émet une RFI à l'architecte et/ou à l'ingénieur. La RFI doit être :

Numérotée (séquence chronologique)
Datée
Accompagnée d'une référence précise au plan/devis concerné
Formulée clairement (question précise)
Suivie d'une réponse écrite conservée dans le dossier de chantier

Délai de réponse typique : 5 jours ouvrables (10 jours pour une question complexe). Ne pas commencer les travaux concernés sans réponse.

7.6.4 Certificats de Conformité et Documents de Qualité

Le dossier de chantier doit contenir :

Certificats des matériaux (mill certificates) : briques, blocs, ciment, chaux, armature
Rapports d'essais : résistance à la compression du mortier (essais sur cubes 50 mm), adhérence, absorption des briques
Photographies : photos des détails cachés (cavité, ancrages, solins) avant fermeture — géoréférencées si possible
Déclaration de conformité : attestation que les travaux respectent la CSA A371 et les plans approuvés
Registre des essais de compression pour les prismes de maçonnerie (essais requis par le CNB pour les bâtiments de plus de 3 étages)

7.7 Références Normatives

CSA A371 : Masonry Construction for Buildings — code de pratique principal pour la construction en maçonnerie au Canada
CNB 2020 : Code National du Bâtiment du Canada — Division B, Parties 4 (Structural Design), 5 (Environmental Separation), 9 (Housing and Small Buildings)
MasterFormat : système de classification des sections de devis (Division 04 — Masonry)
CCDC 2 : Stipulated Price Contract (contrat à prix forfaitaire standard)
CCDC 3 : Cost Plus Contract (contrat à prix coûtant majoré)
ASTM C144 : Standard Specification for Aggregate for Masonry Mortar

7.8 Compétences Numériques et Nouvelles Technologies

Le métier évolue avec les outils numériques. Le briqueteur-maçon moderne doit maîtriser :

Tablette de chantier : consultation des plans numériques (PDF, DWG), annotation directe, prise de photos
BIM (Building Information Modeling) : visualisation 3D des détails de maçonnerie, détection de conflits avec les autres corps d'état, extraction automatique des quantités
Logiciels d'estimation : estimation informatisée des matériaux et de la main-d'œuvre
Drone de chantier : inspection des façades en hauteur, suivi photographique de l'avancement
Scanner 3D : relevé de l'existant pour la rénovation et la restauration patrimoniale

7.9 Résumé

Les compétences en lecture de plans, interprétation de devis, estimation de quantités et documentation de chantier sont indissociables du métier moderne de briqueteur-maçon. Elles permettent de planifier efficacement les travaux, de contrôler les coûts (matériaux, main-d'œuvre), d'assurer la conformité aux normes (CSA A371, CNB), de communiquer avec tous les intervenants et de documenter le chantier en vue des garanties et de la gestion des modifications. La maîtrise de ces compétences administratives et techniques distingue un briqueteur professionnel d'un simple exécutant. Le chapitre suivant aborde la santé et la sécurité au travail.

7.3 Lecture et interprétation des plans de maçonnerie

Les plans de maçonnerie font partie intégrante des documents d'appel d'offres pour tout projet de construction au Québec. Ils comprennent les plans d'ensemble (échelle 1:100 ou 1:200), les plans de détail (échelle 1:10 ou 1:20), les élévations, les coupes et les plans de calepinage (disposition précise des unités).

Le calepinage est l'art de disposer les unités de maçonnerie de manière à minimiser les coupes et à optimiser l'apparence. Il est réalisé à l'échelle 1:50 ou 1:20 et indique la position exacte de chaque brique ou bloc, les ouvertures, les joints de dilatation, les solins, les attaches, l'armature et les linteaux.

La norme CSA A371 exige que les plans de maçonnerie soient préparés ou approuvés par un ingénieur qualifié. Ils doivent inclure les notes techniques spécifiant les types de mortier, les résistances des unités, les armatures, les attaches et les détails d'étanchéité.

7.4 Métré et estimation des quantités

Le métré des travaux de maçonnerie consiste à calculer les quantités de matériaux nécessaires : nombre d'unités (briques, blocs, pierres), volume de mortier, quantité d'armature et d'attaches. Pour un mur de briques standard, la consommation moyenne est de 50 briques par mètre carré de mur (hors ouverture).

Pour les blocs de béton de 200 mm, la consommation est de 12,5 blocs par mètre carré. Le volume de mortier nécessaire est d'environ 0,02 m³ par m² de mur en blocs et 0,025 m³ par m² de mur en briques.

Le calcul des quantités tient compte des pertes (gaspillage, coupes, bris). Le taux de perte standard est de 5 % pour les briques, 3 % pour les blocs de béton et 10 % pour la pierre naturelle. Le mortier est estimé avec un coefficient de 1,2 pour tenir compte de la surconsommation due aux irrégularités.

7.5 Rédaction des devis descriptifs

Le devis descriptif (cahier des charges) complète les plans en précisant les spécifications techniques, les normes applicables et les conditions d'exécution. Il est structuré selon la classification uniformisée des ouvrages de construction.

Pour la maçonnerie, le devis couvre les sections suivantes : 041000 (Mortier et coulis), 042000 (Unités de maçonnerie), 044000 (Parement de pierre), 045000 (Maçonnerie réfractaire), 048100 (Armature et attaches de maçonnerie).

Chaque section spécifie les normes de référence (CSA A371, CSA A82, etc.), les critères de performance, les conditions de mise en œuvre (température, humidité), les tolérances, et les méthodes d'essai et de contrôle qualité.

7.6 Planification des travaux et suivi de chantier

La planification des travaux de maçonnerie doit tenir compte des conditions météorologiques, des délais de cure du mortier, des disponibilités des matériaux et de la séquence des autres corps d'état. Un échéancier type prévoit 70 à 100 m² de brique par jour pour une équipe de deux maçons.

Le suivi de chantier comprend la tenue des registres des livraisons, des résultats d'essais, des anomalies et des modifications approuvées. Les rapports d'inspection journaliers documentent la progression, les conditions météo, les effectifs et les problèmes rencontrés.

7.7 Aspects contractuels et réglementaires

Les contrats de maçonnerie au Québec sont régis par le Code civil du Québec et la Loi sur les relations du travail dans l'industrie de la construction (R-20). Les entrepreneurs doivent être titulaires d'une licence valide de la Régie du bâtiment du Québec (RBQ) dans la catégorie appropriée (sous-catégorie 1.2 — Maçonnerie).

Les appels d'offres peuvent être publics (municipalités, gouvernement) ou privés. Les soumissions doivent inclure la liste des matériaux proposés, les certificats de conformité, les références de chantiers similaires et le calendrier d'exécution. Les garanties obligatoires sont d'un an pour les vices apparents et de cinq ans pour les vices cachés.

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