Chapter VIII

Code de construction

Metierium study guide with diagrams.

Code de construction du Québec, chapitre V — Électricité : dimensionnement du service — Guide CMEQ complet

Le dimensionnement du service établit la capacité minimale sécuritaire entre le branchement du distributeur, le coffret de branchement, les conducteurs d’alimentation et le panneau principal. Au Québec, cette étape exige de croiser le Code de construction, chapitre V — Électricité, les règles du Code canadien de l’électricité, les charges réelles du bâtiment et les contraintes de raccordement du distributeur.

Introduction

Le Code de construction du Québec, chapitre V — Électricité rend obligatoire, dans la province de Québec, les exigences du Code canadien de l'électricité (CCE), première partie, CSA C22.1, auxquelles s'ajoutent les amendements québécois publiés par la Régie du bâtiment du Québec (RBQ). Pour l'électricien qui dimensionne un service d'alimentation (entrée électrique), le Code n'est pas un document théorique : il impose des valeurs chiffrées précises — 33 VA/m² d'éclairage, 3 % de chute de tension maximale sur une dérivation, 5 % au total, une tige de mise à la terre de 3 m × 15,8 mm, un calibre de disjoncteur qui ne dépasse jamais l'ampacité du conducteur.

Ce guide porte précisément sur le dimensionnement du service : le calcul de la charge de l'installation selon l'article 8-200, le choix des conducteurs d'alimentation selon la section 4, la protection contre les surintensités selon la section 14, la mise à la terre selon la section 10, et la vérification de la chute de tension selon les articles 8-102 et 4-004. Chaque formule est accompagnée d'un exemple numérique complet, avec toutes les étapes de calcul, tel qu'il peut se présenter à l'examen CMEQ.

Concepts fondamentaux

kWh Réseau électrique Compteur Panneau principal 200A Éclairage Prises de courant Chauffage Cuisinière

Le schéma ci-dessus représente la chaîne complète d'un service électrique résidentiel monophasé 120/240 V : le réseau de distribution d'Hydro-Québec alimente le compteur (kWh), qui précède le panneau principal muni d'un disjoncteur principal de 200 A. Du jeu de barres du panneau partent les dérivations vers l'éclairage, les prises de courant, le chauffage et la cuisinière. Dimensionner le service, c'est déterminer la charge totale que ce panneau doit alimenter, puis choisir la section des conducteurs d'alimentation, le calibre du disjoncteur principal et le conducteur de mise à la terre qui correspondent à cette charge.

Trois grandeurs dominent tout le dimensionnement :

La puissance apparente S, exprimée en voltampères (VA), qui sert au calcul des charges. On utilise les VA plutôt que les watts parce que les charges (moteurs, fluorescents, transformateurs) absorbent une puissance réactive : le conducteur doit transporter le courant total, pas seulement la puissance active. La relation de base est S = U × I en monophasé.
Le courant de charge I, en ampères, qui détermine l'ampacité requise du conducteur et le calibre du disjoncteur.
La chute de tension ΔU, en volts, qui limite la longueur et impose parfois une section de conducteur plus grande que celle qu'exige l'ampacité seule.

Section 1 — Structure du Code et organisation des sections

La structure du Code permet de trouver rapidement la règle applicable, puis de vérifier si une section particulière modifie la règle générale. Savoir naviguer entre définitions, tableaux, notes, sections générales et sections spécialisées est essentiel pour justifier un choix de conducteur, de protection ou de méthode de câblage.

1.1 Organisation par sections

Le Code est divisé en sections numérotées de 0 à 86. Les sections 0 à 16 contiennent les règles générales applicables à toutes les installations ; les sections 18 et plus traitent d'occupations ou d'équipements particuliers. Pour le dimensionnement du service, les sections essentielles sont 4 (conducteurs), 6 (services), 8 (calcul des charges), 10 (mise à la terre) et 14 (protection).

SectionTitleContent0Objet, portée et définitionsDéfinitions de base2Règles généralesRègles générales d'installation4ConductorsSélection, calibre, capacité de courant, chute de tension6Services et entrées de serviceRaccordement, compteurs8Circuits de dérivation et calculs de chargeSizing10Mise à la terre et liaison équipotentielleProtection contre les chocs12Méthodes de câblageConduits, cables, boxes14Protection contre les surintensitésDisjoncteurs, fusibles16Installations extérieuresÉclairage extérieur, clôtures18Emplacements dangereuxZones classées20Chauffage électriquePlinthes, câbles chauffants22Appareils de cuissonCuisinières, fours24Installations de panneaux solairesPV Section 6426Installations spécialesPrises, disjoncteurs différentiels, piscines28Moteurs et génératricesProtection du moteur30Équipement d'utilisationAppareils électroménagers32Installations temporairesChantiers de construction34Éclairage de secoursUrgence, sorties36Ascenseurs et monte-chargesWiring38Établissements de santéHospitals40Systèmes électriques d'alarme incendieAlarme, détection42Systèmes de communicationTéléphone, données, vidéo44Véhicules électriquesBornes de recharge46Systèmes PVPhotovoltaic48Security systemsIntrusion, surveillance50ÉoliennesInstallations d'éoliennes

1.2 Numérotation des articles

Chaque article suit le format Section-Article. Le premier chiffre (ou les deux premiers) indique la section, les chiffres suivants identifient l'article à l'intérieur de cette section :

8-102 = section 8, article 102 (limites de chute de tension)
8-200 = section 8, article 200 (calcul de la charge d'une habitation)
4-004 = section 4, article 004 (ampacité des conducteurs)
10-614 = section 10, article 614 (dimension du conducteur de mise à la terre)

1.3 Tableaux essentiels au dimensionnement

Les tableaux fournissent les valeurs numériques que les articles rendent obligatoires. Les plus utilisés pour un service :

Tableau 1 : intensité admissible des conducteurs (cuivre et aluminium), selon la section AWG et la température de l'isolant (60 °C, 75 °C, 90 °C).
Tableau 2 : intensités admissibles selon les méthodes de pose A, B, C, D.
Tableaux 5A, 5B, 5C : facteurs de correction pour la température ambiante et le nombre de conducteurs dans un conduit.
Tableau 11 : charge minimale des habitations (base du calcul de l'article 8-200).
Tableau 16 : section du conducteur de mise à la terre selon la section du plus gros conducteur d'alimentation.
Tableau 62 : facteurs de demande pour le chauffage électrique.

Section 2 — Calcul de la charge du service (article 8-200)

Le point de départ du dimensionnement est le calcul de la charge de l'installation. On n'additionne jamais les puissances nominales de tous les appareils : on applique des facteurs de demande, parce que toutes les charges ne fonctionnent pas simultanément à pleine puissance. Le résultat est une puissance apparente de calcul, en VA, que l'on convertit en courant pour choisir le service.

2.1 Charge d'éclairage de base

L'article 8-200 impose une charge d'éclairage minimale de 33 VA/m² de surface habitable.

Formule :

S_éclairage = 33 VA/m² × A

où A est la surface habitable en mètres carrés.

Exemple numérique : une maison de 120 m².

S_éclairage = 33 × 120 = 3 960 VA

2.2 Circuits de prises à usage général

On compte 1 500 VA par circuit de prises de 15 A (ou 2 000 VA par circuit de 20 A) pour les circuits de petites prises. Une habitation compte typiquement deux circuits de cuisine de 20 A plus un circuit de prises générales.

Exemple numérique : 2 circuits de cuisine de 20 A et 1 circuit de prises de 15 A.

S_prises = (2 × 2 000) + (1 × 1 500) = 4 000 + 1 500 = 5 500 VA

2.3 Appareils électroménagers

Les charges fixes sont comptées à leur valeur nominale ou à une valeur minimale du Tableau 11 :

Cuisinière : 6 000 VA si la puissance nominale ≤ 12 kW ; au-delà, on ajoute 1 000 VA par kW excédentaire (article 8-300).
Sécheuse : 5 000 VA (minimum).
Chauffe-eau : puissance nominale, typiquement 4 500 VA.

Exemple numérique : cuisinière de 14 kW, sécheuse, chauffe-eau de 4 500 W.

Cuisinière : 6 000 + (14 − 12) × 1 000 = 6 000 + 2 000 = 8 000 VA

Sécheuse : 5 000 VA

Chauffe-eau : 4 500 VA

2.4 Facteur de demande sur la charge générale

La charge générale (éclairage + prises + petits appareils) n'est pas comptée à 100 % : on applique le facteur de demande de l'article 8-200 :

100 % des premiers 5 000 VA
25 % du reste

Formule :

S_générale = 5 000 + 0,25 × (S_brute − 5 000) si S_brute > 5 000

Exemple numérique : charge brute éclairage + prises = 3 960 + 5 500 = 9 460 VA.

S_générale = 5 000 + 0,25 × (9 460 − 5 000)

S_générale = 5 000 + 0,25 × 4 460

S_générale = 5 000 + 1 115 = 6 115 VA

2.5 Facteur de demande sur le chauffage électrique

Le chauffage est la charge dominante au Québec. Le Tableau 62 (section 62) applique un facteur de demande aux résistances de chauffage :

100 % des premiers 10 kW
75 % des 10 kW suivants
50 % du reste

Formule (pour une charge de chauffage P en kW) :

P_demande = 10 + 0,75 × 10 + 0,50 × (P − 20) si P > 20 kW

Exemple numérique : plinthes électriques totalisant 24 kW.

P_demande = 10 + 0,75 × 10 + 0,50 × (24 − 20)

P_demande = 10 + 7,5 + 0,50 × 4

P_demande = 10 + 7,5 + 2 = 19,5 kW = 19 500 VA

Sans facteur de demande, on aurait compté 24 000 VA : le facteur réduit la charge de calcul de 4 500 VA, soit l'équivalent d'un circuit complet.

2.6 Charge totale du service et courant

On additionne toutes les charges après application des facteurs de demande, puis on convertit en courant. Pour un service monophasé 120/240 V, la formule du courant est :

Formule :

I = S_totale / U

où U = 240 V (tension entre les deux phases).

Exemple numérique complet — maison de 120 m², chauffage 24 kW :

ElementCECQuebecAFCI chambresYesYesAFCI salon/salle à mangerRecommendedOui (modification)GFCI sous-solRecommendedOui (modification)Prévision pour VERecommendedMandatory(amendment)InspectionVariableRBQ obligatoire

I = 43 115 / 240 = 179,6 A

On choisit le calibre normalisé immédiatement supérieur : un service de 200 A. Les conducteurs d'alimentation et le disjoncteur principal seront dimensionnés pour 200 A. Si le calcul avait donné 95 A, on aurait choisi un service de 100 A.

2.7 Charge de la cuisinière — règle détaillée (article 8-300)

La cuisinière fait l'objet d'un traitement particulier. Pour une seule cuisinière dont la puissance nominale ne dépasse pas 12 kW, la charge de calcul est 6 000 VA. Si la puissance dépasse 12 kW, on ajoute 1 000 VA par kilowatt (ou fraction) au-dessus de 12 kW.

Formule :

S_cuisinière = 6 000 + 1 000 × (P_kW − 12) si P_kW > 12

Exemple numérique : cuisinière de 13,5 kW. On arrondit la fraction au kW supérieur : 13,5 kW compte comme 14 kW au-dessus de 12 kW, soit 2 kW excédentaires.

S_cuisinière = 6 000 + 1 000 × (14 − 12) = 6 000 + 2 000 = 8 000 VA

Pour plusieurs cuisinières (immeuble d'habitation), le Tableau 11 prévoit un facteur de réduction selon le nombre d'appareils.

2.8 Service triphasé — couplage étoile

Pour un commerce ou un petit immeuble alimenté en triphasé 120/208 V (couplage étoile : trois phases + neutre, tension phase-neutre 120 V, tension phase-phase 208 V), le courant se calcule avec la racine de trois :

Formule :

I = S_totale / (√3 × U_phase-phase)

Exemple numérique : charge de calcul triphasée de 60 000 VA en 120/208 V.

I = 60 000 / (1,732 × 208) = 60 000 / 360,3 = 166,5 A

On choisit un disjoncteur principal de 175 A ou 200 A et des conducteurs d'ampacité correspondante. Retenir : en étoile 120/208 V, la tension à utiliser au dénominateur est 208 V (phase-phase), multipliée par √3 ; en monophasé 120/240 V, on utilise 240 V sans √3.

2.9 Couplage triangle — comparaison

Un service triphasé 240 V en triangle (trois phases, pas de neutre distribué, tension phase-phase 240 V) utilise la même formule I = S / (√3 × U), mais avec U = 240 V.

Exemple numérique : charge triphasée 240 V triangle de 36 000 VA.

I = 36 000 / (1,732 × 240) = 36 000 / 415,7 = 86,6 A → disjoncteur de 90 A.

La différence entre étoile et triangle tient uniquement à la tension phase-phase : 208 V en étoile 120/208 V, 240 V en triangle. À puissance égale, le courant est plus élevé en étoile (tension plus basse), ce qui impose des conducteurs de plus forte section.

2.10 Circuit de moteur — règle des 125 % (section 28)

Lorsqu'un service alimente un moteur en continu, l'article 28-704 impose que l'ampacité du conducteur de dérivation soit au moins 125 % du courant à pleine charge du moteur.

Formule :

I_conducteur = 1,25 × I_pleine_charge

Exemple numérique : moteur monophasé 240 V de 3 kW. Courant nominal : I = 3 000 / 240 = 12,5 A. Ampacité minimale du conducteur :

I_conducteur = 1,25 × 12,5 = 15,6 A

Un conducteur de cuivre 14 AWG (ampacité 15 A) est insuffisant ; on choisit du 12 AWG (20 A). Le disjoncteur de dérivation d'un moteur peut dépasser l'ampacité du conducteur selon le Tableau 29 (protection contre court-circuit uniquement), mais le conducteur, lui, respecte toujours les 125 %.

Section 3 — Chute de tension (articles 8-102 et 4-004)

Chute de tension dans une longue ligne — résistance du conducteur (animation) Chute de tension (articles 8-102 et 4-004) Panneau 240 V source L1 (aller) L2 (retour) résistance R Charge 228 V moteur Chute = I × R 240 − 228 = 12 V (5%) ΔV = 2 × I × R × L (aller-retour) Plus la ligne est longue (L) ou le courant élevé (I), plus la chute est grande. Le Code recommande max 5% total (alimentation + dérivation) — sinon surdimensionner les conducteurs.

3.1 Limites réglementaires

L'article 8-102 limite la chute de tension pour que l'équipement fonctionne correctement :

3 % maximum sur une dérivation (du panneau à l'appareil) ;
5 % maximum au total (de l'entrée du service à l'appareil), c'est-à-dire chute dans l'alimentation + chute dans la dérivation.

3.2 Formule de chute de tension monophasée

Formule :

ΔU = (2 × ρ × L × I) / A

où ρ est la résistivité du conducteur (cuivre : 0,021 Ω·mm²/m à 75 °C), L la longueur du trajet en mètres, I le courant en ampères et A la section du conducteur en mm². Le facteur 2 tient compte de l'aller-retour du courant (phase + neutre).

Exemple numérique : une dérivation de 30 m en cuivre de 2,08 mm² (14 AWG) transporte 12 A.

ΔU = (2 × 0,021 × 30 × 12) / 2,08

ΔU = 15,12 / 2,08 = 7,27 V

En pourcentage de 120 V : 7,27 / 120 × 100 = 6,06 % → non conforme (limite 3 % = 3,6 V). Il faut augmenter la section. Avec du 12 AWG (3,31 mm²) :

ΔU = 15,12 / 3,31 = 4,57 V → 3,8 % → encore trop. Avec du 10 AWG (5,26 mm²) :

ΔU = 15,12 / 5,26 = 2,87 V → 2,87 / 120 = 2,4 % → conforme.

3.3 Formule de chute de tension triphasée

En triphasé équilibré, le facteur 2 devient √3 :

Formule :

ΔU = (√3 × ρ × L × I) / A

Exemple numérique : alimentation triphasée 208 V, 40 m, cuivre 42,4 mm² (1/0 AWG), courant 150 A.

ΔU = (1,732 × 0,021 × 40 × 150) / 42,4

ΔU = 218,2 / 42,4 = 5,15 V

En pourcentage de 208 V : 5,15 / 208 × 100 = 2,5 % → conforme (limite 5 %).

3.4 Longueur maximale admissible

On peut inverser la formule pour trouver la longueur maximale d'une dérivation avant de dépasser la limite de 3 % :

Formule :

L_max = (ΔU_max × A) / (2 × ρ × I)

Exemple numérique : circuit 120 V, 15 A, cuivre 2,08 mm² (14 AWG), limite ΔU_max = 3,6 V.

L_max = (3,6 × 2,08) / (2 × 0,021 × 15) = 7,49 / 0,63 = 11,9 m

Au-delà de 11,9 m, le 14 AWG ne suffit plus ; il faut passer au 12 AWG (L_max = 18,9 m) ou au 10 AWG (L_max = 30,1 m). C'est la raison pour laquelle les longues dérivations de sous-sol ou de garage utilisent souvent du 12 AWG même sur un disjoncteur de 15 A.

Section 4 — Choix des conducteurs d'alimentation (section 4)

Le choix des conducteurs d’alimentation dépend du courant calculé, du matériau conducteur, de l’isolation, de la température, du mode de pose et des facteurs de correction. Une sélection correcte limite la chute de tension, prévient l’échauffement et assure la coordination avec le dispositif de protection en amont.

4.1 Ampacité et tableaux

L'ampacité d'un conducteur dépend de quatre facteurs : le matériau (cuivre ou aluminium), la section AWG, la température nominale de l'isolant (60, 75 ou 90 °C) et les conditions de pose. Le Tableau 1 donne l'intensité admissible. Règle pratique : on lit l'ampacité dans la colonne correspondant à la température de l'isolant, puis on vérifie que la température des bornes de l'équipement (souvent 75 °C) ne limite pas le résultat.

Exemple numérique : conducteur de cuivre 4/0 AWG, isolant RW90 (90 °C).

D'après le Tableau 1, colonne 90 °C : ampacité = 260 A. Si le disjoncteur et les cosses sont marqués 75 °C, on doit lire la colonne 75 °C : 230 A. La valeur retenue pour la protection est 230 A.

4.2 Facteurs de correction

Deux corrections s'appliquent quand les conditions s'écartent de la normale :

Facteur de température ambiante (Tableau 5A) : si la température ambiante dépasse 30 °C, on multiplie l'ampacité par un coefficient < 1.

Exemple numérique : cuivre 4/0 AWG RW90 (260 A à 90 °C) posé dans un local à 40 °C. Facteur du Tableau 5A pour isolant 90 °C à 40 °C = 0,91.

Ampacité corrigée = 260 × 0,91 = 236,6 A

Facteur de groupement (Tableau 5C) : si plus de trois conducteurs porteurs de courant sont dans le même conduit, on applique un facteur de dégroupement.

Exemple numérique : 6 conducteurs porteurs dans un conduit, facteur 0,80.

Ampacité corrigée = 236,6 × 0,80 = 189,3 A

4.3 Règle de protection (article 14-010)

Le calibre du disjoncteur ou du fusible ne doit pas dépasser l'ampacité du conducteur qu'il protège, sauf exceptions normalisées (article 14-012 : on peut utiliser le calibre normalisé supérieur si l'ampacité ne correspond pas à un calibre standard, à condition que le calibre supérieur ne dépasse pas 800 A).

Exemple numérique : conducteurs d'alimentation d'ampacité corrigée 189,3 A. Calibres normalisés : 175 A, 200 A, 225 A. Le calibre immédiatement supérieur est 200 A, mais 200 A > 189,3 A : la règle de l'article 14-012 ne s'applique que si l'ampacité ne correspond à aucun calibre standard ET que la charge n'est pas une prise multiple. Ici, il faut soit augmenter la section du conducteur, soit limiter la charge. Avec du cuivre 250 kcmil dont l'ampacité corrigée atteint 207 A, un disjoncteur de 200 A est conforme (200 ≤ 207).

4.4 Section minimale des conducteurs de service

L'article 6-302 fixe une section minimale : 10 AWG cuivre ou 8 AWG aluminium pour une entrée de service aérienne. En pratique, un service de 200 A utilise du cuivre 2/0 ou 3/0 AWG, ou de l'aluminium 4/0 AWG, selon le Tableau 1 et les corrections.

4.5 Dimensionnement du conducteur neutre

Le conducteur neutre d'un service ne transporte que le courant de déséquilibre entre les phases. L'article 4-026 permet de le dimensionner sur la charge de déséquilibre calculée, sans jamais descendre sous les valeurs du Tableau 16. Pour une habitation monophasée 120/240 V, le neutre transporte la différence de courant entre les deux branches de 120 V ; on le dimensionne généralement à la même section que les conducteurs de phase pour les circuits d'éclairage et de prises, car les charges 120 V y sont réparties.

Exemple numérique : service dont les charges 120 V (éclairage + prises) totalisent 6 115 VA et les charges 240 V (chauffage, cuisinière, sécheuse) totalisent 37 000 VA. Le neutre ne voit que la part 120 V :

I_neutre = 6 115 / 120 = 50,96 A

Un conducteur de cuivre 8 AWG (ampacité 55 A à 75 °C) suffit pour le neutre, alors que les phases doivent porter le courant total de 179,6 A (3/0 AWG). Réduire le neutre est permis, mais jamais en dessous du Tableau 16 ni pour un circuit comportant des harmoniques importants (fluorescents électroniques), où le neutre peut transporter plus que le courant de phase.

Section 4B — Exemple complet de dimensionnement d'un service

Récapitulons la méthode complète sur un cas d'examen : maison unifamiliale de 150 m², chauffage par plinthes de 18 kW, cuisinière 11 kW, sécheuse, chauffe-eau 4 500 W, service monophasé 120/240 V, alimentation souterraine de 25 m en cuivre.

Étape 1 — Charge d'éclairage : 33 × 150 = 4 950 VA.

Étape 2 — Prises : 2 circuits cuisine 20 A + 1 circuit prises 15 A = 4 000 + 1 500 = 5 500 VA.

Étape 3 — Charge générale brute : 4 950 + 5 500 = 10 450 VA. Facteur de demande : 5 000 + 0,25 × (10 450 − 5 000) = 5 000 + 1 362,5 = 6 362,5 VA.

Étape 4 — Cuisinière : 11 kW ≤ 12 kW → 6 000 VA.

Étape 5 — Chauffage : 18 kW → 10 + 0,75 × (18 − 10) = 10 + 6 = 16 kW = 16 000 VA.

Étape 6 — Sécheuse + chauffe-eau : 5 000 + 4 500 = 9 500 VA.

Étape 7 — Total : 6 362,5 + 6 000 + 16 000 + 9 500 = 37 862,5 VA.

Étape 8 — Courant : I = 37 862,5 / 240 = 157,8 A → service normalisé de 200 A.

Étape 9 — Conducteurs : cuivre 3/0 AWG (ampacité 200 A à 75 °C) pour les phases ; neutre 8 AWG (50,96 A de déséquilibre) ; disjoncteur principal 200 A (200 ≤ 200, conforme à 14-010).

Étape 10 — Mise à la terre : Tableau 16 pour phase 3/0 AWG cuivre → conducteur de terre 4 AWG cuivre ; tige de 3 m × 15,8 mm, résistance vérifiée ≤ 25 Ω.

Étape 11 — Chute de tension de l'alimentation (25 m, 3/0 AWG = 85 mm², 157,8 A) :

ΔU = (2 × 0,021 × 25 × 157,8) / 85 = 165,7 / 85 = 1,95 V

Sur 240 V : 1,95 / 240 × 100 = 0,81 % → largement sous la limite de 5 %. Le service est conforme de bout en bout.

Section 5 — Mise à la terre et liaison équipotentielle (section 10)

Cette section situe Mise à la terre et liaison équipotentielle (section 10) dans le travail réel de l’électricien : sécurité des personnes, continuité de service, conformité au Code canadien de l’électricité et diagnostic fiable sur le terrain. Les points qui suivent précisent les critères techniques à vérifier avant l’installation, la mise sous tension ou la remise au client.

5.1 Électrode de mise à la terre (article 10-700)

Chaque service doit être relié à la terre par au moins une électrode. L'électrode fabriquée la plus courante est la tige de cuivre de 3 m de longueur et 15,8 mm de diamètre (5/8 po). Si la résistance de la tige dépasse 25 Ω, on doit ajouter une deuxième électrode, espacée d'au moins 3 m de la première.

Vérification numérique : mesure de résistance de tige au telluromètre. Lecture 18 Ω → une tige suffit. Lecture 32 Ω → obligatoire d'ajouter une seconde tige ; après ajout, on re-mesure l'ensemble.

5.2 Conducteur de mise à la terre (Tableau 16)

La section du conducteur qui relie le panneau à l'électrode se lit au Tableau 16 en fonction de la section du plus gros conducteur d'alimentation.

Exemple numérique : service de 200 A avec conducteurs de cuivre 3/0 AWG. Le Tableau 16, pour un conducteur d'alimentation de cuivre 3/0 AWG, prescrit un conducteur de mise à la terre de 4 AWG cuivre. Si l'alimentation était en aluminium 4/0 AWG, le Tableau 16 donnerait 2 AWG aluminium.

5.3 Liaison équipotentielle (article 10-400)

Toutes les canalisations métalliques (eau, gaz, chauffage) et la charpente métallique du bâtiment doivent être reliées électriquement au conducteur de mise à la terre, pour maintenir toutes les masses au même potentiel et éviter une tension de contact dangereuse lors d'un défaut. Le conducteur de liaison équipotentielle suit aussi le Tableau 16, dimensionné sur le plus gros conducteur alimentant la zone.

Section 6 — Amendements québécois applicables au service

Cette section situe Amendements québécois applicables au service dans le travail réel de l’électricien : sécurité des personnes, continuité de service, conformité au Code canadien de l’électricité et diagnostic fiable sur le terrain. Les points qui suivent précisent les critères techniques à vérifier avant l’installation, la mise sous tension ou la remise au client.

6.1 Particularités du Québec

194.Administration par la RBQ : la Régie du bâtiment applique le Code et délivre les licences ; la Corporation des maîtres électriciens du Québec (CMEQ) est l'organisme de qualification, mais l'autorité réglementaire est la RBQ.
195.Licence obligatoire : tout entrepreneur en électricité détient une licence RBQ (sous-catégorie 16 — électricité).
196.DDFT (GFCI) dans les sous-sols : obligatoire au Québec, plus étendu que le CCE de base.
197.DDFT étendu : salles de bains, cuisines, sous-sols, garages, extérieur, buanderies, et à moins de 1,5 m d'un évier.
198.Prévision pour véhicule électrique : nouvelle construction — station de recharge ou conduit vide obligatoire.
199.Produits certifiés : tout équipement installé doit porter la marque d'un organisme accrédité (CSA, UL, Intertek).

6.2 Différences CCE / Québec

ÉlémentCCEQuébecDDFT sous-solRecommandéOui (amendement)AFCI salon/salle à mangerRecommandéOui (amendement)Prévision recharge VÉRecommandéObligatoire (amendement)InspectionVariableRBQ obligatoire

Section 7 — Inspection du service par la RBQ

Cette section situe Inspection du service par la RBQ dans le travail réel de l’électricien : sécurité des personnes, continuité de service, conformité au Code canadien de l’électricité et diagnostic fiable sur le terrain. Les points qui suivent précisent les critères techniques à vérifier avant l’installation, la mise sous tension ou la remise au client.

7.1 Étapes

205.Demande de permis auprès de la RBQ ou de la municipalité.
206.Travaux exécutés par un électricien licencié.
207.Demande d'inspection : inspection de l'entrée de service avant le raccordement d'Hydro-Québec.
208.Inspection sur place par l'inspecteur.
209.Rapport : conforme, avec réserves (délai de correction) ou refusé.

7.2 Points vérifiés sur le service

Section des conducteurs d'alimentation conforme au calcul de charge ;
Calibre du disjoncteur principal ≤ ampacité des conducteurs ;
Présence et section du conducteur de mise à la terre (Tableau 16) ;
Électrode de terre en place, résistance ≤ 25 Ω ou deuxième électrode ;
Liaisons équipotentielles des canalisations ;
Dégagements et accès du panneau, identification des circuits ;
DDFT et AFCI aux emplacements exigés.

7.3 Sanctions

Avertissement, amende (plusieurs milliers de dollars), révocation de la licence en cas de récidive grave, ordre de correction des travaux aux frais de l'entrepreneur.

Questions d'examen typiques

Q1. Quelle est la charge d'éclairage minimale par mètre carré pour une habitation ?

a) 20 VA/m² b) 33 VA/m² c) 50 VA/m² d) 100 VA/m²

Réponse : b) 33 VA/m². Pour 120 m² : 33 × 120 = 3 960 VA.

Q2. Quelle est la chute de tension maximale admise sur une dérivation seule ?

a) 1 % b) 3 % c) 5 % d) 10 %

Réponse : b) 3 %. Sur 120 V, cela représente 120 × 0,03 = 3,6 V. Le total alimentation + dérivation ne doit pas dépasser 5 % (6 V sur 120 V).

Q3. Une maison a une charge générale brute de 9 460 VA. Quelle est la charge après facteur de demande (100 % des 5 000 premiers VA, 25 % du reste) ?

a) 9 460 VA b) 6 115 VA c) 5 000 VA d) 7 365 VA

Réponse : b) 6 115 VA. Calcul : 5 000 + 0,25 × (9 460 − 5 000) = 5 000 + 1 115 = 6 115 VA.

Q4. Un chauffage électrique de 24 kW reçoit quel facteur de demande (100 % des 10 premiers kW, 75 % des 10 suivants, 50 % du reste) ?

a) 24 kW b) 19,5 kW c) 18 kW d) 12 kW

Réponse : b) 19,5 kW. Calcul : 10 + (0,75 × 10) + (0,50 × 4) = 10 + 7,5 + 2 = 19,5 kW.

Q5. Quel est le courant d'un service monophasé 120/240 V dont la charge de calcul est 43 115 VA ?

a) 120 A b) 179,6 A c) 240 A d) 359 A

Réponse : b) 179,6 A. Calcul : I = S / U = 43 115 / 240 = 179,6 A → service normalisé de 200 A.

Q6. En triphasé 120/208 V (étoile), quelle tension utilise-t-on au dénominateur de I = S / (√3 × U) ?

a) 120 V b) 208 V c) 240 V d) 360 V

Réponse : b) 208 V (tension phase-phase). Pour 60 000 VA : I = 60 000 / (1,732 × 208) = 166,5 A.

Q7. Une tige de mise à la terre présente une résistance de 32 Ω. Que faut-il faire ?

a) Rien, c'est conforme b) Ajouter une deuxième électrode c) Remplacer le disjoncteur d) Augmenter la section des phases

Réponse : b) Ajouter une deuxième électrode, car la résistance dépasse 25 Ω ; la seconde tige est espacée d'au moins 3 m.

Q8. Quelle est la section minimale d'un conducteur de service aérien en cuivre ?

a) 14 AWG b) 12 AWG c) 10 AWG d) 6 AWG

Réponse : c) 10 AWG cuivre (ou 8 AWG aluminium), selon l'article 6-302.

Q9. Le calibre du disjoncteur qui protège un conducteur doit être :

a) égal à la tension du circuit b) supérieur ou égal à l'ampacité du conducteur c) inférieur ou égal à l'ampacité du conducteur d) égal à 125 % de la chute de tension

Réponse : c) inférieur ou égal à l'ampacité du conducteur (article 14-010), sauf l'exception du calibre normalisé supérieur de l'article 14-012.

Q10. Un conducteur de cuivre de 2,08 mm² (14 AWG) sur 30 m transporte 12 A. La chute de tension (ρ = 0,021 Ω·mm²/m) est-elle conforme sur une dérivation 120 V ?

a) Oui, 2,4 % b) Non, 6,06 % c) Oui, 1,2 % d) Non, 12 %

Réponse : b) Non, 6,06 %. Calcul : ΔU = (2 × 0,021 × 30 × 12) / 2,08 = 7,27 V ; 7,27 / 120 = 6,06 % > 3 %. Il faut passer à une section de 10 AWG (2,87 V = 2,4 %).

Q11. Une cuisinière de 13,5 kW a quelle charge de calcul ?

a) 6 000 VA b) 7 000 VA c) 8 000 VA d) 13 500 VA

Réponse : c) 8 000 VA. On arrondit 13,5 kW à 14 kW ; 6 000 + 1 000 × (14 − 12) = 8 000 VA.

Q12. Un moteur monophasé 240 V de 3 kW (courant nominal 12,5 A) exige un conducteur d'ampacité minimale de :

a) 12,5 A b) 15,6 A c) 20 A d) 25 A

Réponse : b) 15,6 A (125 % × 12,5 A). On choisit un conducteur 12 AWG (20 A), le 14 AWG (15 A) étant insuffisant.

Q13. Pour un service de 200 A avec conducteurs de phase en cuivre 3/0 AWG, le Tableau 16 prescrit un conducteur de mise à la terre de :

a) 8 AWG b) 6 AWG c) 4 AWG d) 2 AWG

Réponse : c) 4 AWG cuivre. Le Tableau 16 se lit sur la section du plus gros conducteur d'alimentation.

Q14. Un service triphasé 120/208 V (étoile) de 60 000 VA absorbe un courant de :

a) 166,5 A b) 288,7 A c) 500 A d) 250 A

Réponse : a) 166,5 A. Calcul : I = 60 000 / (1,732 × 208) = 166,5 A. Le piège est d'utiliser 120 V au lieu de 208 V.

Références essentielles

CSA C22.1 — Code canadien de l'électricité, première partie.
Code de construction du Québec, chapitre V — Électricité (édition en vigueur, avec amendements).
Loi sur le bâtiment (RLRQ, c. B-1.1).
Articles clés du dimensionnement : 8-200 (charge de l'habitation), 8-102 / 4-004 (chute de tension), 14-010 (protection des conducteurs), 10-700 / Tableau 16 (mise à la terre), 6-302 (section minimale du service).

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